‹ L'imprimerie à Poitiers et dans la VienneChapitre 40 sur 65 · L DÉBUTS DE L'IMPRIMERIE · texte numérisé non relu

L DÉBUTS DE L'IMPRIMERIE

rimprimerie à Poitiers. C'étaient de grands libraires parisiens; nous avons fait connaître qu'ils eurent des succursales à Tours, à Bourges, à Angers, et il n'est pas supposable que Jean, le plus jeune des trois frères, soit venu s'établir à Poitiers et y ait acheté de bonne heure une maison^ uniquement pour vendre quelques livres de classes aux écoliers. Ils ont dû éditer des ouvrages à Poitiers comme ils le firent ailleurs. De son côlé^ Jean de Gradi avait bien pu mettre au jour les premières productions de sa presse, grâce à la protection et à la munificence de son chanoine, mais cette protection ne semble pas s'être prolongée très longtemps. Ce n'est pas le tout d'imprimer un livre, il faut le vendre, en faire les frais d'abord, et pour cela avoir une clientèle et faire l'avance d'une assez forte somme ; c'est là le rôle de l'éditeur ; impensis et cura bibliopolse^ comme le disent souvent les colophons des incunables. Les colophons poitevins sont le plus souvent muets à cet égard; mais ne savons-nous pas que le Bréviaire d'Auch avait été commandé à Sauve teau par le libraire Michel Svierler? Croit-on que Bouyer et Bellescullée auraient entrepris les Heures à l'usage d'Angers si un libraire de cette ville n'en avait pris le débit à sa charge? En 1496, Bouyer et Bouchet impriment VExposiiio Pétri Tartareti aux frais d'Enguilberl de Marnef, de Paris, et les Opuscula nonnulla de S. Bernard pour le même Enguilbert (I). Ce n'est guère qu'au commencement du XVI* siècle que nos imprimeurs, alors plus connus, annoncent que leurs livres sont à vendre dans leur

(i) Nous avons cite ce dernier livre d'une façon très sommaire, d'après Panzer et Hain. Panzcr l'indiquait comme existant au couvent de Lilienficld, en Âllemaîj^nc, d'où il a disparu. Mais un ancien catalogue des incunables de la bibliolhèque de ce couvent donne la description du volume et apprend, d'après le colophon, qu'il fut achevé d'imprimer la veille de la Saint-Denis (8 octobre) 1496 pro Engclbei'to de Marnef. Nous devons ces intéressants détails à M. (^laudin, qui a fait faire des recherches en Allemagne à ce sujet.

A POITIERS Li

maison de Sainl-IIilaire-de-la-Celle. Mais dans la première période, qui était mieux placé que les Marnef pour écouler les produits de la jeune imprimerie ?

Faire les frais d'une édition, ce n'est pas seulement payer le travail du typographe, c'est fréquemment aussi fournir le papier et les gravures destinées à illustrer le livre, ainsi que cela se pratique encore de nos jours. Les Marnef, qui éditaient des ouvrages à Paris, à Poitiers, à Tours, à Angers, à Bourges, n'auraienl-ils pas eu certaines papeteries où ils s'approvisionnaient de préférence, sans recourir exclusivement aux petites productions locales, et n'auraient-ils pas ainsi introduit dans notre ville des papiers au raisin, au lion couronné et h d'autres marques? Il n'y aurait pas alors à s'étonner de rencontrer ces filigranes dans d'autres ouvrages comme l'Esope et le Coutumier sans date, qu'ils faisaient imprimer ailleurs. Qu'on se souvienne que nous avons relevé dans le Coutumier imprimé à Poitiers en 1 486 des papiers aux armoiries de la famille de Jacques Cœur, qui devaient venir du Berry, dans le MUsale diocesis Pictavemls l'écusson à une fleur de lis, au lambel à trois pendants, surmonté d'une croix de la passion, qui était la marque spéciale des papeteries de Meung , près Orléans (1). Ces papiers étaient transportés à peu de frais sur la Loire, par ce qu'on appelait.les voilunerspareau.\\i%(]}x\ Châlellerault, à huit lieues de Poitiers. On peut même, si l'on veul^ retourner la proposition, et dire que les papiers fabriqués en Poitou étaient transportés au dehors par les mêmes moyens. Nous ne nous y opposons pas ; nous avons

(i) Les Débuts de l'imprimerie à Orléans, par L. Jarry. ~ Ce type, ajoute M. L. Jarr^, est « parfois accoste par des lettres înitioles des noms du fabri- CADt, et OUI sont sa marque absolunicot personnelle »> . A rapprocher de lopinioQ de M. Claudia, qui prétend que les lettres qui accostent le grand et le petit raisin sont les initiales des aboayes de Saint-ililaire et de Saiat*Benoitde-Quinçay.

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