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LES LOMBARDS EN ITALIE

descendirent d'étape en étape vers le Midi, à la suite des Hérules desquels ils étaient tributaires. Procope les marque sur le Danube, devenus Ariens, mais toujours nomades et féroces. Il a fallu plusieurs siècles pour que le Christianisme adoucît les nomades du Nord et les transformât en sédentaires. Il en a été de même du Bouddhisme. Quant au Mahométisme, il s'est presque aussi bien adapté aux nomades qu'aux sédentaires. Peu à peu les Lombards gagnèrent la Pannonie et le Norique où les agents de Justinien les prirent à leur service. Ils s'allièrent avec les Avars, réunirent les débris des Hérules, dissolvèrent la Confédération des Gépides, et, renforcés d'une énorme cohue de nomades, Hérules, Rugiens, Gépides, Saxons, Alamans, Slaves, Bulgares (1), accourus de toutes parts, ils franchirent les Alpes et se présentèrent en Italie, sous le commandement d'Alboin, comme autrefois les Goths d'Alaricet les Huns d'Attila. L'Italie du Nord fut occupée sur-le-champ et Alboin couronné à Milan en 569. Alboin n'était, à vrai dire, qu'un chef d'aventure, un Khagan ou grand Khan. Aussi à la mort de Cleph, son successeur, les principaux Khans, appelés ducs ou duces par les chroniqueursitaliens, ne purents'entendre pour le remplacer. Les chroniqueurs comptent 36 de ces Khans. «Les envahisseurs n'étaient pas « encore tout à fait fixés sur lo sol; ils continuaient la conquête, « se formant en bandes sous leurs ducs, se répandant à travers « l'Italie, pillant et massacrant. Ils étaient toujours aussi sau- « vages et beaucoup étaient redevenus païens. Un grand nombre (■ de nobles romains furent égorgés par cupidité, les autres as- « treints à payer un tribut du tiers de leurs revenus,... une foule « de villes étaient désertes et le demeurèrent de longues années ; « beaucoup ne se relevèrent jamais. Les campagnes n'étaient « guère plus épargnées... L'anarchie des vainqueurs aggravant « ces maux, nul pouvoir ne se constituait (2) ». Aussi les Loml)ards ne parvinrent pas à achever la conquête de l'Italie. La route de Rome à Ravenne forma une sorte de frontière que les Grecs

(1) Lavisse et Rambaud, Hist. (jénh-ale, !«'■ vol., p. 222. EncycXopedia Britanvira, article Lombards.

(2) Lavisse et Rarabaïul, Hist. général)', l-i- vol., p. 223.

LEUKS INSTITUTIONS FISCALES. 5y9

byzantins purent conserver, avec un Exarque à Ravenne et les débris de l'antique administration romaine, une sorte de Se'nat et un préfet de rannone(l) auquel la Sicile expédiait encore le frumentum imperatum au vu'= siècle. Il n'y a plus, en réalité, à Rome que deux fonctionnaires, l'évêque et un duc byzantin. Le Sénat a disparu depuis 603. Les assemblées du peuple se tiennent encore pour élire notamment l'évêque. Le duc exerce un contrôle général; c'est un gouverneur qui répartit et surveille l'impôt, sous les ordres de l'Exarque de Ravenne (2). Tels furent les derniers débris de l'administration romaine en Occident. Au delà de la route de Ravenne, les Lombards, plus terribles encore que les Francs et moins adaptables à la civilisation, par suite de leur fréquentation avec les Huns, Avars, et autres tribus de race touranienne.

Le séjour des Lombards, dans l'Italie du Nord et même au delà des Apennins, a duré 200 ans. Il a exercé une influence notable, mais non décisive, sur le développement des institutions civiles et fiscales de la civilisation dans cette partie de l'Italie, en favorisant l'établissement du régime féodal. « Les classes de « la société sont les mêmes qu'au moment de l'invasion des « Barbares. En bas, la plèbe, les pauvres, les artisans, ceux '< qui n'ont pas la terre; c'est la classe urbaine, qui se maintient « mieux en Italie que dans le reste de l'Europe occidentale. Au- « dessus, les propriétaires fonciers {possessores), classe moyenne « qui gère les charges municipales. En haut, l'ordre sénatorial, « la noblesse de l'empire. Les plus riches propriétaires fonciers « se confondent avec Tordre sénatorial pour former une classe « nouvelle, la noblesse. La classe des propriétaires se trans- « forme et devient une classe militaire, l'armée {exercitus) (3). » « Le même mouvement qui a eu lieu dans les Gaules se pro-

(1) Quelle persistance dans les faits fiscaux! L'annone résiste à tout. Lavisse et Rarabaud, HiM. générale, Tbibem, p. 228.

(2) Sur l'Exarchat de Ravenne et les deux Penta polen, dnnt une annonaiir, Lavisse et Rambaud, IhUlem, p. 226.

(3) M. Lavisse a traité lui-même avec talent cette partie do l'histoire de l'Italie et des tribus nomades, qu'on appelle Barbarpfi, expression imparfaite. Ce n'étaient pas des Barbares, mais des nomades que les Celtes, Francs, Germains, Goths, Lombards. — Histoire générale, Ibidem, 4" vol., p. 230.

