Chapitre II. — CHATELLERAULT
Quentin Maréohal.
ou s revenons maintenant à Quentin Maréchal que nous avions laissé au moment où il quittait Loudun pour aller s'installer à Chàtellerault ; c^était, on s'en souvient, en 1620. Cbâtellerault n'avait pas encore eu d'imprimeur, et ce fut la quatrième ville au moins où Maréchalintroduisait l'art typographique. Il ne perdit pas de temps et dès l'année suivante^il produisait ce livret :
EPI8TRE ENVOYÉE par le sieur de Vrillac, advocat au parlement de Paris, au sieur de Vrillac son père^ sur le sujectde sa conversion ^faicte à Sedam^le troisième aoust^ mil six cens vingt un. A Chastaleraud, par Quentin Mareschal, imprimeur et libraire, sur le Pont de Vienne, mil six cens vingt un. — Petit in-4* de 31 p.
La sieur de Vriilac expose dans cette épître les raisons qai i*ont engagé à se convertir au protestantisme.
Nous avons découvert cette curieuse édition à la bibliothèque de Poitiers, dans un recueil factice de pièces protestantes de la même époque; elle n'avait jamais été signalée et permet de faire remonter à un an plus tôt l'imprimerie chfttelleraudaise, qu'on s'accordait avec le Dictionnaire de Géographie à t usage du libraire à dater de Tannée 1 622 seulement.
C'est une impression mauvaise et très incorrecte, faite avec de vieux caractères à demi usés, où les fautes et les coquilles abondent, sur un papier grisâtre assez grossier; elle est digne en tous points de celles que Maréchal venait d'exécuter à Loudun. Sur le titre, dont nous donnons le facsimile, paraît encore la marque de la Religion chrétienne^ mais d'un autre dessin que celle employée à Loudun en 1619. La présence de cette marque, le sujet du livre qui est un plaidoyer en faveur du protestantisme attestent que Maréchal était encore attaché à la religion réformée, mais ce fut pour la dernière fois. Il s'aperçut apparemment qu'à Châtellerault ce parti n'était pas le plus fort ; tous les actes de l'état civil que nous avons consultés concernaiit sa famille montrent qu'il entra dans le giron de l'église catholique, et désormais son imprimerie ne servit plus que celte cause.
Nous savons par Quentin Maréchal lui-même qu'il demeurait à Châtellerault sur le pont de Vienne. Nous pensons toutefois que cette adresse, qu'il donne sur plusieurs de ses impressions et que son fils Simon indique comme lui, doit être entendue dans le sens que sa maison était contiguë au pont de Vienne.
Le beau pont de Châlellerault,qui venait d'être reconstruit sous le règne d'Henri IV, n'a jamais été garni de boutiques comme certains vieux ponts de Paris et d'ailleurs. Nous avons lieu de croire que l'imprimerie fondée par Quentin Maréchal a toujours occupé la même maison, dans la paroisse de Saint-Jacques, et Pierre-Jean-Baptiste Guimbert, le dernier de ses descendants, a encore indiqué quelquefois son adresse, sur le pont ou près le pont. L'acte par lequel il vend son établissement à Louis Drouault en l'an IX a, comme nous le verrons, été passé « en sa demeure, dans
DU DÉPAHTEMENT DE LA VIENNE tô
une chambre basse qui a son aspect sur le pont ». Or cette maison, quoiqu'elle ait été reconstruite, est bien connue; c'est celle qui est située à l'entrée et en amont du pont, du côté gauche en sortant de la ville. Elle appartient aujourd'hui à une dame Auger, et un appartement du premier étage est encore désigné sous le nom de « l'imprimerie » .
La seconde pièce sortie de la presse de Quentin Maréchal est conçue dans un esprit tout opposé à la première :
CONVERSION DE MONSIEUR DE BRASSAC conseiller du Roy en ses Conseils d* Estât Capitaine décent hommes d'armes de ses Ordonnances Lieutenant Général pour sa Maiesté en la province de Poictou^Loudunois Chàstelleraudois^ Gouverneur de la ville de Ckastelleraut, etc. Dédié a Monsieur de Parabere. Â Ghastelleraud, chez Quentin Mareschal, Imprimeur et Libraire, 1622. Avec permission. — In-8 de 4 ff . prélim . et 196 p. num., texte avec manchettes.
(BibL de l'Arsenal, à Paris.)
L'épître dédicatoire à M. de Parabère, gouverneur de Niort, est datée de Paris le 22 février 1622 et signée de Chabans. Celui-ci dit qu'il publie le traité écrit par M. de Brassac lui-même, auquel il l'a arraché presque par force.
Quelques détails sur ces deux personnages trouvent ici leur place.
Louis du Maine, baron de Chabans, dont la vie est assez peu connue, fut tué en duel par le père de la célèbre Ninon de Lenclos ; Tallemant des Réaux dans ses Historiettes raconte quelques traits de lui. Il est auteur d' Œuvres spirituelles qui lui ont valu un sonnet d'éloges de la part de Malherbe. Il publia aussi un « Ad vis et moyen pour empêcher les désordres des duels », Paris, Langlois, 1615, in-8o, comme s'il eût eu le pressentiment du sort qui l'attendait.
