DENISE JACQUES DENISE
JACQUES
Je ne t'ai pas vue aujourd'hui...
DENISE
Ni moi.
C'est odieux, cette vie, ces minutes qu'on vole !
DENISE
Odieux !
JACQUES
Ëcoute... Je souffre trop... Je ne peux plus !... Tout le bonheur que je n'ai pas... que nous pourrions avoir... empoisonne celui que j'ai... N'es-tu pas lasse, comme moi, de cette vie suspendue au mensonge?... Se cacher pour être heureux!... rester des jours sans se voir et quand on se revoit, s'avoir à peine...
DENISE, inquiète, les yeux vers le parc.
Oui...
JACQUES
Et quand je t'ai un peu plus à moi, comme l'autre nuit... quand j'ai goûté à tes lèvres... après, c'est pire encore... Tu comprends? J'ai beau teserrer contre mon cœur, je mesure, avec amertume, l'heure qui s'abrège... je pense que chaque minute est un peu de joie volée, de fragile bonheur qui passe... Et ma joie se dissipe, je ne vois plus que ma misère !... Tu es à moi, et tu n'es pas à moi...
DENISE, avec une ardente el douloureuse tendresse,
Jacques !
.lACnuES
L'idée qu'un autre a sur toi des droits plus grands que ceux que tu me donnes... que tu es légalement son bien, sa chose... Non! non! je ne puis plus supporter cela. Il faut que cette abomination cesse !
DENISE, sérieuse.
Tu as raison. Il va falloir que nous prenions le grand parti...
JACQUES
Il t'effraye ?
DENISE, secouant la tête.
Tu ne me poserais pas cette question si tu m'avais entendue, tout à l'heure, avec Hélène... Tout ce que tu dis, je l'ai pensé, j'y pense si souvent!... Nous avons vécu jusqu'ici sur de l'incertain, l'hypocrisie, les remords... Et nous ne pouvons être tout à fait heureux qu'à travers la douleur d'un autre...
JACQUES
C'est fatal !
DENISE
Oui... Pierre le comprendra, peut-être... Je lui parlerai, dès demain... Et puis, Hélène m'aidera, quand elle