‹ L'impôt dans les diverses civilisationsChapitre 81 sur 228 · THÉORIES DE E. LAYELEYE ET F. LE PLAY · texte numérisé non relu

THÉORIES DE E. LAYELEYE ET F. LE PLAY

c< naître, il a pu fort bien se faire que l'objet principal des litiges « n'était point d'avoir de la terre, mais du bétail (1) ». Quant au principe même de la communauté chez les nomades, il a été très nettement déflni par Frédéric Le Play dans ses études sur les nomades, qui habitent encore les pentes de l'Oural. « Chez les «nomades, les descendants directs d'un même père restent « ordinairement groupés en faisceau; ils vivent sous l'auto- « rite absolue du chef de famille, dans le régime de la com- « munauté. Lorsque l'accroissement d'une famille ne permet « plus à tous les membres de rester réunis, le chef provoque « une séparation à l'amiable et détermine la portion des pro- « priétés communes, qu'il y a lieu d'attribuer à la branche qui « se sépare de la souche. D'un autre côté, la communauté se « maintient souvent après la mort du chef de famille ; dans ce « cas, les collatéraux, même ceux qui ne sont unis que par des « liens de parenté assez éloignés, restent unis, sous la direction <( de celui qui peut exercer avec le plus d'ascendant l'autorité

<( patriarcale un groupe de tentes a toujours, chez les tribus

« nomades du versant asiatique de l'Oural, le caractère d'une « communauté de pasteurs, aussi bien quand les troupeaux ap- « partiennent à un grand propriétaire, que lorsqu'ils sont une « propriété commune. Chaque individu faisant partie de ce « groupe est toujours intéressé aux bénéfices de l'exploitation ; « il a droit, dans tout état de choses, à une'part de produits dont « le maximum est fixé par la nature de ses .besoins (2) ». Ces règles sont en rapports immédiats avec les conditions de la vie nomade qui a pour forme nécessaire, la tribu. La propriété du sol n'y entre pour rien; sa jouissance même n'est qu'éphémère. La hutte ne compta pas. Le bétail, les moyens de transport, les instruments de culture, les provisions, les armes, les vêtements, la monnaie forment l'ensemble des capitaux. « Ce n'est pas la « femme, c'est le mari qui apporte la dot. Ce sont des bœufs, « un cheval tout bridé, un bouclier avec la framée et le glaive. « Les chevaux sont une propriété qui se transmet ainsi que

(1) Early history of institutions, lecttiro VI.

(2) Les oucriers européens, V"^ série, tome II.

578 l'impôt ghkz les germains.

« les esclaves, les péoates, les droits de succession (1) ».

Il résulte de ces textes que l'illusion de M. E. de Laveleye a été complète, à moins qu'il n'ait entretenu la secrète espérance de reconstituer la tribu et de rétablir la vie nomade, ce qui ne serait même plus possible dans les steppes de la Russie. Il a commis la même erreur que César, mais avec plus de loyauté.

Les comparaisons faites par l'éminent F. Le Play entre les classes ouvrières instables de l'Occident et les Backhirs nomades, les paysans ou les ouvriers d'Orient, surtout de Russie, soulèvent les mêmes objections (2). Les critiques de M. Le Play ne sont pas sans rapports avec celles de César, de Tacite et de E. de Laveleye. Elles attribuent aux nomades une stabilité et des avantages qui sont réels, à raison de la mutualité et de la solidarité qui relient tous les membres de la tribu, même aujourd'hui, jusqu'en Algérie; mais elles méconnaissent la supériorité de condition de l'immense majorité des populations sédentaires, fondement de la véritable civilisation de l'humanité. L'histoire de l'impôt en est la preuve. C'est, en partie, pour faire cette démonstration que nous avons tenu à établir le contraste saisissant qu'ont présenté les populations sédentaires du bassin méditerranéen, aux diverses étapes de leur développement économique et fiscal, avec les nomades qui, les enserrant de toutes parts, les ont exploitées si longtemps au moyen du tribut, sans parler du pillage et de l'esclavage. N'était l'immense force de l'Empire russe, ils les fatigueraient encore.

§ 10. De l'impôt chez les Germains.

A raison des rapports qui existaient entre les conditions économiques et sociales des Celtes et des Germains, l'impôt ne devait pas différer beaucoup chez les Germains de ce qu'il était chez les Celtes. Les Celtes des Gaules, en voie de devenir sédentaires au moment de la conquête romaine, étaient, à

(1) De Moribus, XVIIL

(2) La civilisation a certainement ses nomades , ses populations instables à l'intc'rieur, deimis ([u'elle n'en a plus au dehors à craindre — mais combien sont- Ils moins redoutables !

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