46 IMPRIMEURS ET LIRRAIRES
Bassompierre parle de lui dans ses Mémoires en termes peu avantageux; il le représente comme un homme se mêlant de tout, cherchant à se mettre en place des autres, et comme un proposeur de desseins qu'il abandonnait au moment de Taction. II arriva cependant à de hauts emplois, et cet ouvrage que nous connaissons de lui donne ses titres: « Histoire de la guerre des Huguenots faicte en France, sous le règne du Roy Louis XIII, avec les plans des sièges des villes en taille douce. Par M. le baron de Chabans, gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roy, gouverneur de Sainte-Foy et général de Tartillerie delaSérénissime République de Venise. » Paris, Toussainct du Bray, 1634, in.4\
Jean de Gallard de Béarn, comte de Brassac, baron de la Roche-Beaucourt, né en Saintonge en 1579, mort à Paris le 14 mars 1645, était doué d'une haute intelligence et d'une forte instruction^ mais « hargneux et toujours en colère », ditTallemant des Réaux. Il avait épousé la bellefîlle (l)de Jean de Baudéan, comte de Parabère, lieutenant général du haut et du bas Poitou. Après avoir été lieutenant du roi à Saint-Jean-d'Angely, il fut pourvu de la charge de gouverneur de Châtellerault par lettres patentes du 15 janvier 1622 ; c'était à ce moment même qu'il embrassait la religion catholique. Il devint par la suite ambassadeur du roi à Rome, puis gouverneur de la Lorraine et écrivit alors ce petit ouvrage : « La Réduction dd la ville et comté
(i) GaUierine de Sainte-Maure, fille de François de Sainte -Maure, baron de Montausier, mort à SaintJean-d'Angély en 4588, et de liouis Gillier, dame de Salles, qui se remaria avant le 3 avril 1606 avec le comte de Parabère. (Cf. HisL généaL de la Maison de France, par le P. Ansolme, t. V, p. 19, et les Historiettes de Tallemant des Réaux). C'est par erreur que M. de Lastic dit dans les Mém. de la Soc, des Antig. de l'Ouest, ann. 1885, p. 500, que Mad* de Brassac était fille de M. de Parabère; comme on le voit,' elle n'était que sa betle-flUe.
de Vaudemont à l'obéissance du Roy, avec l'ordre estably dans la ville de Nancy », Paris, Matthieu Colombel (aussi Rouen, J. Cailloué), 1634, in-S* de 15 p.
La conversion de ce grand seigneur fit beaucoup de bruit dans le camp des catholiques comme dans celui des protestants. Le livre publié par M. de Chabans se répandit rapidement, et une autre édition, qui doit même avoir précédé celle donnée par Maréchal, était publiée la même année à Paris par Toussaint du Bray, in-8* de 4 ff. prélim, et 162 p. Les protestants appréhendaient que cette défection en entraînât d'autres dans la haute noblesse, et leurs craintes n'étaient que trop justifiées. Mad"* de Brassac fut la première à suivre l'exemple de son mari. Celui-ci informait son beau-père (1) des motifs de leur conversion par cette lettre qui fut imprimée: «Déclaration de M. de Brassac, gouverneur de Châtellerault et lieutenant pour le Roy en Poitou, etc. , sur le sujet de sa conversion et de Madame de Brassac^ son espouse», Poitiers, Ânthoine Mesnier, 1622, in-8* de 8 p. Un récollet, le P. Bernard du Verger, qui avait beaucoup contribué par sa prédication à éclairer la conscience de Mad* de Brassac, écrivit pour elle ce petit ouvrage: «Sacrées cérémonies de la sainte messe, déclarées à Madame de Brassac » , Poitiers, par Antoine Mesnier, 1622, in-S"* de 3 ff . limin. et 62 p.
Cependant M. de Saint-Maurice , frère du comte de Brassac et gendre de M. de la Ravardiëre, fut ébranlé à son tour et, après avoir soumis ses doutes à des ministres protestants, il embrassa la religion catholique. Le célèbre pasteur de Charcnton, Pierre Du Moulin, écrivit à M. de la
(i) Le comte de Parabère abandonna aussi le protestantisme avant de mottrir eo 1631.
Ravardière, pour réfuter les objections de son gendre : « Response à quatre demandes faites par un gentilhomme de Poictou », Sedan, chez Abdias Buizard, 1623, in-8*de 82 p. Avec Tardeur du néophyte, M. de Brassac reprit la plume et fit imprimer sous ses yeux par Maréchal :
REPLIQUE à un livret de Pierre Du Moulin^ ministre prétendu Refformé, intitulé « Response à quattre demandes faites par un Gentil-homme de Poictou ». A Chasteleraud, par Quentin Mareschal, imprimeur et libraire, 1623. Avec permission. — Iq-8^ de 88 p. y non compris le feuillet de titre et l'Adresse de <( Monsieur de Brassac au lecteur > qui occupe 4 pages.
(Blbl. de Poitiers.)
Tels sont les témoignages bibliographiques de cette conversion qui avait pris les proportions d'un événement. Citons maintenant les autres œuvres de notre imprimeur.
EDICT DU ROY, portant création des offices de corn-missaires receveurs héréditaires des deniers des saisies réelles... A Chasteleraut, chez Quentin Mareschal, sur le pont de Vienne, suivant la coppie imprimée à Paris, 1628. — Id-8* de 26 p.
(Coll. Alf. Richard.)
DÉCLARATION DU ROY, portant confirmation des droicts attribuez aux commissaires receveurs des deniers des saisies réelles suivant Védict de création cTiceUx, Ibid., id., 1628. — In-8"de8p.
(Coll. Alf. Richard.)
