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G02 LES NOMADES SCANDINAVES

Solférino, c'est que le génie germanique ne convient pas au génie italien et que, au contraire, Allemands et Italiens s'entendent mieux avec les Français, qu'entre eux. Aussi la défaite des Lombards par Charlemagne fut-elle irrémédiable. La résistance des Lombards n'eut aucune importance. Leurs Confédérations devaient être à peu près désagrégées, quand apparurent, au haut des Alpes, les formidables cavaliers de fer, qui ont inspiré une si terrible vision au moine de Saint-Gall. Les Lombards se dispersèrent et disparurent comme les Ostrogoths. Charlemagne, éleva sans difficulté, un tout autre ordre de choses dans lequel dominèrent les Papes, d'un cùté, élément nouveau, et d'autre part, le vieil et solide élément latin, étrusque, romain, élément essentiellement urbain, municipal, républicain, qui bientôt opposera aux Germains la célèbre hgue lombarde de Milan.

§ 14. Les Northmen.

I. Les ]S'orniands. — Un soir que Karl le Grand (1) se trouvait à un banquet à Narbonne, il vit apparaître dans le port des barques montées par des hommes inconnus. Il tTt demander qui ils étaient. On lui répondit que c'étaient des marchands et que ces barques portaient leurs ballots de marchandises. Karl, se levant de table, se mit à la fenêtre pour mieux juger par lui-même. Les assistants remarquaient que des larmes coulaient sur les joues du grand Karl. Il dit, après avoir longtemps regardé et conservé le silence : « Je ne pleure pas sur moi, ni sur le mal que ces barques « peuvent me causer, mais je souffre vivement que, même de « mon vivant, ces barques aient osé aborder sur ces rivages, et « je souffre bien davantage quand je réfléchis aux malheurs qui « menacent ceux qui viendront après moi ». Cette belle légende peut s'appliquer à toutes les migrations qui ont tant éprouvé l'Europe. Charlemagne fit un effort suprême pour les arrêter.

(1) Recueil des Ivistoriens des Gaules, par (loin Bouquet, tome Y. — De rébus gestis Karoli magni régis Francoruin et imiieratoris, livre II. Ce llvi'e si curieux du moine de Saint-Gall, parent d'un soldat «lul avait pris part aux campagnes de Charlemagne conti'e les Huns, les Saxons, les Slaves, complète Grégoii'e de Tours et démontre que du vi* au ix" siècle, l'état dos Gaules n'avait pas changé.

LES NORTHMEN. 603

Pendant un demi-siècle, sa vigilance, son énergie, sa haute intelligence parvinrent à les contenir. Aussi est-il entouré, dans Thistoire de la civilisation, d'une sorte d'auréole. Il a pu procurer à l'Europe occidentale et centrale une période de repos relatif, en attaquant ou en repoussant les Arabes et les Lombards au Midi, les Avars, les Saxons à l'Est, les Northmen au Nord. La chronique du moine de Saint-Gall donne une idée exacte de cette époque, des luttes soutenues ou provoquées par Charlemagne, de ses efforts pour rétablir un ordre quelconque, de l'étendue de son empire, de son influence au dehors et de l'anarchie qui prévalait, au fond, partout. Comment, en effet, établir un ordre quelconque au milieu de populations, les unes sédentaires, les autres nomades, de migrations venant de tous les côtés à la fois? Aussi, Char'emagne ne parvint jamais à maintenir un ordre réel, une sécurité complète. Les forces et le temps mis à sa disposition n'étaient pas suffisants. L'anarchie persista dans l'intérieur même de son vaste empire. Rien ne put arrêter le travail de désorganisation financière et fiscale qui, après avoir renversé les Mérovingiens, s'aggrava encore sous les Carlovingiens pour préparer l'époque féodale. Seuls les petits centres multiples de la féodalité purent, par un véritable mouvement de cristallisation, transformer les nomades en sédentaires et opposer, au prix des plus douloureux sacrifices, une barrière insurmontable, aux courants nomades.

Parmi les ennemis, nomades ou demi-nomades, qui ont le plus contribué à la destruction de l'empire de Charlemagne, les Xorthmen ont été les plus dangereux. Ils comprenaient surtout les habitants des Fjords de la Norwège, de la Suède occidentale et du Jutland (1), marins, pécheurs, chasseurs, aventuriers, écumeurs, pirates de mer de toute espèce, nomades maritimes.

(1) Encyclopedia britannica, Normans, Sweden, Xorway. — Fremann, Xorluan conquest. — Palgrave, Englaml and Xoniiandy, p. 97, l"vol. — Sarah Orne .Jewett (Story of nations), the Xormans, p. 1-52. — Mac Lear, the Xorthnicu (Society for promoting Christian Knowledge, chap.i . — Aganlht (traduction Piiget), Hist. de la Huide, 1856. — Depping, llist. des exp. mûrit, des Normans, 2 vol., 1826. — Otjté, ScandinarianhUttonj,\^7i, chap. i et ii. — Aug. Thierry, Conquête de l'Angleterre par ha .Xtirmandg, 1"' voL

604 NORSES ET DANES.

vivant dans les anfracluosités des côtes de laNorwège et y trouvant un asile infranchissable. Ils étaient insaisissables. Ils formaient de petites communautés, des guildes de pirates, comme il en existe dans les mers de la Chine, sous des chefs, Jarls et Vikings. Le Viking e'tait un petit roi de plusieurs Jarls et bandes de pirates, plus audacieux el plus dangereux que les nomades de terre, formant des bandes ambulantes. Sous beaucoup de rapports, ces communautés, guikios ou petites tribus avaient des institutions sociales, politiques ou fiscales, en tout semblables à celles des peuplades germaniques, près desquelles elles se trouvaient. De tout temps, la pèche maritime a favorisé l'association et l'esprit d'entreprise (1). Les Northmen étaient des nomades de mer.

Ils comprenaient trois éléments ethniques — les Fennes ou Finnois, avec quelques groupes de Lapons, les Scandinaves mêmes, Norses ou Norwégiens, Goths ou Suédois, et les Danes ou Danois. Les Norses et les Danes ont été les deux éléments principaux, l'un et l'autre maritimes. Leur apparition dans l'histoire de l'Europe, vers la fin du vin" siècle, a été précédée d'une époque légendaire et héroïque, dont les Sagas d'Islande ont perpétué la tradition. Cette époque correspond certainement aux premières migrations vers le nord de la Grande-Bretagne, l'Islande, les Orcades, les Shetland. Après ces émigrations, les tribus restantes en Scandinavie ont dii passer de la vie nomade à la vie demi-nomade (2), caractérisée par l'occupation et la culture temporaires du sol, probablement au moyen des communautés rurales, qui, plus tard, se sont transformées en Kœmpe ou Cappar, guildes, associations de mer, de pèche et de piraterie dont les membres étaient appelés Berseker, dirigées par des Vikings, rois de mer, de même que les Jarls étaient les comtes ou chefs

(1) Mac Lear, The Korthmen, l»"" chapitre.

(2) Ils conservèrent le régime patriarcal et une organisation sociale semblable i"! celle (les Germains, de César et de Tacite. Ils étaient divisés en un grand nombre décantons, commandés pardescbefs héréditaires ou des nobles (Jarls). L'assemblée Thing, formée par tous les hommes libres, était l'autorité supérieure en matière poliii(iue. Vivant dans im pays peu fertile , incapable de nourrir une population nombreuse, les Scandinaves étaient forcés d'émigrer dès (lue leur nombre augmentait. — Lavisse et Rambaud, IJist. r/éncrale, t. I, p. 400-401.

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