GOO EXPULSION DES LOMBARDS DE L'iTALIt:.

duit en Italie par la force même des choses, mais dans de moindres proportions, moins d'intensité, moins d'originalité. « Dès « la fin du vi'= siècle, le propriétaire est maître chez lui; il a la « juridiction sur ses paysans; l'autorité publique n'intervient plus (c chez lui qu'à sa réquisition... Les fonctionnaires possèdent ou a acquièrent de vastes domaines... Dans leurs propriétés, ils (( sont souverains par la confusion de la propriété et de l'auto- (( rite déléguée par l'Empereur (1) ». En même temps que les fonctionnaires acquièrent des terres, les propriétaires acquièrent des titres de duc. Les duchés se multiplient, sous l'influence même de la lutte contre les Lombards. L'impôt public disparaît ou est approprié, comme dans les Gaules. Aussi les édits de Rotharis (643) et de Luitprand (713) (2), par lesquels les Lombards essaient d'établir une législation fixe dans le Nord de l'Italie, ne contiennent-ils, pas plus que les autres Barharm leges, aucune disposition fiscale. Les rois Lombards vivent au moyen de leurs domaines, amendes, redevances diverses, du butin et des confiscations. Ces édits ont été rédigés longtemps après la plupart des autres Barbarix lerjes; ils ont cependant le même caractère. Ce sont des édits sur les esclaves, les peines, les amendes et des dispositions d'économie rurale : arbres, animaux, récoltes, cultures.

Les Lombards seraient-ils parvenus, comme les Francs, comme les Saxons à se transformer de nomades en sédentaires? on doit en douter, parce que le milieu italien ne convenait pas à cette transformation. Aussi rencontrèrent-ils en Italie un adversaire implacable, dans la Papauté, dans tous les évêques de Rome, défenseurs infatigables de la civiHsation romaine et de l'indépendance de l'Italie. En Toi, Astaulf, roi des Lombards, s'empare de Ravenne et menace Rome. M. E. Lavisse indique fort bien l'importance de ce moment historique. Ce que voulait « cet ef- « fronté^^, « le Liber pontificalis le dit clairement. Il prétendait « imposer un tribut aux Romains et soumettre la ville à sa juri-

(1) Lavisse et Rambaud, Histoire fjénérale, tome I, p. 230.

(2) On trouve ces édits soit dans le recueil de Heinecius, soit dans les Monuvienta Gcrynanice, de Pertz.

liNLluMHATllJlLlTÉ DES ITALIENS ET DES GEllMAlXS. i?Ol

« diction. Le moment était solennel pour la péninsule. Allait- « elle, comme la Gaule, ajoute M. E. Lavisse, être unie sous un « peuple germanique qui deviendrait l'instrument de ses desti- (( ne'es : s'appellerait-elle Lombardie au temps où la Gaule cornet mençait à s'appeler France, et la Bretagne, Angleterre? Les c< Lombards n'étaient pas incapables de jouer ce rôle d'ancêtres « de peuples, et le Pape, en entravant ces Germains d'achever (' leur carrière, a été cause quel'Italie a jusqu'à nos jours attendu « la qualité de nation (1) ». Nous ne saurions nous associer à l'opinion de M. E. Lavisse. La Papauté, qui a été pour l'Italie un moyen extraordinaire d'influence, de richesse et de civilisation pendant tant de siècles, a pu, en effet, retarder la constitution d», l'Italie en corps de nation ; mais, au viii^ siècle, les éléments nationaux manquaient entièrement à l'Italie, de même qu'aux Lombards. D'un côté, les Lombards étaient demeurés trop nomades, trop peu adaptables à la civilisation et, d'autre part, l'Italie elle-même était un milieu trop profondément émietté, rompu, brisé, municipalisé par les Romains, pour être à même de fournir les éléments d'une nation. Partout le régime féodal, à raison de sa puissance de cristallisation, de sa force associatrice,de sa correspondance intime et profonde avec les molécules sociales, a été la condition de la formation des grandes nations dans l'Europe occidentale; c'est le fondement encore indiscutable de leur si remarquable civilisation. L'Italie, à raison de ses traditions et institutions romaines, n'a connu qu'un développement secondaire de la féodalité. Aussi les Lombards ont pu laisser leur nom à la partie de l'Italie qu'ils ont spécialement occupée; mais ils n'ont eu aucune influence sur la constitution de la langue italienne et l'évolution de sa brillante civilisation au Moyen âge. Tous les souverains germaniques, depuis les Lombards jusqu'aux Othons, à Frédéric Barberousse et à Frédéric II de Souabe, sont demeurés absolument antipathiques à l'Italie. Les Germains ont, à diverses époques, occupé, protégé, gouverné, exploité, pressuré l'Italie; Charles-Quint a pu s'affubler du titre de roi des Lombards; la vérité historique, vérité consacrée à Magenta et à

(1; Lavisse et Rambaud, Ibidem, 1" vol., p. 270-271.

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