EMINENTISSIMI CARDIN A LIS ducis et paris Franciœ Richelium. Gastrieraldi, ex officina Quintini Marescalli, A. S. 1635. — In-i'^de 2 S. [non ch. et 13 p. num., ca-* ract. ilal.
(Bibl. nat., Réserve, mYc, n^ 738.)
ou dépahtëmem de la vienne
La premier teulllet eal pour le litre el le 2" est pour mpître dédicalolre : • tllustrlsaiRio et generoslislmo Domino D. JobddI GouUrdo Braaiaci et HupUbellictirItB comili... •, qat est dalée ; i Caitri-Braldl Calendls Ja- Duarll, A. 6. 1635 ■■ Ce recueil de pièces de vers à la louange du cardinal de Richelieu est signé à la (îd : u P. Bonifanltus Castrieraldl proprsetor ». Pierre Bouenraiit, sieur de Uinerval, assesseur à la sénéchaussée, fui msire de Ch&iellerault en 1632 et 1631.
MÉMOIRES PRÉSENTEZ au public contre le livre de Pierre Du Moulin, minisire, intitulé a Anatomie de la Messe », où tY est fait une dissection de cette prétendue Anatomie. Par Maistre René Pidoux, escuyer, sieur de Meocq, etc., conseiller du Roy et lieutenant particulier au siège royal à Chasteleraull. A Chastallerault, par Quentio Marescbal, imprimeur et libraire, sur le Pont de Vienne, 1638. — Id>4' de 348 p., plus 1 page pour l'erratum.
(Blbl. de Poiliers. — Coll. Alt. Richard. — Coll. A. Ubbé.)
Titre Imprimé en ronge et noir, avec une jolie vignette qui représente Jèsui-Chrlel entouré de tous les instruments de la Passion.
La carrière typographique de Quentin Maréchal se clôl pour nous avec ce dernier ouvrage ; s'il a exécuté d'autres œuvres, le temps les a condamnées à l'oubli. Il est à croire pourtant qu'il vécut encore plusieurs années. Nous n'avons pas retrouvé son acte de décès, mais celui de sa femme que nous avons découvert dans les registres de la paroisse de Saint-Jacques de Ctiàtellerault est ainsi conçu : « Le cin-
quiesme octobre 1642 est décédée Bénigne Ladmiral, native de Langre en Champagne, femme de Quentin Mareschal, libraire, et a esté enterrée dans les cloistres des Pères Cordeliers. »
Femme^ et non veuve^ dit cet acte qui, éloquent dans sa concision, prouve en même temps l'orthodoxie de la défunte ; et native de Langre en Champagne^ ainsi que nous Tavons fait remarquer lorsque nous avons fait connaissance avec Maréchal à Chaumont-en-Bassigny.
Quentin Maréchal et Bénigne Ladmiral eurent au moins trois enfants, Simon qui succéda à son père, Anne qui resta fille, et Gillette qui épousa Louis Couturier, sergent royal à Châtellerault. Le contrat de mariage de cette dernière passé devant Calvin et Rivière, notaires , stipule qu'en considération de cette union, qui sera célébrée en observant les solennités de l'Église catholique, apostolique et romaine, les époux Maréchal donnent à leur fille la somme de 400 livres tournois, 6 linceuls de toile (draps de lit), 6 nappes, 12 serviettes, ses habits nuptiaux et un chaperon. L'acte porte entre autres signatures celles de Quentin Maréchal que nous reproduisons en fac-similé^ de Bénigne Ladmiral et de Simon Maréchal (1).
(1) Arch. de la Vienne, E*, Minutes de notaires.
Simon Haréohal.
Avant d'aller plus loin, nous avons une dette de reconnaissance à acquitter envers M. Arthur Labbé, Tardent et érudit bibliophile châtelleraudais, pour le concours si précieux qu'il nous a apporté danis nos recherches. Notre excellent confrère nous a ouvert largement sa riche bibliothèque, il nous a communiqué toutes ses notes, il nous a indiqué des sources que nous ne connaissions pas et c'est grâce à lui, nous nous empressons de le proclamer, que nous sommes en état de donner aujourd'hui un aperçu plus complet de l'imprimerie à Châtellerault.
Après ce légitime hommage rendu à notre collaborateur, revenons aux descendants de Quentin Maréchal.
Simon Maréchal prit la direction de l'imprimerie de son père à une date que nous ne pouvons préciser; ce n'est que le 25 septembre 1651 que nous l'avons vu pour la première fois qualifié imprimeur dans l'acte de baptême d'un de ses enfants. La liste des ouvrages dus à son industrie n'est pas très chargée.
CON TRACT FAICT avec le Boy Henry second d'heu-^ reuse mémoire^ en Van mil cinq cens cinquante et trois. Contenant le rachapt de la Gabelle, et amortissement du Quart et demy de sel, avec promesse faicte par Sa Majesté ores ne à V advenir de non imposer aucun tribut ^ droite debvoir accoustumé ou autre chose quelconque pour quelque cause et a/faire que ce soit sur ledit sel^ es pays dePoictou, XainctongCy Aidnis^ Guyenne et autres pays mentionnez par ledict Contract. A Chastelleraudy par Simon Mareschal,
5i IMPRIMEURS ET LIBRAIRES
imprimeur et libraire. Mil six cens cinquante cinq. — In-4» de 22 p., non compris le titre.
(Bibl. de Poitiers. — Coll. A. Labbé.)
