L’IMPOT UNIQUE EST ÉQUITABLE EN SON PEINCIPE
Je viens de dire que l’impôt sur les factures, autrement dit l’impôt unique, était équitable en son principe.
Je n’ai pour démontrer ce fait qu’à reproduire un passage de ma précédente brochure 1 , laquelle, je puis le dire maintenant,
I ■ L Impôt unique et ses conséquences , Paris, 1868 Lacroix, Verboeckhoven, éditeurs.
a généralement frappé tous ceux qui en ont eu lecture par la simplicité du mécanisme décrit.
Je cite :
« J’ai dit que l’impôt, pour être juste, devait frapper chaque contribuable dans la mesure de sa jouissance, du bien-être dont il jouit, en un mot de sa fortune.
« Ce côté de la question a de tout temps préoccupé les législateurs. A l’époque présente, il est encore l’objet de leur attention.
« Les impôts sur le tabac, l’alcool, les chiens, etc., prouvent la réalité de ces tendances et les efforts constants qui sont faits en ce sens.
« Toutefois nous sommes encore loin du résultat, et toutes ces mesures, sauf celles qui frappent le tabac et l’alcool, denrées passées à l’état de nécessité, n’atteignent que médiocrement leur but.
« Le système que je propose résout, lui, la question d’une manière générale.
« En effet, il ne s’agit plus, avec son concours, de peser sur telle ou telle branche de la consommation, mais de les toucher toutes.
« IJ s’agit de faire que, quels que soient les besoins, les satisfactions, les plaisirs qu’on
L’IMPOT UNIQUE
puisse se donner, on paye et rigoureusement, toujours proportionnellement à ces besoins, à ces plaisirs, à ces satisfactions.
« Et ce avec cette circonstance réellement équitable, que précisément plus ces besoins, plus ces satisfactions, plus ces plaisirs seront grands, plus l’impôt les atteindra.
« Quelques exemples feront mieux comprendre le mécanisme de ce système que ce que je pourrais dire. Je vais les choisir dans les choses ordinaires de la vie.
« Je suppose deux ménages : l’un riche, l’autre pauvre.
« Tous deux reçoivent en même temps du
vin.
« Celui du ménage riche est d’un cru estimé, il vaut 500 francs la barrique.
« Celui du ménage pauvre n’est qu’une boisson ordinaire, il ne vaut que 80 francs la barrique.
« Dans les conditions actuelles, l’une et l’autre barrique payeront le même droit, soit chacune kk fr. 55 c. dans Paris. La première payera donc un 4 /10 e seulement de sa valeur, tandis que T autre, celle du pauvre, payera près de 50 pour 100.
« Avec l’impôt unique, il n’en sera plus ainsi.
« En effet, si nous admettons que cet impôt soit de 1 pour 100 par exemple :
« L’une,
« Celle du ménage riche aura payé 5 francs.
« L’autre,
« Celle du ménage pauvre n’aura acquitté que 80 centimes.
« N’est-ce pas logique, équitable?
« Mais la faible quotité des chiffres que nous venons de trouver aura pu faire naître une crainte.
« Si le rendement indiqué a été comparé à l’impôt actuel, la première idée qui aura frappé l’esprit est que le Trésor devra subir de cet état de choses un déficit considérable que la difficulté de ses rentrées sera par suite augmentée.
« Un tel résultat serait désastreux. Quelque bienfaisante que puisse être la mesure proposée, si elle amenait de semblables conséquences, il faudrait la repousser.
« Il en est autrement.
« D’abord il importe de le faire remarquer, l’impôt tel que je le comprends s’ap-
pliquerait à toutes les transactions. Dès lors, si les taxes excessives qui frappent certaines denrées disparaissent, elles sont remplacées par une contribution unique, modérée, mais qui, s’adressant à tout, vient par sa généralité suppléer à l’importance spéciale de quelques autres.
« Celle-ci d’ailleurs, quelque faible qu’elle soit en apparence, se grossit rapidement. Le mécanisme même du système conduit à ce résultat.
« En effet, j’ai supposé ici que le vin était pris directement chez le vigneron ; il n’avait alors qu’une taxe à acquitter.
« Mais ce cas est le plus rare.
« Dans la plupart des occasions, le vin passera par deux, trois, quatre mains et plus; chaque fois, remarquons-le bien, chaque fois l’impôt sera payé.
