‹ L'ImpressionismeChapitre 20 sur 30 · AUGUSTE RENOIR ET SON ŒUVRE · texte numérisé non relu

AUGUSTE RENOIR ET SON ŒUVRE

reclion. Ils étudient le ton de la chair, mettent en relict UQ détail typique de l'époque, du pays, de la condition sociale, en un mot ils cherchent sous le vêtement la psychologie qu'on se horne à chercher en général sur lui. Degas va morne jus(|u"à noter la gaucherie de l'être nu, de l'être pour qui la nudité est inhabituelle dans nos mœurs, l'attitude gênée qu'elle lui confère, son côté légèrement caricatural. Chez Puvis de Chavannes, à qui on ne reprochera pas de manquer d'idéalisme, 1(^ lui, bien qu'anobli et sélevant jusqu'à la signification allégorique dans des paysages stylisés, reste quand même véridique. Ses mères, ses jeunes filles ne sont pas conformes à la convention de perfection d'Ecole, et il les fait épaisses ou maigres quand il sied. Le nu de Rops est spécial. L'artiste y fait saillira dessein les caractères de la luxure, aiguise la gorge, amincit la taille, développe les hanches, cambre les reins, donne à tout le corps l'élasticité nerveuse des grands fauves, et stylise selon ses sujets le type classé sous le nom de « fausse maigre » que Rodin affectionne également.

Mais M. Renoir conçoit tout différemment la femme nue, et d'une façon qui n'est ni académique, ni psychologique, ni réaliste, ni luxurieuse. Il la voit selon un certain instinct qui est beaucoup plus littéraire qu on ne le penserait. On dirait qu'il en observe à peine la ligne, tant il est séduit par l'éclat de son épiderme. Il peint amoureusement sa chair dans des gammes vi-

branles, neigeuses ou roses, peu vraisemblables. 11 en lait des cliants, et non des études. Pour lui, le nu féminin est un éclat, une pulpe lumineuse, liliale, nacrée, florale, qu'aucun modèle, aucune rousse à peau diaphane, ne saurait offrir. Il la peint véritablement en poète. C'est pour lui « l'argile idéale », et l'on songe aussi à certaines expressions de son ami Stéphane Mallarmé, nuageuses, vibrantes, évocatrices et dérobées à toute analyse. Rappelons-nous Le Phénomène futur : (( Quelque folie originelle et naïve, une extase d'or, je ne sais cpioi ! par elle nommé sa chevelure, se ploie avec la grâce des étoffes autour d'un visage cpi'éclaire la nudité sanglante de ses lèvres. Et ses yeux, pareils aux pierres rares, ne valent pas le sourire qui sort de sa chair heureuse... » Le nu de M. Renoir est là tout entier. Comme le nu académique, il n'a ni âge, ni date, ni origine, mais il ne vient pas d'Académia, il vieni d'un pays de rêve farouche et primitif. La femme nue conçue par M. Reuoir, c'est une créature purement animale. Qu'il la dresse sur des eaux écumeuses ou sur des feuillages, toujours elle y apparaît comme un surnaturel fruit de chair épanoui dans une nature infiniment païenne et ingénue. Elle est rose et blanche aussi naïvement et aussi fraîchement que le dedans d'une pastèque. Ce n'est pas une Eve dans l'Eden, c'est une sauvagcsse dans labrousse parfumée. Celle-là n'ajamais connu de vêtement. Sa forme est souvent défectueuse^ au gré de notre vision d'Européens esthétisants, éduqués

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