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AUGUSTE RENOIR ET SON OEUVRE IIO

•définition cet exceptionnel Aiiiuose, qui n'a rien des roueries du virtuose, et dont l'amour passionné de la couleur fait toute la science. C'est dans cette partie — la plus récente — de son œuvre que M. Renoir apparaît le plus capricieux et aussi le plus poète des peintres de sa génération, liiit pour décourager la critique qui catalooue les hommes au lieu de les suivre.

Sa technique n'est pas moins variée que son inspiration. Ses baigneuses sont modelées au pinceau dans une pâte étalée au couteau, aussi grasse que la chair elle-même, nourrie par couches successives, ayant le poli et la consistance du kaolin ; jamais le « blaireautage )) de M. Bouguereau n'en dépassa la nacrure, le lissage, et cependant cela n'a rien de fade ni de blême, et ces chairs ne sont pas en porcelaine, elles n'ont rien de (( léché », à cause des cernures précisées des silhouettes, à cause de la vérité des volumes, à cause de la liberté des gestes et de tout ce qu'il y a de sousentendu dans la féminité du poème de ces jeunes torses, étrangers aux postures académiques. La netteté des valeurs permet la mièvrerie des chairs d'un rose pâle. Dans les œuvres de la seconde période, M. Renoir continue à empâter violemment, mais c'est alors par d'infinies accumulations de petites touches, plus fines que celles de Claude Monet, moins fougueuses et plus nerveuses ; c'est une pluie de minuscules tonalités qui s'abat sur la toile de grain moyen et la couvre abondamment de ses rugosités vives, tantôt verticalement, tantôt dans le sens

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des modelés. Ainsi est peint le Déjeuner des Canotiers, cil figure une des plus admirables natures mortes qu'on puisse voir dans l'école française, ou encore la Fin de déjeuner, si large et si minutieuse, où un homme barbu allume une cigarette avec une allumette dont on voit jougir le bois, et cela sans mesquinerie d'exécution. On ne peut s'empêcher de songer à lallumette jetée à terre du Graveur à Veau-forte de Meissonier, pour comparer le puéril triomphe de la peinture « finie » à la vraie et franche peinture. Dans la Loge, la facture devient beaucoup plus large. G "est un régal de tonalités assourdies, de subtils ivoires, un poème de transparences alternant avec des opacités. Ce morceau, pour nous le plus beau qu'ait signé M. Renoir, égale en charme purement pictural les plus savantes choses de Reynolds, (le ( Jainsborough et de Lawrence: l'exécution en est aussi riche et aussi élégante que le sujet, on aimerait découper un morceau de cette toile et en examiner la matière comme un bibelot, elle peut donner un plaisir analogue à ceux que goûtent les connaisseurs de très vieux vins ou les amateurs de jiorcelaincs chinoises c[ui, indifierents à leurs déHcieux ornements, en palpent la surface en fermant les yeux. Mais la technique du portrait de Jeanne Saniary est encore différente. Le visage, les épaides, la gorge, les bras, sont peints au couteau à palette, les yeux, les sourcils, la bouche, les naiines s v inscrivent au pinceau avec la précision des dt'ssins japonais, on dirait presque avec du khôl, des

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