‹ L'Impot & La Milice Dans J.-J. Rousseau & MablyChapitre 16 sur 20 · STONES · texte numérisé non relu

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l'artillerie ; les frais d'outillage et de fortifications se sont accrus. Pour tenir garnison dans les places, il a fallu des troupes réglées. Ces dangereux établissements ne vont à rien moins qu'à ruiner l'Europe par les charges qu'ils engendrent et le dépeuplement du pays (1).

Mably, dans ses Principes des négociations et dans son Droit public fondé sur les traités pro-

1) Montesquieu, Esprit des lois, liv. XIII, ch. xvn: « Une maladie nouvelle s’est répandue en Europe; elle a saisi nos princes, et leur fait entretenir un nombre désordonné de troupes... Chaque monarquetient sur pied toutesles armées qu'il pourrait avoir si ses peuples étaient en danger d’être exterminés ; et on nomme paix cet état d'effort de tous contre tous. Aussi l'Europe cst-elle si ruinée, que les particuliers qui seraient dans la situation où sont les trois puissances de cette partie du monde les plus opulentes, n'auraient pas de quoi vivre. Nous sommes pauvres avec les richesses et le commerce detout l'univers ; et bientôt à force d'avoir des soldats, nous n’aurons plus que des soldats, et nous serons comme les Tartares. » En note: « Il ne faut pour cela que faire valoir la nouvelle invention des milices établies dans presque toute l'Europe, et les porter au même excès que l'on a fait les troupes réglées. » — Voltaire à Thiriot, 31 janvier 1761 (Corr. gén., éd. Renouard, t. VI, p.42: « Je persiste toujours dans mon opinion sur les finances. Il y aeu beaucoup de dissipations et de brigandages, mais quand on a contre les Anglais une guerre si funeste, il faut, ou que toute la nation combatte, ou que le moitié de la nation s'épuise à payer la moitié qui verse son sang pour elle. »— Voir aussi Le Trosne, De l'Ordre social, p. 370 et suiv.

digue les mêmes plaintes et les mêmes menaces. Ancien sécrétaire du cardinal de Tenein, instruit des dessous de la politique de son temps, il ne se lasse pas de reprocher aux Etats modernes la perfidie de leur ambition, leurs plans de rapines et de conquêtes. Depuis la Renaissance, dit-il, les princes disposant de ressources plus considérables, grâce au développement du commerce maritime et à la découverte des mines d'or du Nouveau- Monde, se sont occupés sans relâche à augmenter l'effectif de leurs armées. Il y a eu entre les Etats une sorte d’émulation, à qui aurait le plus de soldats et pour cela le plus de richesses (1). L'argent fut regardé dès lors comme le nerf de la guerre ; il tenait lieu de tout, il était tout, parce qu'avec lui on se procurait des hommes. Mais cette « bouffissure » n'était qu'un symptôme de maladie et le signe d’une prochaine défaillance. «Je ne crains point de me tromper en avançant que l'ambition parmi les Européens, loin de conduire un peuple à la monarchie universelle, doit hâter

(1) Selon A. Smith, ce serait surtout pour subvenir aux besoins des armées en pays étranger que les gouvernements se seraient tant préoccupés d’accumuler de l’argenten temps de paix, Ces campagnes entraînent en effet l'exportation d’une grande quantité de numéraire. Smith montre qu'il suffit d'avoir d’abondantes disponibilités de change, ce qui exige du reste, comme dans le premier cas, une balance dü

commerce favorable.

sa décadence. Quel Etat en effet n’est pas accablé du poids des dettes que la guerre l’a obligé de contracter ! Le plus obéré, c'est celui qui a fait les plus grandes entreprises. Quelques princes ont reculé leurs frontières ; mais ont-ils accru leurs forces en agrandissant leur territoire ? Il n y a point de nation en Europe qui ne trouve son véritable avantage à cultiver soigneusement la paix ; si elle fait la guerre pour un autre objet que sa défense, elle va contre ses intérêts; et un peuple qui ne les consulte pas dans chacune de ses entreprises, quel bonheur peut-il se promettre? Qu'on examine la situation actuelle de l'Europe, et on remarquera que les raisons qui défendaient à Charles-Quint et à ses successeurs de vouloir être conquérants, se sont beaucoup multipliées depuis un siècle. La guerre, en troublant le commerce, tarissait les ressources de l'industrie, et exigeait cependant des dépenses toujours plus considérables. Il arriva de là que les subsides ordinaires que les Princes levaient sur leurs sujets ne suffirent plus à leur ambition. Ils voulurent établir de nouveaux impôts ; on murmura. Ils méprisèrent d’abord les plaintes ; mais craignant enfin un soulèvement général, ils eurent recours à une opération pernicieuse de finance : ils firent des emprunts considérables ; et faute d'économie et de prévoyance, on ne songea point

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