‹ L'imprimerie à Poitiers et dans la VienneChapitre 29 sur 65 · X DÉBUTS DE L IMPRIMERIE · texte numérisé non relu

X DÉBUTS DE L IMPRIMERIE

laume Bouchel produit en 1 iOl la Logica vêtus el se continue jusqu'en i515.

« La marque au grand M, n* 240 de Silvestre, peut être attribuée aux de Marnef.

u Le même bois, décoré d'ornements nouveaux, a servi en 1491 à Jean Bouyer et Guillaume Bouchet. »

Ces conclusions, nous les maintenons toutes.

Parlons d'abord du De Indulgentïis^ de Jean de Fabrica, que M. Claudin appelle les Bulles d'indulgences de Saintes et qu'il classe parmi les livres « supposés » de Poitiers. Les raisons qu'il invoque pour justifier ses doutes ont au premier abord l'apparence d'observations profondes auxquelles il n'y arien à répondre, mais elles n'ont que cette apparence, et nous allons les discuter point par point.

Les interlignes des pages du livret de la bibliothèque de Besançon, dit notre contradicteur, sont plus serrés et moins espacés que dans les livres authentiquement signés ou datés de Poitiers. C'est un premier point que nous ne concédons pas à M. Claudin. Nous avons comparé le De Indulyentïis aux quatre volumes imprimés avec les caractères de môme calibre et sortis authentiquement de Poitiers pendant la première période, à savoir le Drevianum hhtoriale, les Casus longi d'Elie Régnier, le Grècismus d'Ebrard de Béthune^ et la Grammau^e de Michel de Naples; et un examen attentif nous a amené à constater ce fait matériel que les lignes du De Indulgentïn n'étaient nullement plus serrées et moins espacées que dans l'une ou l'autre de ces impressions. L'observation de M. Claudin n'est donc pas exacte, mais il aurait pu remarquer que la justification du De Indulgenùls est la même que celle du Brev'uirhnn liistoriale^ et il a négligé de le dire.

Puis il met en avant les filigranes du papier, qui sont le

A POITIERS XI

bœuf passant, d'un dessin un peu différent des autres impressions poitevines et des registres capitulaires de Saint- Hilaire, et la tête de bœuf surmontée d'une croix qu'on n'a pas encore vue dans les papiers poitevins. Nous nous sommes déjà suffisamment expliqué sur ce point dans nos Nouveaux Documents , pp. 8 et 9, il nous semble inutile d'y revenir. Dans les papiers employés à Poitiers qui sont hors de toute contestation, on rencontre au moins trois ou quatre dessins du bœuf passant; quoi d'extraordinaire qu'on en trouve un cinquième dans un autre livre de même origine? Quant à la tête de bœuf surmontée d'une croix, qui est un signe nouveau, n'avons-nous pas fait observer qu'à chacun de nos incunables poitevins imprimés de 1479 à 1486 correspondait l'apparition d'un nouveau filigrane; et tel de ces filigranes, comme celui qui porte les armoiries de la famille Cœur dans le Coustumier de Poitou^ de 1486, ne se montre qu'une fois et disparaît ensuite (1).

M. Ciaudin a vu dans le De IndulgenùU « une lettre capitale B » qui n'appartient pas au matériel de Poitiers. Mais l'introduction de plusieurs lettres étrangères dans l'alphabet ordinaire ne l'a nullement empêché d'admettre d'autres livres parmi les impressions poitevines, et en principe il a raison, car on ne peut tirer aucune conséquence d'un accident ou incident qui se produit assez fréquemment. Il faudrait seulement être d'accord avec soi-même et ne pas rejeter ici ce qu'on admet ailleurs, comme nous le verrons plus loin.

(i) Nous avons rcncoDtré au moins une fois aux Archives de la Vienne le filigrane à la tctc de bœuf surmontée d'une croix, tout à fait identique à celui du De Iiiduigentii<; c'est dans la copie d*uue pièce datée d'Ans^crs le 9 mars 1409, qui fait partie du fonds de Saint-Ililaire (O. r>oi). Mais comme celte copie peut avoir été faite à Ans^ers aussi bien quVi Poitiers, nous ne la produisons pas dans notre discussion. Elle n'en prouve pas moins que le papier à la tète de bœuf surmontée d'une croix pénétrait à Poitiers.

m DÉBUTS DE L'IMPRIMERIE

Telles sont les objections d'ordre technique que notre adversaire nous oppose ; on voit qu'elles se réduisent à peu de chose. Il y ajoute des considérations historiques dont nous allons apprécier la valeur.

