DEUXIÈME LOI
(c Art. 1®'. Un prélèvement annuel de 750 millions sur le budget des recettes de T État sera affecté à l'amortissement de la dette publique.
» Art. 2. Cet amortissement sera effectué par voie de rachat à des taux ne dépassant pas le pair (1 ).
» Art. 3. Les titres rachetés seront annulés dans les formes légales.
» Je ne crains pas de m^ exposer à une fausse interprétation de mes intentions; — fai toujours eu Vhabitude d'attaquer les difficultés de front, car eest toujours les aggraver que de les éluder. — Mes intérêts personnels sont
et en prenant qualité de juges les uns pour les autres, comme on l'a dit , nous élèverons le niveau moral des populations.
(1) Je pourrais proposer un mode de remboursement de titres de rente par voie de tirage , si un tel mode devait offrir plus d'avantages.
ceux de ce tiers état qui a reconquis en \ 789 ses droits naturels; mais au lieu de calculer ces intérêts au point de vue étroit de Végoasme^ je les ai toujours envisagés au point de vue large de la justice.
» faitoujours combattu lepréjugé^ greffé sur les errements du vieux sysfème monarchique, qui classe les membres d'une même nation, — Le travail probe et intelligent est le pivot de la Société et la source de sa prospérité; le mépris qu' affectent les oisifs pour celui qui fait son devoir en travaillant, est plus quun crime, c'est une faute. Les menaces de communisme, de partage, que sais-je encore? qui servent de prétexte à cette tendance, ne devraient jamais donner un moment d'inquiétude, car ces idées ne tiennent pas devant le bon sens public, qui juge les hommes tels qu'ils sont et tels qu'ils seront toujours. — Mais le danger de voir les gens naïfs et ignorants pencher vers des systèmes absurdes pour en espérer une améliora-
» tion de leur sort , doit engager la société à » faire droit , dans la limite du possible et du » raisonnable y à la légitime aspiration de » tous au bien-être et à la dignité morale.
» En préconisant une réforme radicale y je » n'ai pas été uniquement préoccupé du désir » de voir mon pays se relever avec prompti- » tude des désastres subis et reprendre sa » place à la tête de la civilisation par son » esprit d'initiative de tout progrès rationnel^ » fai encore voulu attirer l'attention de mes )) compatriotes sur notre strict devoir envers » nos descendants. — Un bon pire de famille » s'efforce de laisser à ses enfants un héritage » net de charges et d'ennuis. Ne serait-il pas » temps que l'État^ représentant la collectivité )) des pires de famille ^ agisse de même j, au » lieu de transmettre toujours aux générations » suivantes le poids accumulé d'un budget )) écrasant? — Cest ce que j'ai cru nécessaire )) de rappeler y car, pour résumer ma pensée^
» fai la conviction que nos devoirs sociaux, » comme nos devoirs privés, concordent ahso- » lument avec nos intérêts bien compris. »
Maintenant, si Ton jne demande pourquoi je m'adresse de préférence au capital pour lui demander des sacrifices, voici ma réponse :
Admettons comme hypothèse que la France n'ait aucune organisation financière.
Une rançon de guerre lui est imposée dans cette situation.
A qui la réclamera-t-on ? N'est-ce pas exclusivement à ceux qui possèdent , Tennemi faisant tout bonnement main-basse sur les propriétés et richesses qu'il trouve?
Et comment réparera-t-on le plus vite possible les pertes ainsi subies? N'est-ce pas en redoublant d'activité industrielle, en poussant par tous les moyens à la production?
Est-ce que, dans ce cas, l'intérêt des possédants ne leur prescrirait pas d'aider à ce mouvement de réparation, en faisant tous les frais nécessaires pour que l'outillage de la production et de la circulation soit mis en bon état de fonctionner ?
En effet, comment, dans cette même hypothèse de l'absence de toute organisation administrative et financière de la France, s'y prendraient les propriétaires pour mettre en valeur leurs domaines, maisons, usines, carrières, mines, etc. ? — Ils se hâteraient de se constituei en syndicats pour établir, à frais communs et au marc le franc de leur fortune, des routes, des canaux, des chemins de fer, aussi bien que l'orga nisalion de la police et de la défense des propriétés, etc., sans songer à demander le concours financier de celui qui ne possède rien.
Nous avons un exemple d'une telle orga-
nisation dans les syndicats d'acquéreurs de parcelles des grandes propriétés loties dans les environs de Paris.