« Par la force des choses, on le voit, le rendement grossira vite, et déjà, pour qui veut juger sans prévention, il est facile d’apprécier que, sous une perception en apparence minime, il y aura la source d’un immense revenu.
« Voyons du reste un autre exemple.
« Cette fois, au lieu de le choisir simple, rudimentaire, prenons-le dans la moyenne des transactions ordinaires, il fera mieux comprendre l’économie de l’impôt proposé.
« Je suppose deux femmes, que toujours je choisis dans des conditions opposées.
« L’une est riche;
« L’autre par conséquent est pauvre ;
« Toutes deux ont besoin de se vêtir.
« L’une payera un châle 2,000 francs ;
« L’autre ne pourra mettre à cet achat que 25 francs.
« Admettant toujours l’impôt comme étant de 1 pour 100, voici ce qui résultera de l’application de l’impôt unique à ces acquisitions :
« Le châle de 2,000 francs payera sur l’achat 20 francs ;
« Celui de 25 francs ne payera, lui, que 25 centimes.
« Mais ce n’est pas tout.
« Les châles, avant d’être vendus, avaient dû nécessairement passer par de nombreuses mains.
« Contentons-nous, pour abréger, de mentionner :
« L’éleveur qui a fourni la laine;
L’IMPOT UNIQUE
« Le négociant qui l’a achetée et revendue ; « Le filateur qui l’a filée ;
« Le fabricant qui l’a tissée ;
« Enfin le marchand qui a vendu les châles et dont la contribution est imputée plus haut.
« A défaut de prix positifs, qui n’auraient d’ailleurs aucun intérêt ici, fixons arbitrairement les chiffres pour chaque industriel.
« Admettons que pour le châle de 25 francs « Le cultivateur ait fourni 10 francs de laine, elle aura
payé à 1 pour 100. 0,10 e d’impôt
« Cette laine est arrivée entre les mains du négociant, elle a été revendue par lui
12 francs, soit à 1 pour 100. . 0,12 e »
« Le filateur, après l’avoir travaillée, en a eu 15 francs, à
1 pour 100. 0,15 e »
« Enfin le fabricant a vendu le châle 20 francs, lesquels à 1 pour 100 ont produit.... 0,20 e »
« Auxquelles sommes il convient d’ajouter le droit du
marchand plus haut trouvé.. 0^25 c »
« Soit en tout. 0,82 e
de droits qui auront été acquittés par le châle de 25 francs.
« Celui de 2,000 francs, en suivant les mêmes errements, aura, lui, payé comme suit :
« La laine chez le cultivateur valait 1,000 francs; au taux de 1 pour 100 elle aura produit. 10 fr. d’impôt.
« Le négociant en a trouvé 4,200 francs à 1 pour 100 12 »
« Le filateur l’a cédée pour
1,500 francs à 1 pour 100... 15 »
« Le fabricant en a fait 1.800 francs à 1 pour 100. .48 »
« Ajoutons à cela le droit trouvé pour le vendeur et qui était de. 20 »
« Nous arrivons pour ce
second châle à. 75 fr.
de droits.
« Ainsi, tandis que le châle de l’ouvrière n’aura payé que. 0,82 c.
« Celui de la femme du monde aura, pour remplir le même but, mais plus élé-
gamment satisfait, payé 75 francs, c’est-àdire plus de 90 fois plus.
« Est-ce que cela n’est pas encore jüste, équitable, rationnel?
« Ce que je viens de dire d’un châle s’applique, on le comprend aisément, aux habitations, à la table, aux voilures, etc., etc., enfin à toutes les choses, à toutes les exigences de la vie.
« Je pourrais pour confirmer cette assertion multiplier les exemples; ce travail me paraît inutile.
« J’aime mieux abréger et immédiatement constater une chose :
« C’est que si l’impôt unique était admis, nous n’arriverions plus à ce résultat anormal, pour ne pas dire monstrueux, que toutes les choses qui constituent les nécessités de la vie, celles en un mot qui sont la base de l'alimentation, sont le plus impitoyablement frappées; tandis que d autresj, qui satisfont le luxe, les jouissances, le faste, échappent presque toutes à l'impôt.
