CLAUDE MONET ET SON ŒUVRE
une subtilité infinie, et ce frémissement est celui même de la chaleur, de la vitalité atmosphérique. Les silhouettes s'unissent au ciel, les ombres sont des lumières où dominent certains tons, le bleu, le violet, le vert, l'orangé, et c'est la quantité proportionnelle des taches qui différencie à nos yeux ces ombres de ce que nous appelons les lumières, comme cela se passe en réalité dans l optique. Il y a des midis de Claude Monet où toute silhouette matérielle, arbre, meule ou rocher, est annihilée, volatihsée dans l'ardente vibration des poussières lumineuses, et devant lesquels on est vraiment aveuglé comme dans la nature elle-même: parfois même il n'y a plus d'ombres, plus rien qui puisse servir à indiquer les valeurs, à créer des contrastes de couleurs. Tout est clair, et le peintre semble vaincre avec aisance ces terribles difficultés de clartés sur clartés, grâce à un don de finesse prodigieuse de son regard.
En général un motif très simple lui suffit, unemeule, quelques troncs grêles s'élevant au ciel, un bouquet d'arbustes. Mais il s'affirme aussi dessinateur puissant lorsqu'il aborde des thèmes plus complexes. Nul comme lui ne sait ériger un rocher dans les vagues tumultueuses, faire comprendre l'énorme ossature d'une falaise remplissant toute la toile, étager un village sur une colhne dominant une rivière, donner la sensation d'un bouquet de pins tordus par le vent, jeter un pont sur un fleuve, exprimer la massivité du sol gisant sous
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le soleil de l'été. Tout cela est construit avec ampleur, justesse et force, sous la symphonie délicieuse ou ardente des atomes lumineux. Les tons les plus imprévus se jouent dans les feuillages : de près, on s'étonne de les voir zébrés de hachures orangées, rouges, bleues, jaunes, et à distance la «fraîcheur des frondaisons vertes apparaît, évoquée avec une infaillible vérité.
L'œil recompose ce que le pinceau a dissocié, et l'on s aperçoit avec stupeur de toute la science, cle tout 1 ordre secret qui a présidé à cet amoncellement de taches, qui semblaient projetées en une pluie furieuse. C'est une véritable musique d'orchestre où chaque couleur est un instrument au rôle distinct, et dont les heures, avec leurs teintes diverses, représentent les thèmes successifs. Monet reste l'égal des plus grands paysagistes dans la compréhension du caractère propre de chaque sol étudié, ce qui est la suprême qualité de son art. Bien qu'avant tout épris de soleil, il a jugé inutile d'aller en chercher l'intensité exaspérée au Maroc ou en Algérie. La Bretagne, la Hollande, l'Ile de France, la côte d'Azur, l'Angleterre lui ont été des sources suffisantes d'inspiration pour ses symjihonies, allant d'un bout à l'autre de la gamme des couleurs perceptibles. Il a exprimé par exemple la mollesse suave et vaporeuse de la Méditerranée, la flore luxuriante des jardins de Cannes et d'Antibes, avec une vérité, une psychologie de la terre et de l'eau, qu'on ne peut apprécier pleinement qu'en vivant dans ces