CHAPITRE I
tort, mon plus grand crime : celui d'avoit consenti à devenir votre femme!... Qpoi qu'il en soit, rassurez-vous... Si j'ai tenu le langage et proféré les menaces de divulgation qui vous ont tant effrayé, c'est que je m'étais assurée que nous étions bien seuls, que personne ne pouvait nous entendre, que la double porte de ma chambre était bien fermée !.. . André reprit un peu de sérénité...
— J'ai voulu tout simplement, en évoquant le spectre du procureur général et de la justice, vous tendre un piège, vous arracher un aveu... J'ai réussi. C'est tout ce que je voulais. Tranquillisezvous. Êtes-vous assez fou pour supposer que je puisse jamais dénoncer un homme à qui j'ai associé ma vie, le père de mon enfant?
— De l'un de vos enfants ! reprit-il avec ironie.
A mesure que s'effaçait la crainte d'une divulgation, reparaissait chez lui l'impudence qui était le fond de sa nature. Il croyait pouvoir, sans péril, reprendre ses avantages ou du moins rétablir l'égalité des récriminations dans cette lutte intime.
Un amer sourire effleura les lèvres de M""^ Tournays :
— Ah ! je vous reconnais bien là ! dit-elle sans se déconcerter. Vous croyez me tenir avec cette évocation d'un passé... dont je ne suis pas seule responsable. Soit ! Je courbe la tête. Je n'ai pas votre effronterie et votre cynisme, moi !...
2o6 l'inceste
Il se radoucit. Son contrat de mariage le laissait à la discrétion de sa femme. C'était bien assez que son propre intérêt lui commandât de se taire sur les circonstances, maintenant trop bien établies^ de la mort du vieillard. Il n'avait aucun avantage et tout à perdre à la pousser à bout, à casser les vitres.
Il était bien plus habile à lui de la prendre par les sentiments.
— Écoutez-moi, Huguette, dit-il avec calme : Je ne m'abaisserai pas, vous le pensez bien, à relever vos ignobles et odieux soupçons.
— Des soupçons ? Ce ne sont plus, comme depuis avant-hier, de simples soupçons. C'est une certitude...
— Enfin, je ne veux plus discuter avec vous. Je vous pardonne...
— Et moi, monsieur, je ne vous pardonne pas. Je me tais et je me tairai, parce que je ne puis faire autrement. N'exigez rien de plus.
— Je vous pardonne, dis-je, sans me préoccuper de votre interruption, de vos injures et de vos outrages... Et puisque nous sommes condamnés à vivre ensemble...
— Malheureusement, hélas 1
— Puisque c'est pour nous une égale nécessité de maintenir intacte notre considération, ne revenons plus sur ce sujet, je vous prie. Vous êtes fort