‹ L'impôt dans les diverses civilisationsChapitre 80 sur 228 · PROPRIÉTÉ COMMUNAUTAIRE DES NOMADES · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉ COMMUNAUTAIRE DES NOMADES

Ces textes si importants, ont été commentés par E. de Laveleye dans son remarquable ouvrage sur les formes primitives de la propriété (1). Emporté par le courant socialiste, courant auquel César lui-même a consacré quelques lignes de ses Commentaires et auquel, bien qu'avec infiniment plus de réserve, Tacite n'a pas été tout à fait étranger (2), courant qu'on peut considérer, dans sa forme latine, comme précurseur du Christianisme, M. E. de Laveleye a cherché, avec sa grande érudition et son intelligence pénétrante, à démontrer que la communauté du sol avait précédé, chez la plupart des peuples, son appropriation particulière et sa distribution en propriétés privées. Les textes de César et de Tacite, l'histoire de la propriété foncière dans l'Inde, en Grèce, à Rome, peut-être même en Chine et en Egypte, et chez les peuples celtiques sont favorables à cette thèse, malgré les objections présentées par M. Fustel de Coulanges. Mais M. E. de Laveleye n'a pas indiqué la cause économique de ce grand fait. Que vaut la terre pour le nomade? M. Sumner-Maine a donné la réponse. La terre sans bétail, sans instruments aratoires, sans ces retraites, ces repaires recouverts de fumier, décrits par Tacite, n'a pas de valeur. Une saison suffit pour épuiser les pâturages, une récolte d'avoine, de seigle ou d'orge pour ruiner la terre; le nomade, même déjà sédentaire, reprend donc sa route. Dans le Far-Wesl américain, il en est encore ainsi ; le squatter abandonne champs, maison, clôtures, met la clé sous la porte et décampe. « La difficulté pratique n'était pas d'avoir de la « terre , mais des instruments pour la rendre productive ; par « suite, dans une société, relativement plus ancienne que la « société germanique, dont nous avons une intelligence assez « claire, dans la société que les livres Brehon nous font con-

(1) De la propriéti et de ses formes j:»'HHi£U'es, 4'' édition, 1891, chap. v, vi et XXV.

(2) De Moribiis, XLVI.« Sed beatius arbitrantur (les Fennes qui vivent au fond des forêts) quam ingcmere agris, illaborare domibus, suas alienasque fortunas spe metuque versare. Securi adversus dcos, reiu difflcillmani assecuti sunt, ut illis ne voto quidem opus esset ». C'est la résignation du sauvage ou le pessimisme du civilisé.

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