CHAPITRE I
personne le dessous des cartes et les causes de son succès inespéré, elle fut la première à jouir de son triomphe et à escompter ses chances d'avancement.
Que lui importait d'avoir des motifs de le mépriser et de le haïr encore davantage, puisqu'elle profitait, en somme, de son ignominie ?
Son rêve, c'était de pouvoir trôner sur un plus vaste théâtre. Paris l'attirait ; son opulence lui assurait une existence à la fois plus libre, plus indépendante et plus brillante. EUle n'aurait plus à respecter les préjugés provinciaux, à ménager une foule de considérations gênantes, à vivre de dissimulation et d'hypocrisie.
Cette cité bigote de Poitiers avait fini par lui devenir insupport.ible; elle avait hâte de rejeter le joug du qu'en dira-t-on ? et tous les freins qu'il comporte.
Aussi fut-elle heureuse et fière le jour où son mari fut appelé à la cour de Paris. Elle n'eut plus désormais qu'un souci : lui faire franchir le plus rapidement possible tous les échelons judiciaires. Splendidement belle comme elle l'était devenue à mesure qu'elle avançait en âge, et qu'elle approchait de la trentième année, elle n'eut pas de peine à captiver les divers gardes des sceaux qui se succédaient à la place Vendôme.
A l'époque où commence la deuxième pîîrtie de
ce récit, elle avait trentre-huit ans, et on ne lui en eût pas donné plus de trente-deux, si elle n'avait eu un acte de naissance vivant et formel dans la personne de M"^ Paule Tournays, fille de madame la Présidente,