Cette pièce avait déjà été imprimée à Poitiers par Antoioe Mesnier, s. d.y mais 16^3, in-B» de 40 p.
DÉCLARA TION DU ROY pour les franchises de Gabelles, es provinces de Poictou et autres mentionnées au Contract faict par Sa Majesté pour lesdites Gabelles. A Chastelleraud, par Simon Mareschal, imprimeur et libraire, Mil six cens cinquante cinq. In-4** de 4 p.
(Coll. A. Labbé.)
Sur le titre vignette aux armes de France et de Navarre. Cette Déclaration du roi est du 26 octobre 1617.
RE S PONCE S ET CONTRE DICTS fournis par maistre René Pidouœ^ escuier^ sieur du Verger , conseiller du Roy et lieutenant particulier au siège royal à Chastellerault^ à l'œuvre du sieur Daillé, l'un des ministres de Charenton^ intitulé « la Foy fondée sur les Escritures » , contre les Méthodistes de ce temps,  Chastellerault, par Simon Marescbal, imprimeur et libraire, demeurant sur le pont de Vienne, 1656. Avec Approbation. — Pet. iû-4®.
(Bibl. de Poitiers. — Coll. A. Labbé.)
L'ouvrage cootieut 17 ff. prélim., 432 p. num., plus 4 ff. non paginés et un appendice adressé c Au lecteur i de 20 p. num.. Les ff. prélim. sont pour le titre, Tépître à Mademoiselle d^OrléanSj souveraine de DombeSy duchesse de Montpensxer^ Châlelleraull, sainct Fargeau, etc., les pièces de vers, l'Approbation et une table raisonnée. Les pièces de vers en latin et en français sont signées de Desmonts, assesseur criminel de Châteilerault, La Massone, collega tuus nec non saltibus regiis et aquis proefectus, L. Phelippon, avocat en Parlement, C. Phelippon, Fr. L'Archer, docteur en médecine, Jean Calvin, d' en médec, Prosper Desmonts, sieur de la Reintrye, C. Dandenac, avocat, Edmond Nicolay, professeur au collège de Châteilerault, Jean Nicolay le fils, Claude Nicolay, P., Edmond Nicolay, diacre, P. E. Bordier, H. St F. Tous les beaux esprits de Châteilerault, on le voit, furent mis à contribution. L* Approbation, datée du 18 octobre 165i, est signée du frère F. Hache et du frère A. Matthaei, docteurs en théologie de la faculté de Paris. Bonne impression.
SENTëNTIjE ex duodecim Bibllo(h, Pairum (omis seleclœ: et ad faciliorem usum pastorum et prœdicatoruyn^ ordine alphabetico dispositœ; cum duplici indice ^ uno vocabulariOf altero compendiario, in quo breviter quid quœlibet sententia continet, exprimilur, Per Fratrem Franciscum Hache Pictavum^ ordinis Minorum Cordigerorum, almœ facultatis Theologiœ Parisiensis doctorem. Gastriheraldi, ex typographia Simonis Mareschal, bibliopolae, cum privilegio Régis, approbatione doctorum et licentia Superiorum, 1666. — In-fol. à 2 colonnes chiffrées 1224^ soit 612 pages, plus /:2 ff. prélim. non ch., titre en rouge et noir avec une vignette représentant la Sainte Trinité.
(Bibl. de Poitiers. — fiibl. de ChâtellerauU).
Dans son épîlre en latin au Candide lecteur, le Père Hache se plaint que son ouvrage fourmille de fautes, et cela tant à cause de son absence que par Tincurie et la négligence de Timprimeur. Tu le plaindras aussi, dit-il, que le papier ne soit pas plus solide, plus fin et plus beau ; ce défaut est dâ à mon extrême pauvreté. Et cette même pauvreté relient comme en prison un autre ouvrage qui pourrait bien faire 4 ou 5 volumes in-folio ; mais il restera toujours sous le boisseau, si quelque généreux libraire ne vient bien vite ouvrir sa prison avec une clef d*or ou d'argent, car Tauleur est déjà avancé en âge. — Nous avons Jadis trouvé Tacte de baptême du P. Hache dans les registres de Saint- Hilaire-le-Grand de Poitiers, à la date du 12 octobre 1612 ; il était donc alors âgé de 54 ans. Mais aucun éditeur ne se présenta avec une clef d*or pour eiaucer le vœu da P. Hache, et son ouvrage resta pour toujours enfermé dans sa prison.
Simon Mareschal avait épousé Marie Faisant, qui lui donna sept enfants, du 9 février 1642 au 25 avril 1658. Nous ne les nommons pas ici ; ces petites gens restent pour la plupart étrangers à notre sujet et n'ont rien à faire avec rhistoire.
11 possédait quelque bien, et notamment une maison pour partie, sise au village de Voisine, paroisse de Marigny-sous-Marmande, pour laquelle il reconnaissait devoir une rente aux consorts de Remigioux suivant acte passé devant Calvin, notaire à ChâtellerauU, le 26 mars 1663.
Il semble aussi avoir cherché dans certain négoce un supplément aux maigres profits que lui donnait son état d'imprimeur et de libraire, car on le voit céder devant le même Calvin^ le 31 janvier 1669, à un sieur Louis Besnard, marchand à Chinon, un marché et vendition de bois qui lui avait été consenti par Catherine Lefebvre, veuve de Joachim de Lescot, sieur du Marais, et Gabriel de Lescot, son fils (1).