« Qu’au contraire, tout venant à payer un impôt proportionnel, le premier résultat obtenu serait de dégrever les denrées communes, ordinaires, qui étant de bas prix
n’auraient plus à payer qu’un très-minime impôt, tandis que les objets concernant l’aisance, le confort, seraient tous atteints et proportionnellement à leur valeur.
« Cette double considération suffit pour frapper les esprits généreux.
« Elle suffit pour démontrer que non-seulement l’équité trouverait satisfaction dans l’application de l’impôt unique, mais encore que tout en ne nuisant, ni aux intérêts de l’État, ni à ceux des particuliers, un allégement mérité serait apporté par lui à ceux qui travaillent, qui souvent souffrent et constituent en définitive un des puissants éléments du pays. »
Ces lignes étaient écrites bien avant la guerre; elles ont le mérite de présenter le mécanisme complet du système. Elles montrent en même temps qu’au point de vue de la proportionnalité due par chacun, l’impôt unique n’a besoin ni de recherches inquisitoriales, ni de mesures vexatoires.
C’est l’imposé lui-même, qui, par les nécessités de sa vie, vient acquitter l’impôt au fur et à mesure du développement de ses besoins.
U L’IMPOT UNIQUE
N’est-ce pas là le but réel, précis, à atteindre ?
L’équité ne consiste pas seulement clans la répartition juste des charges imputées à chacun, elle consiste encore à donner la possibilité d’acquitter sans gêne, sans pression, aisément en un mot, la part contributive de chacun.
Tel, en effet, pourrait payer en une fois la somme qui lui incombe, tandis que tel autre, chargé de famille, travaillant jour par jour, heure par heure, ne peut amasser. Réclamer l’impôt à échéances fixes n’est donc pas donner les facilités que tous doivent pouvoir trouver.
L’impôt unique obvie à cet inconvénient.
Je vais expliquer comment, et pour cela encore, je citerai ce que j’écrivais sur ce sujet dans mon premier travail :
« La possibilité de faire payer l’impôt sans secousse, sans embarras pour l’imposé, sera également donnée par le même mode d’action.
« Cette démonstration, après ce qui précède, devient facile à faire.
« D’abord, qu’est-ce qui pèse le plus sur les masses dans l’état actuel des choses?
« C’est le prélèvement par échéances assez fortes des sommes dues à l’Etat.
« Avec le système que je décris, cet inconvénient disparaît.
« N’est-ce pas, en effet, par fractions et par fractions infimes que l’impôt sera perçu.
« N’est-ce pas jour par jour, même heure par heure, que sans le savoir, riches ou pauvres, l’acquitteront?
« Or, n’est-ce pas là précisément le résultat cherché?
« Est-ce que dans ces conditions, le revenu de l’État, loin d’être pour le plus grand nombre une gêne et une préoccupation, ne deviendra pas un accessoire insensible du roulement de la vie ?
« Est-ce que sa rentrée ne sera pas mieux assurée ?
« Est-ce qu’enfin l’impôt, ainsi établi, ne sera pas ce qu’il doit être véritablement, une émanation constante, durable , imperceptibles mais puissante de la fortune publique ?
L’IMPOT UNIQUE
« Ces considérations sont si puissantes, que je m’abstiendrais de citer des exemples, si je ne voulais pertinemment convaincre de l’exactitude de ce que j’avance.
« Je serai sobre, entre tous, j’en choisirai seulement deux.
« La généralité des hommes fait usage de tabac.
« La moyenne dépense au moins i5 centimes par jour, soit : 54 fr. 75 c. par an.
« Combien sur cette quantité seraient en mesure de parer à cette dépense qui, en somme, est un superflu, s’il fallait l’acquitter en bloc, une ou deux fois par an?
« Bien peu assurément, et cependant presque tout le monde fume ou prise : l’impôt n’arrête personne.
« Qu’on ne dise pas qu’il s’agit là d’une satisfaction qui rend cet impôt facile.
« Non! La seule raison qui fait que personne n’hésite, c’est que c’est sou à sou qu’est perçue la taxe. Elle est ainsi prélevée sans gêne, sans contrainte ; nul ne se plaint.
« L’impôt sur le tabac est cependant considérable.
« Il représente plusieurs fois la valeur de la denrée.
« Si, grâce au mode de prélèvement on le paye sans y penser, que sera-ce donc quand, au lieu d’une contribution égale ou supérieure à la valeur de l’objet imposé, on n’aura plus à acquitter qu’une très-petite fraction?