Selon lui, Raymond Péraud aurait eu pendant plusieurs années l'usage exclusif, une sorte de monopole de l'œuvre de Jean de Fabrica. Le futur cardinal de Gurck était alors en Allemagne, chargé par le Pape de recueillir de l'argent pour la croisade contre les Turcs; en même temps, fondé de pouvoirs du chapitre de Saintes, il faisait aussi des collectes au profit de cette église. L'original de la consultation que Jean de Fabrica venait d'écrire lui aurait été adressé, et il l'aurait fait imprimer à Mayence en 1478 ou 1479 au plus tard, puis à Nuremberg et ailleurs, à mesure qu'il faisait sa tournée dans les diocèses allemands. Il vint ensuite en France en 1482 comme légat du Pape, prêcha à Paris, devant le Roi et la Cour, la guerre sainte contre les Turcs; la publication de notre édition aurait coïncidé avec sa présence à Paris et serait de 1482 ou 1483 au plus tôt.

Voilà bien le système professé par M. Claudin, non avec les sages réserves que comporte une hypothèse, mais avec cette assurance magistrale qui convient à l'enseignement. Il est tout bonnement inadmissible, parce qu'il repose sur une confusion d'événements que notre honorable contradicteur a examinés trop légèrement. Il est donc nécessaire de rétablir l'ordre des faits.

Il ressort des documents que nous avons consultés (1)

(i) Histoire de la Rochelle, par Arcère, I. I, p. 296. — Kpigrapkie Santone et Aunisienne^ par Louis Audiat. Saintes, 1870, pp. 124. — Archives historiques de la Saintongc et de l'Aunis, t. X, aon. 1882, p. 5C-8i. — Dtc Kirchliche und politische Wirksamkeit des legaUn Raimund Peraudi (L'aciion ecclésiastique et potitioue du légat Raymond Péraud, i486-i5o5), par Jean Schneider. Halle, Max Niemeyer, 1882, in-8°. — Biographie du cardinal Pé"

A POITIERS XIII

que Raymond Péraud était doyen de l'église de Sainl- Pierre de Saintes et déjà connu à Rome par un précédent voyage, lorsque le pape Sixte IV lança le 3 août 1476 sa fameuse bulle en faveur de Téglise de Saintes. Il fut chargé de répandre ces indulgences (voir le texte de la bulle), s'acquitta de sa mission avec zèle et reçut en récompense Tarchidiaconé d'Aunis. Le roi Louis XI le nomma son aumônier et renvoya en 1481 en ambassade à Rome où il fit son entrée le 8 mars. Il en revint en 1482, comme nonce du Saint-Siège auprès du roi. Le pape Innocent VIII (1484- 1492) le nomma protonotaire apostolique et le délégua en Allemagne en 1486 pour prêcher la croisade contre les Turcs, publier les indulgences et recueillir les offrandes des fidèles. En 1486, il assistait à la diète de Spire; le 20 avril 1487, il fit un éloquent appel en faveur de la croisade et imposa des décimes ecclésiastiques; en 1488, il publiait rindulgence dans Tévôché de Mayence. Etc.. On voit par ce qui précède que rien n'autorise à le faire voyager en Allemagne avant 1482, tandis que sa présence y est démontrée à partir de 1486. Toute la théorie de M. Claudin s'écroule devant la réalité de ces faits.

Nous pensons, quant à nous, que le chapitre de Saintes avait un intérêt de premier ordre à répandre le plus tôt possible un traité qui défendait ses précieux privilèges, et la voie rapide de l'impression secondait mieux ses vues que le travail des copistes. Le théologien avait écrit sa

raud, par Tabbé Bertrand, curé de Champagoac. La Rochelle, imp. P. Dubois, t886, iD-12.

Les ouvrages d*iDtcrét plus général, tels que la Gallia purpurata, de P. Frizon, VHistoire desCardinauxy d'Aubéry, le Gallia chrlstianay le Clergé de FrancCt d'Hugues du Tems, VHistoire de CEyUse Sanlone et Aunisiennef de Briaod, etc., donneal des détails moins circonstanciés sur Ilayniond Péraud.

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