Marie Faisant mourut le 11 juin 1662 et fut enterrée en l'église Saint-Jacques devant Tautel de saint Côme et saint Damien. Son mari lui survécut quinze ans ; il mourut le !•' juin 1677 sur la paroisse de Saint-Jean -Baptiste et fut enterré dans le grand cimetière de l'église. L'acte d'inhumation dit qu'il était âgé d'environ 65 ou 66 ans.
Jean-Baptiste Maréchal
Jean Maréchal^ nommé aussi Jean-Baptiste dans plusieurs pièces (2), fils de Simon et de Marie Faisant, fut baptisé à l'église Saint-Jacques le 25 septembre 1651. 11 dut prendre l'imprimerie à son compte après la mort de son père, mais sa gestion fut particulièrement stérile. Dans un espace de quarante années, nous n'avons pas relevé une seule œuvre portant son nom.
Le 24 août 1671, il épousait Elisabeth Boutet, toujours en l'église Saint- Jacques, témoin de presque tous les actes religieux concernant la famille Maréchal ; cette union fut couronnée par huit enfants. Par un acte passé devant Calvin le 3 février 1677, les deux époux se faisaient dans la suite
(1) Arch. de la Vienne, K% Minutes de notaires.
(2) Il est nommé Jean dans son acte de baptême.
donation mutuelle de tous leurs acquêts meubles et immeubles et de la tierce partie de leur patrimoine propre.
Un autre acte qui a éveillé notre curiosité est celui qui fut dressé par le même notaire Calvin, le 14 février 1685.
On y lit que «Anne Mareschal, veuve de Pierre Fregeismond, m* mareschal, demeurant paroisse de St-Ligny lès la ville du Blanc, de présent en cette ville, et Magdelleine Mareschal, fille, lin gère, mestresse de ses droicts, demeurant audit Chastellerault, héritières en partye de defTuncte Anne Mareschal, leur tante, demeurant audit Chastellerault », consentent que « Jehan Mareschal, leur frère, imprimeur, demeurant audit Chastellerault, héritier aussy en partye de ladite defTuncte Anne Mareschal, sa tante, prenne et reçoive des mains de M* Ânthoine Dupleix cy devant noltaire royal audit Chastellerault, exécuteur testamentaire de ladite deffuncte Anne Mareschal la part quy peult apartenir à Marie Mareschal, Joseph Mareschal et Louise Mareschal, leur frère et sœurs absants de ce pays, tous héritiers de ladite deffuncte Anne Mareschal, des meubles et eflects de ladite succession, pour par ledit Jehan Mareschal leur donnera chascun d'eux lorsqu'ils seront de retour au pays ; et au cas qu'il y en eust quelqu'un desdits absans quy vinssent à mourir^ en ce cas sera tenu ledit Jehan Mareschal leur rendre à ses aultres frères et sœurs à chascun ce qu'il leur en reviendra à la première sommation qu'ils luy en feront...».
Cette date de 1685 qui nous reporte à la révocation de l'Édit de Nantes, préparée par les faits avant d'être consommée par l'Édit du 22 octobre, cette absence de plusieurs membres de la famille Maréchal, mentionnée en termes très brefs, conduisent à un rapprochement que chacun peut faire. Quelque vieux levain huguenot aurait-il fermenté dans
la descendance de Quentin Maréchal et aurait-il amené une expatriation pour cause de religion? 11 est permis de le supposer.
Les. dernières années de Jean Maréchal ne furent pas heureuses. Ses affaires paraissent avoir périclité, et il fut en procès avec son fils Pierre, qui devait être son successeur. La cause de cette discorde intestine venait sans doute d'un second mariage qu'il avait contracté dans sa vieillesse. Il avait perdu sa femme, Elisabeth Boutet, le 29 janvier 1715, et cinq mois après, le !•' juillet, il se remariait avec Marie Girault, veuve du sieur Bancheteau. On ne peut en vérité témoigner plus d'empressement.
Dans le même temps, le receveur de M*^ le prince de Talmond, alors propriétaire du duché de Châtellerault, faisait une opposition « entre les mains de Chrestien, huissier qui a exécuté les meubles dudit Mareschal à la requête de la dame veuve Cot, marchande libraire de Paris » . Cette opposition était faite pour garantir le paiement d'une somme de 50 livres 10 sous due pour plusieurs termes de fermages d'un jardin, sis au lieu dit le Bâtardeau (1).
Quant au procès « mû » entre Jean Maréchal et son fils Pierre, il fut « assoupi » par une transaction signée par les parties pardevant Mjutard, notaire à Châtellerault, le 28 avril 1716 (2). Voici une analyse de cet acte, débarrassée de ses formules touffues et de détails trop prolixes :
L'obligation de 600 francs souscrite par Jean-Baptiste Maréchal, imprimeur et libraire, au profit de son fils Pierre aussi imprimeur et libraire, sortira son plein et entier effet, à regard de ladite somme seulement ;
^1) Archives de la Vienne, C», 9.
(2) Etude de M* Lasserré, notaire & ChAtplIerault.