« La presse a bien compris la question.
« La vente des journaux au numéro, qui a pris un si grand développement de nos jours, témoigne que mieux vaut demander quotidiennement au public une somme minime, qu’annuellement un abonnement important.
« Le grand nombre lit les journaux à raison de 5, de 15 centimes par jour; les privilégiés seuls jouissaient de l’abonnement.
« Et cela est si vrai, que le droit de vente sur la voie publique retiré à un journal équivaut presque à sa suppression.
« Frapper sur tout, mais par fractions insensibles, est donc, je ne saurai trop le redire, le point essentiel de la question.
« Or, je tiens à le bien constater, ce résultat est l’essence même du système que je propose. Quel que soit l’impôt auquel on
pourrait le comparer, il n’en est pas un qui puisse être perçu aussi insensiblement et en même temps d’une manière aussi permanente. »
Ces derniers mots caractérisent le côté de la question qne nous avions à étudier. Ils démontrent que l’impôt unique, grâce à cette perception insensible, ôte à l’imposé toute espèce de préoccupations, puisque c’est en quelque sorte sans le savoir, qu’il acquitte sa contribution.
Eh bien, cette simplicité d’action, ces facilités données à tous, ces charges rendues légères, 'ces mesures abusives supprimées, tout cela n’a pas satisfait tout le monde.
On m’a accusé, je viens ici relever l’expression, parce que je veux la détruire; on m’a accusé de rendre l’impôt trop facile. On a prétendu qu’il n’était pas digne de l’homme d’acquitter par ce moyen insensible ses charges sociales, etc., etc.
Mais voyons, soyons pratiques. Au milieu de nos désastres, cela devient plus qu’une nécessité.
Pour juger à ce point de vue la question, considérons l’impôt d’une manière générale.
De deux choses l’une, dirons-nous : ou il est superflu, ou il est utile.
S’il est superflu, inutile d’aller plus loin, tout ce que nous dirions serait sans valeur.
Mais s’il est utile, et à moins que d’être fou, on ne peut nier cette évidence, quelle atteinte est-ce porter à la dignité humaine que de le rendre aisé, facile à supporter, d’en assurer la rentrée?
Est-ce que le crédit commercial n’est pas une facilité donnée au commerce, dont elle a centuplé les efforts?
Est-ce que ce crédit ne permet pas justement de scinder, diviser, éloigner les payements ?
Qu’est-ce autre que ces divisions, ces fractionnements, si ce n’est faciliter ces payements?
Qui donc cependant oserait prétendre que le commerce n’est pas digne?
Qui donc voudrait le priver des avantages qu’il possède ?
Eh bien, je dis que ces facilités de payement que le commerce accepte, reçoit; qui sont son essence la plus nécessaire, puisque la Banque de France elle-même est la consé-
L’IMPOT UNIQUE
cration de ce grand principe; je dis que nui ne peut les refuser, quand surtout elles émanent, non plus d’un particulier, non plus d’une institution de crédit, mais de l’État, c’est-à-dire de la délégation même du pays.
J’ajouterai que, bien loin de ne pas être digne, ce mode tend au contraire à effacer tout ce qui sent la protection, tout ce qui rappelle les barrières existantes, entre la fortune et la pauvreté.
Prenons pour exemple l’impôt sur les loyers.
Dans l’état actuel, ce qu’on est convenu d’appeler les petits loyers ne paye pas. Ce n’est qu’à partir de 400 fr. que la loi constitue l’imposé.
Dans ces conditions, et nul ne proteste que je sache, l’Etat fait la remise ou l’aumône de leur part contributive à ceux qui sont dans cette catégorie.
Je ne blâme pas Cette condescendance, loin de là; mais elle n’en constitue pas moins deux classes : le contribuable et l’obligé.
Avec l’impôt unique, cette classification disparaît.
Le riche et le pauvre payeront le même
droit. Tous deux deviendront égaux devant la loi. Mais tandis que le riche, s’il habite dans un de ces somptueux hôtels qui se chiffrent par des annuités de 50 et de 100,000 francs, payera pour ces 50 et 100,000 francs, le pauvre, lui, qui se contente d’un modeste logement, serait-il de 100 francs., payera pour ses 100 francs.
