XXX DÉBUTS DE L'IMPRIMERIE
lo7igij et îci nous devons serrer de près un texte qui peut apporter quelque éclaircissement. On se souvient que les Cas des Clémenlines se terminent par ce colophon :
Hec dicit Helifu Régnier doctor egregius^ videatis notabilia peî' vos.
Expliciunt Casm Çlementinarum reportati a domino Helia Régnier : et si qui defedus in eis fuerint inventif imputetur illi qui ah eo reportavit^ non sihi doctori qui nunquam falsum dicit.
a Cela est dit par Ilélie Régnier, docteur éminent; voyez les choses nolables par vous-mêmes.
« Fin des Cas des Clémentines recueillis de maître Hélie Régnier. Et si on y trouve quelques défauts, qu'ils soient imputés à celui qui a recueilli ces Cas, et non au docteur [Régnier] qui ne dit jamais rien d'erroné. »
Ces lignes prouvent clairement que le livre n'a pas été publié par le proTesseur lui-même ; il est seulement la reproduction des leçons recueillies par un auditeur ; ce sont des notes de cours prises par un étudiant, rien de plus. Nul doute que les Cas sur le Sexte,qui forment l'autre partie de l'ouvrage, n'aient été rédigées de la même façon, quoiqu'ils ne portent pas la même mention (1). Mais dans de telles conditions, il n'était guère possible de lancer dans le public un commentaire sur un sujet aussi scabreux que les Décrétales sans avoir à donner un nom comme garantie, et nous supposons que c'est cette raison qui, pour cette fois seulement, a décidé l'imprimeur à se dévoiler. Or ici le compilateur et l'imprimeur nous paraissent être une seule et même personne : c'est Jean de Gradi; L'élève aurait imprimé les leçons de son maître. Peut-être même le
(i) Notre raisonnement reste le même, quel que soit Tordre des deux parties, qui diffère dans les deux exemplaires connus.
A POITIERS XXXI
fit-il sans ragrémenl de celui-ci, qui aurait fait supprimer son nom au cours du tirage, comme nous Tavons constaté sur l'exemplaire de la bibliothèque de Tours; mais Touvrage eut du succès, il fut plusieurs fois réimprimé, et Hélie Régnier n'hésita plus à le reconnaître comme sien dans les éditions suivantes.
Nous ne sommes pas en mesure de fixer le moment où Jean de Gradi abandonna la direction de son atelier; il est certain seulement qu'en 1487 il était remplacé par Etienne Sauveteau et Guillaume X..., et il ne reparaît plus à Poitiers. Nous ne savons s'il voyagea pendant les longues années où nous le perdons complètement de vue. Trompé par Prosper Marchand qui est ordinairement plus exact, nous avions cru le retrouver dès 1491, d'après une édition de la Chronique de Saint- Antonin, imprimée à Bâle par Nicolas Kessler, accompagnée des commentaires qu'il aurait écrits à Lyon ; nous nous sommes assuré depuis que cette édition ne contient pas les commentaires de Jean de Gradi qu'on trouve pour la première fois dans l'édition de Lyon, Nicolas WolfT, 1512, 3 vol. in-fol. Mais c'est bien dans celte ville de Lyon qu'il s'était établi définitivement et qu'il vécut jusqu'aux environs de 1525 ; nous y donnerons même tout à l'heure son adresse.
Le premier témoignage que nous ayons de sa présence est fourni par l'ouvrage suivant : « Magistri Johannis de Gradibus, egregii viri, professons utriusque Juris Consulti Joannis Runcini, dicli Fabri Gallici^ super libris Institulionum commentaria. Impressa [Lugdiin'i] per magistrum Nicolaum de Benedictis^ anno M.CCCCC.Ij die aii novembriSy in-fol ». D'après notre calcul il était alors âgé de 45 à 50 ans.
Sa traduction française, sous le nom de Jean des Degrez,