Le contrat consenti au profit de défunt Hilaire Maréchal par Jean-Baptiste Maréchal et Elisabeth Boutet, ses père et mère, ensemble la contre-lettre dudit contrat donnée par ledit Hilaire à son père seront rendus par Pierre à son père et demeureront nuls et sans effet envers lui ;
L'acte fait en double entre Jean-Baptiste et Pierre Maréchal depuis Tobligation ci-dessus mentionnée sortira aussi son effet, à savoir que Pierre travaillera à rimprimerie les jours ouvrables et aura la moitié du profit des impressions et pendant ces jours de travail il sera nourri à la table de son père et il promet de s'acquitter de son devoir envers lui, de lui obéir en toutes choses dues et raisonnables et de lui être fidèle ;
Jean-Baptiste fera les avances des fournitures de Timprimerie. Pierre ne pourra tenir boutique, vendre ni débiter aucuns livres en la ville de Châteilerault, et il ne pourra vendre ses ouvrages que hors ladite ville avec le consentement de son père ;
Il est aussi fait un accord au sujet des « caractères d'imprimerie adressés d'Orléans en cette ville à Pierre Denichère, m* coutelier, et voitures par Pierre Thireau, voiturier par eau dudit Orléans, en cette dite ville et retirez par ledit Mareschal père dudit Thireau », au sujet desquels caractères il y avait procès entre les parties, et Jean-Baptiste et Pierre Maréchal s'obligent à décharger ledit Thireau et à lui payer la somme de 50 livres.
Il paraît ressortir de cet acte si intéressant pour nous qu'auparavant Jean-Baptiste aurait fait une association avec son fils Hilaire (1), dont Pierre aurait pris la place après sa mort dans des conditions différentes. C'est à cette
(1) Né le 19 juillet 1678.
première association de Pierre avec son père que nous croyons devoir attribuer l'ouvrage suivant, le seul du reste sur lequel nous ayons vu figurer le nom de Jean-Baptiste :
HISTOIRE LE LA VIE de Nostre Seigneur Jéstis-Christ par M. le Tourneux. Nouvelle édition. Par Permission de Monseigneur l* Illustrissime et Révérendissime Evêque de Poitiers. A Ghastellerault, chez J.-B. et Pierre Maréchal, imprimeurs ordinaire {sic) du Roy, et de S. A. Monseigneur le duc de la Trémoiîille, avec Permission. Sans date. — In-12 de 37 ff. non ch. pour le atre, la préface et les Approbations, et de 334 p. num.
(GoU. A. Labbé.)
Les Approbations qui sont datées de 1678 s'appliquent à l'ouvrage^ mais nullement à l'édition donnée par les Maréchal. Ceux-ci s'intitulent imprimeurs de Mgr le duc de la Trémouille; or le duché de Châtellerault ne passa dans la maison de la Trémoille qu'après la mort de Mademoiselle de Montpensier et par suite du partage fait le 21 juin 1694 entre le duc d'Orléans et Charles, duc de la Trémoille, tous deux héritiers delà duchesse. Après la mort de celui-ci, son fils Charles-Bretagne de la Trémoillle vendit le duché à M. d'Albergoty le 7 juillet 1714, et ce fut Frédéric-Guillaume de la Trémoille, prince de Talmont, qui en fit le retrait le 14 août suivant. Comme il était toujours désigné sous son titre princier, les Maréchal se seraient donc qualifiés d'imprimeurs du prince de Talmont^ si leur ouvrage avait suivi la transaction de 1716 établissant entre eux une nouvelle société •
Nous avons encore trouvé dans les minutes du notaire Moutard un acte du 5 juin 1716, par lequel Jean-Baptiste Maréchal, imprimeur et libraire, Pierre Maréchal l'aîné, tailleur d'habits, et Pierre Maréchal le jeune, aussi impri-
raeur et libraire, vendent à Charles Gueslier, maître chirurgien à Chàtellerault, une « rèze » de vigne contenant environ une boisselée, un fondis de maison et un petit jardin contenant environ un quart de boisselée, en la paroisse de Thuré) « moyennant la somme de quarante livres que l'acquéreur paiera en Tacquit des vendeurs à M* Mathieu Vallet, procureur en l'élection de' Châtellerault » . Conséquence probable du procès désastreux dont nous venons de parler.
Nous ne pouvons déterminer à quelle date notre Jean ou Jean-Baptiste Maréchal sortit de ce monde, mais il vivait encore en 1718. Une pièce conçue en termes assez peu clairs, qui est une quittance du 10 février de cette année, tendrait à faire croire qu'il joignait à son industrie principale l'emploi d'organiste du couvent des Cordeliers (1). Le 30 mai, il signe encore au mariage de son fils Pierre, et -puis le silence se fait sur son nom •
Pierre Haréohal et sa veuve.
Devenu seul maître de l'imprimerie, Pierre Maréchal donna une seconde édition de l'ouvrage précédent, qui avait eu apparemment un écoulement assez rapide.
HISTOIRE DE LA VIE de Nostre Seigneur* Jésus ^ Christ y par M. le Tourneuœ, seconde édition. Par permis^ sion de Monseigneur V Illustrissime et Bévérendissime Evêquede Poitiers. A Chastellerault, chez Pierre Mareschal, imprimeur du R07 et de Monsieur le Lieutenant géaéral, sans date. — In-12 de 274 p. num. (sans ff. prélim.j.
(Coll. A. Labbé.)
Cette édltioQ conlienty comme celle qui lai est antérieure^ les Approba-
(1) Arch. de la Vienne, H, Couoenls d hommes, liasse 36.
lions de 1678. — Sur Tiioe des gardes de Texeroplaire de M. A. Labbé, 011 lit cet ex-libris qui iimile la dale de l'impression : c Ce livre apartien à Jeanne Pilagreau, elle prie ceux ou celles qui le trouveront de lui rendre. A Richelieu, ce 42 février mil sept sant vingt huit ».