Est-ce que cela n’est pas et plus digne et plus noble?
Est-ce que ce n’est pas l’équité et la justice?
Est-ce que, dans cet état de choses, l’aumône et ce qu’elle a toujours d’abaissant, même quand elle est officielle, ne disparaît pas pour faire place au droit ;
Mais au droit :
Goûteux pour celui qui possède et mène grande vie ;
Modique et insensible, pour celui qui n’a rien ;
Proportionnel en un mot pour tous, laissant l’homme, à quelque étage de la société qu’il appartienne, coparticipant de cette même société.
Je dis que de ce chef aucune objection ne
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peut subsister, et qu’à ce titre l’impôt unique, consacrant la participation de chacun aux charges communes, atteint le but désiré pour tout impôt rationnel, qu’encore une fois il est vraiment équitable
Une autre considération vient à son tour faire ressortir cette question d’équité, je veux parler de la suppression d’une masse de taxes, aussi facilement entachables de fraudes qu’inégales en elles-mêmes.
Voyons les loyers ; puisque nous venons d’en parler.
La loi dit que l’impôt se percevra suivant l’importance du loyer, mais, sauf les baux notariés, qui ne s’ingénie à diminuer la valeur du payement et par conséquent celle de la taxe?
Avec l’impôt unique, la valeur de cette taxe diminue considérablement ; l’intérêt que pourrait avoir la fraude tombe, et en fin de compte, par le mécanisme même de l’impôt, c est le propriétaire et le locataire qui se contrôlent mutuellement.
Voyons l’impôt sur les successions.
Là encore nous trouvons un droit énorme, écrasant, que chacun cherche à éviter.
Avec l’impôt unique, le droit réduit à la simple participation ordinaire n’engendrera plus la pensée de la fraude ; et comme [de son acquit résultera une parfaite régularité des situations, nul ne voudra, pour une somme qui n’en méritera plus la peine, s’exposer aux conséquences qu’amènerait l’éludation de la loi.
L’enregistrement est de son côté un nid à inégalité et à dissimulation.
En présence des taxes souvent exagérées qui découlent de la loi actuelle sur cette matière, tous s’évertuent à tourner, à tricher cette loi. On peut dire qu’une véritable lutte reste perpétuelle entre les employés que ce service concerne et le public.
Avec l’impôt unique, cette situation disparaît, le simple mécanisme de l’impôt rendant les parties mêmes juges de son importance et responsables de son acquittement.
Et les douanes, et la régie, et tant d’autres dispositions qu’il serait trop long de rappeler?
L’IMPOT UNIQUE
Bref, de tout ceci résulte ce que je voulais démontrer : que ces impôts, et ils sont nombreux, laissent à l’appréciation une trop large marge et que par conséquent, suivant le degré de droiture, d’adresse, les uns payent plus, les autres moins. La conséquence de cette situation est une inégalité flagrante. L’impôt unique, pesant par la force des choses sur la valeur réelle des transactions, fera disparaître cette inégalité. A ce titre il est donc encore une fois équitable.
Enfin il est équitable parce qu’il atteint le capital, ce monstre tant décrié et cependant ce levier si puissant de notre époque industrielle.
On a voulu faire des lois pour l’enrayer.
Insaisissable par les formes variées qu’il peut prendre, il échappe à ces lois.
En équité vraie il doit évidemment sa part dans la chose commune.
Et si je ne partage pas les idées de ceux qui en font une hydre aux mille têtes, je reconnais la justesse du principe.
L’impôt unique, lui, l’atteindra sous toutes ses attributions.
Placement d’argent : Le banquier en tête de son compte courant sera obligé d’indiquer sa contribution.
Opération de bourse : L’agent de change appliquant l’impôt sur ses bordereaux sera devenu en même temps l’agent fiscal.
Rentiers, possesseurs de ces milliers de coupures qu’on nomme actions et qui jusqu’ici dissimulaient ce capital tant méconnu. Il n’en est pas un qui, en touchant ses coupons, ne payera l’impôt; qui, en dépensant le produit de ces coupons, ne le payera encore.
Équité donc, équité deux fois grande, puisque non-seulement elle fera payer l’argent qui jusqu’ici pouvait se soustraire à l’impôt, mais encore évitera les attaques incessantes qui s’élèvent contre un élément aussi utile que puissant.
