‹ L'impromptu de Versailles (volume 2)Chapitre 67 sur 134 · ACTE II, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V

Maistre tailleur.

Si vous voulez, je lesmettray en enhaut.

Monsieur Jourdain.

Non, non.

Maistre tailleur.

Vous n'avez qu'à dire.

Monsieur Jourdain.

Non, vous dy-je, vous avez bien fait. Croyezvous que l'habit m'aille bien ?

Maistre tailleur.

Belle demande ! Je défie un peintre avec son pinceau de vous faire rien de plus juste^T'ay chez moy un garçon qui, pour monter une^rmgrax£, est le plus grand génie du monde; et un autre qui, pour assembler un pourpoint, est le héros de nostre temps.

Monsieur Jourdain.

La perruque et les plumes sont-elles comme il faut?

Maistre tailleur.

Tout est bien.

Monsieur Jourdain, en regardant l'habit du tailleur.

Ah ! ah ! Monsieur le tailleur, voila de mon étoffe du dernier habit que vous m'avez fait. Je la reconnoy bien.

Maistre tailleur.

C'est que l'étoffe me sembla si belle que j'en ay voulu lever un habit pour moy.

Monsieur Jourdain.

Oûy, mais il ne falloit pas le lever avec le mien.

Maistre tailleur.

Voulez-vous mettre vostre habit ?

Monsieur Jourdain.

Oùy, donnez-moy.

Maistre tailleur.

Attendez. Cela ne va pas comme cela. J'ay amené des gens pour vous habiller en cadance, et ces sortes d'habits se mettent avec cérémonie. Hola ! entrez, vous autres. Mettez cet habit à Monsieur de la manière que vous faites aux personnes de qualité.

( Quatre garçons tailleurs entrent, dont deux luy arrachent le haut-de- chausse de ses exercices, et deux autres la camisole, puis ils luy mettent son habit neuf- et monsieur Jourdain se promené entr'eux, et leur montre son habit pour voir s'il est bien. Le tout à la cadance de toute la simphonic.)

Garçon tailleur.

Mon gentilhomme, donnez, s'il vous plaist, aux garçons quelque chose pour boire.

Monsieur Jourdain.

Comment m'appellez-vous ?

Garçon tailleur.

Mon gentilhomme.

Monsieur Jourdain.

Mon gentilhomme ! Voila ce que c'est de se mettre en personne de qualité ! Allez-vous-en demeurer toujours habillé en bourgeois, on ne vous dira point « Mon gentilhomme » . Tenez, voila pour a Mon gentilhomme ».

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