La pièce suivante doit être sortie du même atelier, bien qu'elle ne porte ni date ni nom d'imprimeur :
DIPNOSOPHIF, ou Souppé de la sage compagnie saba- Une de ChâtellerauU. Extrait des Registres de ladite Compagnie (22 juin 1720;. S. 1. n. d. — Ia-40 de 20 p.
(Coll. A. Labbé.)
Pièce macaronique qui donne les statuts d'une société de dîneurs.
Pierre Maréchal avait épousé, le 30 mai 1718, Jeanne Denichère, fille de Pierre Denichère, maître coutelier, et de Jeanne Contensin ; il en eut six enfants. Le 30 mai 1727, il mourait et était inhumé dans l'église Saint-Jacques (1).
Restée veuve à 30 ans, Jeanne Denichère continua les affaires de son mari. Elle imprima peu d'ouvrages, mais il est à croire que les impressions courantes, affiches, mémoires, exploits, etc., ainsi que le commerce de la librairie, lui donnaient d'honnêtes bénéfices •
Nous n'avons que deux pièces à citer d'elle :
NOUVELLE DESCRIPTION des Fontaines minérales de la Roche posay enT^ourainne^avec unreceùil de quelques observations sur C effet de ces eaux. Par C, Martin^ docteur en médecine de la falculté f sicj de mont Pellier, Première erftïîon.AChàtellerault,chez laveuvePierre Maréchal^imprimeur du Roy et de la ville, avec Permission, 1737. — In-16 de 36 p.
(Coll. Alf. Richard.)
Jouyneau-Desloges a réimprimé ce petit livret dans ses Affiehes de Poitou, année 1777, n»* 38 à 43 ; dans le n» 37, il dit que G. Martin vivait encore à Châtellerault dont il était originaire. Due nouvelle édition a été donnée à Angers par Marne en 1788, in-8° de 16 p.
(i) Nous ne pouvons dire Tâgc de Pierre, parce que Jean Maréchal et Elisabeth Boutet ont eu deux enfants de ce même prénom, Tun qui fut tailleur d'habits et l'autre qui fut notre imprimeur. Nous n'avons retrouvé que l'acte de baptême de l'un des deux, qui est du 9 décembre 1675.
DU DÉPARTEMENT DE LA VIENxNE 61
L'auteur dit que ce fut le médecin Miloa qui,en i615,reniit ei^ usage les naux de la Roche-Posay alors tombées dans Toubli. Voici le titre de fopuscule de Mtloii : ce Description des fontaines médiciuaies de la Roche-Pozay, en Touraine, rdcogneues et mises en leur ancienne vertu par M. Milon, premier médecin du Roy, au commencement du mois d*août 1615, ensemble le jugement que ledit sieur Milon a fait de la qualité des maladies auxquelles lesdites eaux sont propres », Paris, Fleury Bourriquant, 1617, in-8^ de 14 p. Un extrait auquel on a ajouté quelques observations a été réimprimé à Paris, Rebuffé, (1661,) io-8* de 7 p.
Ce n'était cependant pas la première publication qui traitait des eaux de la Roche-Posay, et dès le xvi* siècle nous avons vu : « Description de la fontaine trouvée à la Roche de Pouzay, près Chastelleraud, ces te année 1573 : ta force, vertu et propriété des grands et admirables guarisons et cures advenus, et qui adviennent par iceile >, Paris, par Nicolas Bonfons, 1573, ln-8^de 8ff. non ch. avec une jolie vignette gravée sur bois qui représente Jésus an puits de la Samaritaine.
On nous pardonnera cette petite digression bibliographique en considé • ration de l'intérêt tout local du sujet, et pour épuiser la question jusqu'à la fln du xviii* siècle, nous signalerons encore dans les Affiches du Poitou du 1" avril 1773 une lettre sur les eaux de la Roche*Posay, écrite par M. Frediniére, chirurgien, qui résidait dans cette localité, et dans la Nature considérée sous ses différents aspects, 1774, t. Y, p. 323, un articleréclame sur les mêmes eaux, qui en contient un éloge excessif.
Le deuxième ouvrage sorti de Tofficine de la veuve Ma* réchal est celui-ci :
NOUVEAU TRAITÉ de la civilité qui se pratique en France parmi les honnêtes gens^ pour l'éducation de lajeu^ nesse.Avec une Méthode facile pour apprendre à bien lire y prononcer les mots et les écrire. Les beaux Quatrains du sage Monsieur de Pybrac, et C Arrithmétique en sa perfection. A Chastellerault, chez la veuve Mareschal, imprimeur du Roy et de la Ville, s. d. — In-8o de 48 p.
(Coll. A. Labbé.)
Imprimé en caractères dits de civilité.
L'arrêt du Conseil, du 31 mars 1739, comprit Chàtellerauit parmi les villes où Timprimerie devait être supprimée, mais il ne dut pas être exécuté bien sévèrement et laissa les
choses dans le statu quo si Ton s'en rapporte à cette
affiche :
D. 0. M. D. Polyeucten martyrem tragediam exhibebunt selecti litterarum alumni, in area Collegii Eraldicastrencis. Die 27 mensis Augusti, anno Domini 1742^ si sudum erit, horâ sesqui-primâ pomeridianâ. Adores. . . Eraldicastri, apud viduam Pétri Maréchal, Régis, Urbia et Collegii typographi. — Placard in-fol.
