XXII DÉBUTS DE L'IMPRIMERIE
gi n'a rien d*insolile ; on en a fait usage dans d'autres ateliers où existait sans doute une situation analogue. Ainsi le Manipulus curatorum est imprimé à Paris en 1480/>er magisti'um Udalricum Gering et G. Maynial; le Missale Uce* sience est imprimé à Lyon en 1 495 per magistrum Johannom Numester de Maguntio et Michaelem Topie ; la Grammatica de François Niger est imprimée à Paris en 1498 opéra magist?n Georgii Wolff Thielmanique Kerver. Nous avons déjà parlé de la coutume de Bretagne imprimée à Rennes en 1484 par « maistre Pierre Bellescullée et Josses ». Nous pourrions multiplier ces citations; celles-ci suftisent pour montrer que nous ne nous sommes pas engagé à l'aventure. Et nos constatations prouvent qu'il est préférable d'accepter les textes tels qu'ils sont plutôt que de les torturer pour les accommoder à sa guise.
La discrétion dont M. Claudin fait honneur à son « Maître Jean » ne s'est pas étendue à Etienne de Gradibus qui, lui, est nommé en toutes lettres. Mais pourquoi ce subalterne livre-t-il ainsi son nom au public, quand son patron est si discret? Toujours le même mystère. Enfin, n'insistons plus et voyons ce qu'était ce Stephanus de Gradibus. Celui-ci^ M. Claudin le connaît bien aussi; c'était Etienne Des Grez, le prote, le contre-maître de l'atelier ; il venait de Paris... Mais laissons la parole à l'érudit qui nous sert de guide (p. 42) : ft Le nom de Des Grés (de Gradibus) n'est peut-être pas un nom propre. 11 peut rappeler un surnom, un sobriquet, comme on avait coutume à cette époque d'en donner aux ouvriers qui venaient d'un autre endroit. Etienne devait venir de Paris d'où il avait été envoyé avec le matériel nécessaire pour monter l'imprimerie de Saint-IIilaire, la faire marcher et former des apprentis. On l'avait probablement surnommé de Gradibus à Poitiers, parce qu'il avait
A POITIERS xxiii
travaillé auparavant dans le quartier de Sainl-Étienne-des- Grès {S. Stephani de Gi^adibus) à Paris, oîi il y avait plusieurs ateliers typographiques. II était la cheville ouvrière de l'atelier de Poitiers. »
Nous savions bien que les premiers imprimeurs, suivant la mode commune à leur époque^ s'étaient assez fréquemment désignés par des surnoms qu'ils tiraient du lieu de leur origine. Nous connaissions Jean de Westphalie, Pierre de Hongrie, Gérard de Flandres; nous avons entendu parler de Yendelin de Spire, de Jean de Cologne, de Jean de Yerceil, et même de quelques autres. Mais jamais nous n'avions vu d'exemple d'un imprimeur prenant le nom d'un quartier de la ville qu'il avait habitée. Cette assertion, qui nous parut étrange, nous mit en défiance, nous n'aurions pas osé cependant contredire le savant M. Claudin sans avoir quelque bonne preuve à lui opposer.
Cette preuve, hélas ! n'a pas été longue à trouver. D'abord , il n'y avait pas de quartier de Saint-Étienne-des-Grés à Paris; il y avait simplement une rue de ce nom, qui aboutissait à la rue Saint-Jacques, et si quelques ateliers typographiques ont fonctionné dans cette dernière, aucun imprimeur du xv'' siècle n'a jamais donné son adresse dans la rue de Sain t-Élienne-des- Grés (1). Celle-ci prenait son nom d'une église qui n'était même pas une paroisse et dépendait de la paroisse de Saint-Benoît; c'était une petite collégiale de chanoines de Notre-Dame , rien de plus. Enfm il faut bien nous résoudre à faire connaître que son nom latin n'était nullement celui sur lequel M. Claudin établit si malencontreusement ses conjectures. Sauvai, dans son Hisloire de Parw (Preuves, tome III, p. 71), parle de Vlmlitutio et
(i) Elle s'appelle aujourd'hui rue Cujas.