SUPÉRIORITÉ DES INSTITUTIONS FÉODALES EX ANGLETERRE
le bail at will ne ruinât pas l'Angleterre, comme il a ruiné l'Irlande dont la population est tombe'e de 8 millions à 4 millions en un siècle. Il y a des formes d'exploitations foncières tout autrement onéreuses que les impôts et les droits féodaux pour les cultivateurs. Tel est le cas des fellahs d'Egypte et des serfs de Russie.
Toutefois la plus grande différence entre les droits féodaux en Angleterre et en France est provenue de la diversité des conditions économiques des deux territoires. Après la période des résistances locales, la conquête normande a été suivie en Angleterre d'une époque de grande prospérité agricole qui s'est prolongée jusqu'au xve siècle (1). Vis-à-vis des tenanciers, non soumis à la servitude, les nouveaux ou anciens propriétaires, chevaliers, Thanes, n'ont pas été à même de montrer autant d'exigence qu'en France et ils n'en ont pas eu besoin. Les droits féodaux se sont réduits à tout au plus ce qu'ils étaient en Normandie au xi« siècle. Ils viennent d'être énumérés parmi les ressources du Roi d'Angleterre. Point de tailles ad miseri cordiam, point de banalités, de champarts, point de péages de seigneurie à seigneurie, des corvées moins nombreuses, un service militaire limité parce qu'il est dû principalement au Roi. Aussi, les droits féodaux, malgré toutes les restrictions fâcheuses qu'ils imposaient à la propriété foncière anglaise , se sont-ils conservés plus longtemps qu'en France; ils n'ont pas soulevé de violences ; ils n'ont point mis obstacle au prodigieux développement de l'agriculture anglaise, magistralement étudiée, il y a un demi-siècle, par M. Léonce de Lavergne dans un livre qui fait encore date en agronomie comparée. D'ailleurs les droits de relief et les aides avaient été également réglés par la grande Charte, ainsi que les taxes que le Roi était autorisé à lever dans les villes et dans son propre domaine. Il en a été de même des droits de justice, de garde, de tutelle, de mariage, de mainmorte, des amendes. Le principe du consentement de l'impôt avait été
(1) On trouvera le tableau très intéressant, mais peut-être optimiste, de cette propriété dans le livre de Thorold Rogers, SU centarkn of xcork and icai/es,