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Les deux hommes que leurs conlemporains associaient dans un même tribut d’admiration ont sans doute dans leurs idées de grands points de désaccord (1), mais à côté de ceux-là, combien d'autres où uls se rencontrent, où leurs idées, leurs expressions même se confondent. Aussi bien, Rousseau ne s’y est pas mépris, etquand il accusait Mably de l'avoir compilé « sans honte et sans retenue » (2), il lui faisait sans doute une injure méchante et gratuite, — le caractère très droit et très digne de Mably étant absolument incapable d’une telle fausselé,
mais surtout il avouait reconnaître l’affinité profonde qui les unissait l’un et l’autre, comme deux disciples des mêmes maîtres travaillant dans
(1) M. Janet, dans son Histoire de la Science politique, 3° édit., t. II, p. 651, déclare que l’on ne trouve dans Mably « aucune des théories de Rousseau, ni la théorie du contrat social, ni celle de la volonté générale, ni la distinction du gouvernement et du Souverain, ni ses objections contre le système représentatif, ete. » C'est peut-etre un peu exagéré, eomme on pourra le constater plus loin.
(2) Les relations de Rousseau et de Mably datent de 1740: 1741. Rousseau remplissait alors les fonctions de précepteur chez le frère de l'abbé, M. de Mably, grand prévôt de Lyon. C’est pour les enfants de ce dernier qu’il écrivit le Projet d'éducation de M. de Sainte-Marie. — Dans une lettre au prince de Wirlemberg, datée du 26 mai 1764, Rousseau juge l'abbé de Malby beaucoup plus favorablement que dans les Confessions iZLév. XII) : c’est, dit-il, & un honnèle homme rempli de vues très saines ».
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le méme esprit. Il n’est pas impossible du reste que l'influence de Rousseau ait agi sur Mably pour confirmer dans son esprit la vérité de ses propres théories. Mais ce qui parait hors de doule, c’est que les idées de Mably avaient germé avant l'apparition des premiers écrits de Rousseau (1). Mably doit donc étre regardé comme original. Il n’en est que plus intéressant de voir combien son inspiration est voisine de celle de Rousseau. L’élude que nous allons entreprendre contribuera pour sa part à le montrer.
(1) Le premier ouvrage de Mably, le Parallète des Romains et des Français, parait en 1740. Viennent ensuite le Droil public de l’Europe (1748), les Observalions sur :es Grecs (1749), es Observations sur les Romains (1751), les Principes des négociations (1757), et les Entretiens de Phocion (1763). D'autre part, le Discours sur les sciences et les arts, de Rousseau, est de 1749, et l’Origine de l'inégalité, de 1754, M. Janet (op. cit., p. 692), tout en attribuant à la lecture de Platon le changement survenu dans les idées de Mably entre le Parallèle et les Entretiens de Phocion, se demande si Rousseau ne doit point en être rendu responsable. Mais déjà dans le Droit public, paru un an avant le premier discours de Rousseau, les principes de Mably ont évolué : il se réclame des anciens, condamne le commerce, le luxe, tout ce qu'il louait dans le Parallèle. Sans doute, ses idées sont plus modérées dans leur forme, moins hardies dans leurs conclu” sions, qu’elles ne seront plus tard dans les Entretiens. Mais le temps, la lecture et la réflexion vont se charger de les affermir et de les mürir.