LA GERMANIE
aussi importants que ceux de M. E. Desjardins ; mêmes réflexions à l'égard de toutes les merveilles de la conquête arabe en Espagne. Les Italiens ont été inflexibles pour éliminer l'élément germain de leur civilisation, et les Espagnols pour éliminer l'élément sémitique, arabe et juif. La force, la puissance, l'avenir de la France ne dépendent pas, n'ont jamais dépendu de la partie des Gaules, que les Romains s'étaient le plus assimilée, mais de celle qui après les avoir repoussés, a retrempé ses forces dans le régime féodal, ou ne les a jamais subis, telle que l'Armorique,
L'Armorique a donné à la civilisation française Duguesclin, Richemont, M"»^ de Sévigné, Chateaubriand, Lamennais, Renan, Descartes, c'est-à-dire ce que la race française a produit de plus énergique, de plus profond et de plus charmant; ni la Narbonensis, ni la Lugdunensis, ni l'Aquitanica avec Montaigne, d'origine sémitique, et Montesquieu n'ont produit une pareille moisson.
§ 9. Les Germains.
Antérieur à Tacite, Strabon limitait la Germanie par l'Océan, le Rhin et l'Elbe; il reconnaissait qu'au delà de l'Elbe, on ignorait le nom des tribus nomades qui y erraient sans cesse (1). Tacite indique des peuples ou tribus qui vivaient fort au delà de l'Elbe; il parle même de la Baltique « mer dormante et presque « immobile; on croit que c'est la ceinture et la borne du « monde (2) ». Les peuplades germaniques, au temps de Tacite et même de César, s'étendaient du Rhin à l'Oder et de la mer du Nord au Danube. César, Strabon , Tacite les ont décrites d'une manière générale, à cent cinquante ans d'intervalle. Leurs descriptions concordent.
Elles consistaient, de même que les Celtes, en de très nombreuses tribus, réunies en diverses Confédérations. La plupart de ces tribus parcouraient des territoires déterminés sur lesquels elles changeaient souvent de résidence. Les Confédérations étaient
(1) Livre YII, 4.
(2) De Moribus, 45.
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encore moins stables. Non seulement elles modifiaient leurs éléments, en renouvelant leurs tribus, mais elles se dissolvaient et se reconstituaient sans cesse. On constate, toutefois, dans la Germanie, un mouvement général des Confédérations du Levant ou Occident, Suèves du temps de César, plus tard Marcomans, Burgundes, Lombards, Vandales, Hérules. Ces cinq dernières, à l'époque de Tacite, se trouvaient sur l'Elbe ou l'Oder.
Parmi les Confédérations nouvelles, qui se sont formées avec des éléments divers, anciens, épars, les Francs et les Saxons viennent au premier rang. Les Francs apparurent tout à coup de 240 à 2o0, complètement inconnus auparavant, de César, de Strabon, de Tacite, de Ptolémée. Ils s'intitulaient /tommes libres. M. Lehuerou en fait un ramassis de fugitifs, émigrés, coureurs de bois (1). Ils étaient probablement des Fuidhuirs [2) germains des Outlaws Saxons, c'est-à-dire des hommes en rupture de ban de tribu, comme il y aura plus tard des hommes en rupture de ban de fief, de Fronhof, de Mannor, trait essentiel des peuples nomades. L'un des litres des hommes, dits Francs, à l'attraction des Germains était de ne pas prendre ordinairement de service militaire avec Rome, d'être véritablement libres; par suite toujours prêts à toutes expéditions de terre et de mer. Les publicistes qui ont pris les Francs pour des libéraux modernes ont fait la plus plaisante, des confusions. De tout temps, le métier de lansquenet ou pirate militaire, ou mercenaire, a été accepté et considéré par les Germains, puis par les Allemands, tout comme un autre (3). Soldats à gages; c'est eri partie avec des Germains à gages, surtout de la cavalerie, que César a pu accabler les Gaulois. Depuis lors, les Germains n'ont plus quitté le service romain. L'Empire romain a été tout aussi bien défendu qu'attaqué par les Germains : Quades, Hermundures, Marcomans, Ubiens, se battaient volontiers les uns contre les autres.
Toutefois il est à présumer que l'origine des Francs remonte
(1) nistoire des insHtations mérovingiennes, 1842, livre I", chap. v, p. 22.
(2) Suiuner-JIaine, Early institutions, p. 173.
(3; Parmi les plus céli'bres, Jonilni et de Moltke, danois, d'origine — avec le vieux caractère danois. — Comparer le livre si curieux de M. de Moltke où il se produit tel qu'il était, Voilage en Orient, li^Te, au surplus, des plus importants.