‹ L'ImpressionismeChapitre 14 sur 30 · EDGAR DEGAS ET SON CELVRE · texte numérisé non relu

EDGAR DEGAS ET SON CELVRE

sonnellcs, le portèrent, comme M. Fan tin-La tour et comme Whistler, vers Manet et ses amis, parce que c'étaient des indépendants, des oseurs, des calomniés, et qu'ils étaient résolus à définir la beauté caractéristique de leur temps, au lieu de la désavouer au profit d'une esthétique transmise par l'école. M. Degas partagea la mauvaise, puis la bonne fortune de ses amis devant l'opinion, et ses amitiés restèrent intactes. Mais son génie n'emprunta presque rien au leur dans le domaine des recherches chromatiques, sinon dans quelques paysages, et l'on peut dire que, dans le domaine du dessin expressif et de la composition, il a été leur maître à tous, avec Manet; encore son œuvre, développée longtemps après celle de ce grand initiateur, en a-t-elle dépassé les glorieuses prémisses pour devenir pleinement originale et, par certains côtés, inimitable. La vie publique de M. Degas fut, comme celle de tous ses amis d'ailleurs, vide de faits. Ces artistes longtemps réprouvés n'ont pas plus d'histoire que les peuples heureux ; ils ont peint, ont été bafoués, puis tolérés, puis comblés d'éloges, et c est à peu près tout ce qu'on dira d'eux. Xé le 19 juillet i834, M. Degas s'abstint des Salons. Après un voyage en Amérique, il participa aux premières expositions privées que les impressionnistes organisèrent, notamment rue Le Peletier, puis se retira tout à fait : il n avait ni le goût du r(Me de chef d'école, ni le tempérament combatif de Manet. Sceptique à l'égard du bien-fondé de la critique,

<)0 L IMPRESSIONMSiME

amoureux de la retraite, indiiTérent à la gloire qui, d'œuvrc eu œuvre, rehaussait sou uom daus la pensée dune élite, il céda ses toiles à des particuliers ou à des marchands. Soucieux avant tout d'indépendance et de solitude, il s'isola. Les musées étrangers, les plus renommées collections européennes s'enorgueillissent de ses œuvres, et l'adoption du legs Caillebottc en a introduit sept au Luxembourg. Son influence est immense, et on a très peu écrit sur lui ; son renoncement hautain n'a guère donné plus de prise à l'éloge maladroit qu'à la médisance, et il est, à la fois célèbre et mystérieux, l'un de ceux dont on a pu dire a qu'ils travaillaient pour les musées sans qu'on en sût rien ».

Les tableaux de courses montraient déjà en M. Degas l'évolution de sa froideur primitive vers une nolatioii plus émue de la vie, de son impeccabilité austère vers une science aussi complète, mais moins rigoureuse, plus sensible à l'ambiance. La révélation de la série des danseuses marqua la pleine maturité de son esprit et de son savoir.

Ce sont là des œuvres qui atteignent à la profonde beauté par les qualités picturales, et à la profonde vérité par les qualités psychologiques : beauté et vérilé qui font penser, qui ont la cruelle attirance du réel pour les natures sincères. Ici, rien de factice, rien de mensongèrcment idéalisé ; qui n'a pas senti le charme haut et triste de constater le vrai n'aimera pas cette peinture. La danseuse est là, véridique. Fille du peu-

Page 1