Le capital, en effet, n’est pas la chose horrible que d’aucuns en veulent faire.
C’est la fortune mobilière qui est venue s’ajouter à la fortune immobilière, quand celle-ci n’a plus suffi à recevoir l’épargne.
C’est le véhicule du commerce, c’est le moteur des grandes entreprises. Qu’on me permette une comparaison.
Admettons une rivière qui, tranquille s’écoulant, chemine lentement. Tant que sur une pente insensible son cours restera alangui, elle donnera simplement la fertilité aux pays par elle arrosés.
Mais modifions son régime, et par une digue emmagasinons ses eaux.
ous aurons toujours les bienfaits qu’elle répandait ;
Mais de plus, en donnant à la digue une issue convenable, nous aurons créé une chute qui produira autour d’elle l’activité, la puissance, la vie.
Nous n’aurons pas diminué l’action bienfaisante du courant primitif, mais en amassant ses forces, en les rendant vives, nous aurons trouvé l’aide avec lequel nous transformerons, et le blé qui nous donne le pain, et le fer qui nous donne la charrue, et tant d’autres industries qui nous donnent le bienêtre.
Eh bien, l’épargne entre les mains de tous, c’est la rivière qui coule tranquille.
Le capital, qu’il soit formé par la réunion de l’épargne ou la fortune d’un seul, c’est la chute qui permet les entreprises gigantesques, que l’épargne seule ne pourrait mener à bien.
A l’appui de ceci, reportons nos yeux sur nos voisins les Anglais. Nous verrons chez eux le capital constituer une force, qui se plaçant à côté de la puissance territoriale et la dépassant, a seule fait, de l’Angleterre, la grande nation que chacun sait.
Les lois anglaises faisant, en effet, du sol, des majorats imprescriptibles, il a bien fallu à l’épargne trouver un autre placement.
Le capital s’y est ainsi constitué de temps immémorial. Pour lui trouver emploi, l’esprit d’association s’est formé; il a su fonder et le commerce lointain, et les banques innombrables, et l’industrie sans rivale qui a un instant rendu le monde tributaire de cette forte organisation.
Que cet exemple, que celui de l’Amérique, nous serve! Ne fuyons pas le capital, plus que jamais nous avons besoin de son aide, mais dans une juste proportion faisons-le payer, ceci sera justice.
L’IMPOT UNIQUE
Or l’impôt unique, l’atteignant dans toutes ses applications, dans toutes ses transformations, et par une proportion toujours égale, donnera de ce côté encore satisfaction aux principes d’équité que nous devons partout rencontrer.
Une dernière considération me permettra de clore cette partie de mon travail.
Les professions dites libérales étaient jusqu’ici exemptes d’impôt. Pour elles point de droits spéciaux, aucun des frais qui grèvent le commerce, l’industrie.
Il en est cependant qui rapportent beaucoup.
Avec l’impôt unique, elles payeront et justement dans la proportion du mérite de chacun.
Le médecin, l’avocat, l’artiste, de grande réputation, dont les labeurs se soldent par des sommes importantes, payeront en proportion de leur gain.
Ceux qui débutent dans la carrière, qui s y maintiennent dans une modeste condi-
tion, ne payeront que sur la proportionnalité de leur recette, mais tous satisferont aux charges communes, ce qui est justice, puisque tous prennent leur part du bien-être général.
Est-ce que ceci n’est pas encore et toujours l’expression de l’équité véritable?
Nous résumant sur ce sujet, disons que l’impôt unique est vraiment équitable :
1° Parce qu’il s’adresse à tous dans la mesure des forces de chaque contribuable ;
2° Parce qu’il fait payer tous selon la quantité des besoins satisfaits ;
3° Parce que son application ne supporte pas d’inégalités, qu’elle est la véritable mesure de la dette sociale de chacun ;
h° Parce que, quelle que soit la modification que subit le progrès, la fortune, il s’applique à ces modifications;
5° Parce que, pour atteindre le but qu’il poursuit, il n’emploie aucun moyen touchant le respect dû à la qualité de citoyen ;
6° Parce qu’enfin, prélevé sans secousses,
L’IMPOT UNIQUE
sans difficultés, par Vimposé lui-même, il est ce que je ne puis que répéter :
La vraie pondération de la fortune de tous.
l’impôt unique est simple dans son