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LA DÉCLARATION

Pendant les dernières années de rEmpire, la belle M™* Tournays, dont le mari était déjà conseiller à la Cour, faisait sensation dans le monde officiel par son incomparable et opulente beauté, par sa grâce et par son esprit. Il n'avait pas suffi à son ambition d'être admise aux bals des Tuileries, aux réceptions banales, ouvertes à peu près à tout venant.

Elle était parvenue à se glisser dans les letes intimes de l'impératrice et à se faire comprendre dans l'une des fameuses séries de Compiègne. Les chroniqueurs racontaient longuement ses succès dans les tableaux vivants. Elle était devenue l'une des femmes à la mode, l'une des lionnes de la haute société bonapartiste. On allait jusqu'à se chuchoter à l'oreille que Sa Majesté avait daigné jeter les yeux sur elle. Les feuilles du high life étaient remplies de ses faits et gestes.

Aussi n'avait-elle même pas besoin de descendre au rôle de solliciteuse pour faire pleuvoir sur son mari les distinctions et les décorations. Il était déjà

grand officier de la Légion d'honneur; et à la veille du 4 Septembre 1870, il ne manquait plus que la signature impériale au décret qui le nommait président de Chambre. A coup sûr, sans le désastre de Sedan, il fût devenu bien vite premier président, et peut-être même garde des sceaux.

— Oui 1 je veux être femme d'un ministre ! se disait-elle avec orgueil.

Et puis la proclamation de la République était venue brusquement dissiper ses rêves et refroidir son enthousiasme.

Mais après les deux sièges et après la chute de la Commune, M. le conseiller Tournays s'était bien vite tourné du côté du soleil levant, et le bonapartiste ardent de la veille s'était instantanément transformé en un non moins ardent républicain du lendemain. Il avait fait la cour à Al.Thiers, chef du pouvoir exécutif, comme il l'avait faite à Napoléon III, sauf à mettre un peu plus tard son dévouement aux pieds du maréchal de Mac Mahon. Quelques jours avant le 24 mai 1873 avait paru, au Journal officiel, le décret qui le nommait président de Chambre.

M"'^ Tournays, cela va sans dire, fut aussi assidue, aussi admirée à l'Elysée qu'elle Tavait été autrefois aux Tuileries. Que lui importait le nom du régime — empire ou république — et le nom du chef de l'État, pourvu que tous les yeux fussent fixés sur elle et tous les cœurs enchaînés à son char ?

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