(Coll. A. Labbé.)
Jeanne Denichère,veUve de Pierre Maréchal, vécut encore de longues années. Son acte de décès, qui est du 22 septembre 1777, dit qu'elle était âgée d'environ 80 ans; mais elle s'était retirée depuis longtemps des affaires, abandonnant la direction de sa maison à son gendre et à sa fille qui suivent.
Lno Guimbert et sa veuve.
Jeanne-Jacquette (dite aussi Jacquelette) Maréchal, née le 4 mai 1721 de Pierre et de Jeanne Denichère, épousa, le 21 septembre 1744, Luc Guimbert, fils majeur du sieur Jean Guimbert, huissier de la Maison de ville de Poitiers, et de Marie-Anne Texier, de la paroisse de Saint-Hilairede-la-Celle de Poitiers. Nous avons relevé sur les registres de l'état civil les baptêmes de douze enfants issus de ce mariage. On voit que les vertus prolifiques de la famille Maréchal s'affirmaient brillamment à chaque génération. Dans ces actes Luc Guimbert est qualifié tantôt libraire et tantôt imprimeur, ce qui nous prouve qu'il exerçait les deux professions à la fois*.
Un nouvel arrêt du Conseil, du 12 mai 1759, vint encore ordonner l'exécution jusque -là différée des arrêts précédents. Ilfixaitlenombredes imprimeurs de la Généralité de Poitiers, supprimait entre autres l'imprimerie établie à Châtellerault,
et néanmoins permettait, par grâce et sans tirer à conséquence, à Luc Guimbert et à sa femme de continuer à la tenir, leur vie durant, à la condition d'être reçus en la forme prescrite par les règlements.
Les époux Guimbert se mirent en mesure de profiter de la tolérance qui leur était octroyée. Ils ne tardèrent pas à présenter une requête au lieutenant de police de la ville de Châtellerault, et le 4 juillet 1759 (1), sur Tavis conforme du procureur du roi, Luc Guimbert était « reçu en l'état et fonction de libraire et imprimeur en cette ville, aux émoluments ordinaires, à la charge de prêter serment, de se conformer aux règlements au fait de librairie et imprimerie et d'imprimer gratis les ordonnances et jugements au cas requis qui seront rendus tant à la police qu'au siège de cette ville » .
Luc Guimbert mourut le 17 décembre 1763 et fut enterré le lendemain dans l'église Saint-Jacques ; il était âgé de 45 ans. Croirait-on que pendant les dix-neuf ans de son exercice nous n'ayons pas trouvé une seule pièce à son nom? Nos recherches, aidées de celles de M. Labbé, nous ont fait découvrir à grand peine, dans la collection de celuici , une unique pièce qui peut lui être attribuée, quoiqu'elle ne porte ni nom de ville ni nom d'imprimeur ; c'est un placard contenant le programme d'exercices publics [Tentamen exerdtationum) à célébrer au collège de Châtellerault^ le 26 juin 1756.
Après la mort de son mari, la veuve Guimbert resta, au moins de nom, à la tête de la maison, et c'est, pour ainsi dire, au lendemain de son entrée en fonctions, en 1764, que le rapport de M. de Sartine expose l'état de son com-
(1) Arcb. municip. de Châtellerault, Reg. XUI.
6i IMPRIMEURS ET LIBRAIRES
merce. Comme libraire, dit ce document, la veuve Guimbert ne débite que des livres de piété et des livres classiques qui se tirent de Paris et de Limoges. La librairie dans cette ville est un objet fort modique, et la veuve qui la tient y gagne médiocrement sa vie. Comme imprimeur, elle n'a qu'une seule presse, et ses caractères consistent en petitcanon, gros romain etcicéro avec les italiques. On imprime des Alphabets, des Demi-Heures, des Journées chrétiennes et autres livres de piété, des livres classiques, etc.. L'imprimerie est exercée par le fils de la veuve (1), qui tient aussi la boutique. Et le rappport conclut que, « quoique la librairie et l'imprimerie ne soient point un objet considérable dans cette ville, cependant un imprimeur y est très nécessaire, mais on devrait enjoindre aux officiers de police de visiter régulièrement l'une et l'autre » .
Un État général des imprimeurs du royaume en 1777 (2) dit encore que la veuve Guimbert fait peu d'impressions, ne vend que de bons livres, jouit d'une bonne réputation, a cinq enfants, et il rappelle que l'imprimerie doit être supprimée à son décès.
Deux ans après, ce décès se produisait et, le 10 octobre 1779, Jeanne-Jacquette Maréchal, veuve de Luc Guimbert, était inhumée dans le grand cimetière de la paroisse Saint-Jacqu«s. Avec elle le nom de Maréchal s'éteignait dans l'imprimerie Châtelleraudaise.
Sans avoir eu une fécondité extraordinaire, sa gestion compte cependant un certain nombre d'impressions dues à la collaboration de son fils qui, d'après le rapport de M. de
(1) Pierre-JoaQ-Baptisto Guimbert, dont rarticlo suit.
(2) Bibl. nat., Manusc, t. fr., n' 21832, Reg.
Sartine, dirigeait de fait, sinon en litre, rélablissemenl maternel.
PLA2i ly ÉTUDE pour le collège de Chdlellerauli, par M. Serreau^ prêtre et principal. A Chàtellerault, veuve Guimberl, 1767. — Iii-4' de 8 p.
(Notes deX. Prcssac)