LA THÉORIE IMPRESSIONNISTE ^I
buant les autres valeurs selon une progression harmonique de leurs tonalités, a Le personnage principal d'un tableau, c'est la lumière » disait Manet (i). C'est donc une préoccupation purement picturale et décorative qui, clicz lui et ses amis, primait toujours le souci de l'expression et des sentiments éveillés par le sujet. Cela a conduitles impressionnistes, parfois, à de graves erreurs ; mais la plupart du temps ils les ont évitées en se bornant à des sujets très simples dont la vie quotidienne leur présentait le groupement tout fait.
Lne des réformes dues à leur conception a été la suppression du modèle professionnel, et son remplacement par le modèle naturel, vu dans l'exercice de son métier : c'est là une des plus utiles conquêtes qu'ils aient assurées à la peinture contemporaine. Ils ont ainsi fait un juste retour au naturel, à la simplicité. Presque toutes leurs figures sont de véritables poitrails, et dans tout ce qui concerne l'ouvrier et le paysan, ds ont trouvé le style et le caractère propres, parce qu'ils ont observé ces êtres dans la vérité de leurs occupations au lieu de les ankyloser dans une pose factice, et de peindre des déguisés (2). La base de tous leurs tableaux a été d'abord une série d'études du paysage et des pcr-
(i) « Un tableau est le développement logique de la lumière », dit M. Eugène Carrière. Cf. les idées de Taine (Pliilr)sopliic de l'art), si justes et si osées — et la jjage propliétic[ue de Balzac dans le Chcf-d'œnvrf inconnu, qui prévoit, en 1837, tout l'art actuel.
(a) C'est d'ailleurs ce que faisait Millet dès iSô"), observant longuement une scène, s'aidant de croquis et peignant de souvenir.
soiinages faites en pleine naliire, loin de l'alclicr, et coordonnées ensuite. On peut souhaiter que l'art pictural ait de plus hautes ambitions, et trouve dans les primitifs 1 exemple d'une mysticité, d'une expression de l'abstrait et du rêve. Mais il ne faut pas méconnaître la puissance d'observation naïve et réaliste que les primitifs apportèrent dans l'exécution de leurs œuvres tout en la subordonnant à l'expression rehgieuse, et il faut aussi convenir que les réalistes-impressionnistes servirent du moins leur conception de 1 art avec logique, avec homogénéité. Les critiques qu'on peut leur adresser sont celles que comporte le réalisme lui-même, et nous observerons que jamais l'esthétique n'a su créer des classifications capables de définir et de contenir les infinies nuances que comportent des tempéraments créateurs. En art, les classifications sont rarement valables, et plutôt nuisibles. Réalisme, idéalisme, sont des termes abstraits qui ne sauraient suffire à caractériser des êtres obéissant à leur sensibilité. Il faudrait alors inventer autant de mots qu'il y a d'hommes remarquables. Si Yinci fut un grand peintre, Turner ou Monet ne sont-ils point des peintres."^ Il n'y a etitrc eux aucun rapport, leurs modes de pensée et d'expression sont des antipodes : le plus simple est peut-être de les admirer tous, en renonçant à définir le peintre et en adoptant ce nom pour désigner l'homme qui use de la palette pour s'exprimer.
Ainsi, préoccupation de l'émotion contemporaine.