Si l'on admet que l'État soit la personnification du syndicat de tous les propriétaires, et, comme tel, tenu de faire de ses deniers les frais de mise en valeur de sa propriété, a-t-il le droit plus qu'un autre de demander à ceux qu'il emploie de contribuer aux frais de son exploitation ? C'est un non-sens que l'usage me paraît avoir consacré, plutôt que la logique, car on est obligé, sous peine d'injustice, de restituer d'une manière quelconque au travail tout ce qu'on lui aura pris.
C'est donc, en définitive, sur le capital que se répercutent toutes les charges produites par les impôts indirects, et avec cette aggravation d'avoir inutilement entravé la production agricole et industrielle et les
transactions commerciales, et cela dans les conditions les plus fâcheuses d'inégalité de répartition.
Eh bien , pourquoi ne pas suivre une méthode naturelle et rationnelle ?
» N'est-ce pas en définitive le capital qui » profitera toujours de l'augmentation de la » richesse publique^, aussi bien que du rem- » boursement des dettes de VÈtat ?
» D'ailleurs y ne doit-il rien faire pour se » réconcilier avec la masse du peuple^ qui n'a » pas encore eu acchs vers la propriété ?
» Qui oserait reprocher au Capital Vappa- )) renie prérogative dont il jouit en vertu de » l'épargne accumulée dans le passé ^ s'il » accepte aussi la prérogative d'acquitter les » charges que le passé a la prétention de faire » endossera l'avenir? — Exonéré de ce soin, » le consommateur prolétaire naura plus » d'autre préoccupation que d'épargner à son
» tour pour acquérir le Capital réel, c'est-à- » dire la propriété sous une forme quelconque.
» Cest le moyen, rien douions pas, de ré- » soudre le problème de la quotité du salaire, » qui est au fond de toutes les révolutions poli- » tiques et sociales.
» Pourquoi l'employé de grande adminis- » traiion^ dont les aptitudes et les talents mé- » ritent souvent mieux que les appointements » qu'on lui accorde, se résout-il à conserver » une situation fort modeste? C'est unique- » ment parce que les grandes administrations » ont eu le bon esprit de semer pour recueillir,
» Elles ont eu le soin de lui donner la sé- » curité : en cas de maladie, par des caisses n de secours mutuels; en cas de vieillesse et » de blessure, par des caisses de retraite.
» Pourquoi les grands établissements in- » dustriels réalisent-ils une économie sérieuse » sur la main-d'œuvre et peuvent-ils ainsi lut-
» ter avantageusement contre les produits de » r étranger?
» Cest que^ grâce à leur prévoyance^ Vou- » vrier devient propriétaire de sa maison; » ses enfants y naissent y y grandissent y et de- » viennent à leur tour ouvriers. Ils n'ont nul » souci de l' avenir ^ qui leur est garanti par » les institutions dont ils sont membres na- » turels.
» Or^ pourquoi VÉtaty c'est-à-dire nous » tous^ n' imiterait-il pas ces industriels qui ï> ont si bien su comprendre la solidarité des T) intérêts groupés autour d'eux? »
A ceux qui ont frayeur du communisme , fantôme évoqué par des partis pour spéculer sur la peur des populations , je veux dire qu'il y a bien quelque chose à partager : ce n'est pas la propriété, ce sont les frais de conservation qu'elle coûte à la société. Mais ce partage ne peut avoir lieu
judicieusement qu'entre ceux qui possèdent, et au prorata de la valeur de ce qu'ils possèdent. Ceux qui voudraient partager autre chose ne s'arrêteraient pas en si beau chemin : ils prendraient tout, et on les nommerait non point des communistes , mais des voleurs. C'est donc à celui qui possède de payer les gendarmes.
Un dernier mot : J'ai souvent entendu adresser un reproche, quasi un blâme, à tous ceux qui, comme je l'ai fait, se préoccupent avant tout, en matière d'impôt, du bien-être matériel des masses.
Je ne suis pas de ceux qui se contentent de débiter de beaux préceptes de morale pour arriver à régénérer un peuple. Ignorent-ils donc que ventre affamé n'a pas d'oreilles ?
On pourrait même dire qu'il n'a d'oreilles que pour les mauvaises suggestions.
Car c'est la misère qui est au fond de la question sociale, dont la solution, par des moyens raisonnables de prévoyance, est imposée à la société dans l'intérêt de tous ses membres.
Ma conviction est donc que si l'on veut élever le niveau moral et intellectuel d'un peuple, il faut avant tout dégager l'esprit du travailleur de cette redoutable préoccupation du pain quotidien, et du sort qui l'attend, lui et les siens, lorsque le chômage forcé par maladie ou vieillesse viendra le lui ravir.
Or l'impôt prime d'assurance me semble le seul moyen de droit commun pour traduire en fait la solidarité sans nuire en rien à la liberté.
Veuillez agréer, etc.
MENIER
éf