‹ L'incesteChapitre 106 sur 212 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Que lui importait que ce fût tel ou tel qui gouvernât, dès lors qu'elle régnait elle-même sans conteste, et qu'elle voyait sans cesse autour d'elle un flot d'adorateurs?

Elle avait retardé le plus possible l'heure de produire sa fille dans le monde, afin de ne pas révéler son âge à tous les échos. M"^ Paule avait ses dixhuit ans révolus, qu'on la traitait encore en enfant, et qu'on l'eût laissée volontiers, si on l'avait osé, porter des robes courtes jusqu'au delà de sa majorité !

Cependant, on ne pouvait cacher éternellement sous le boisseau ou renfermer dans une armoire cette ravissante personne de vingt ans, dont les yeux bleus, l'abondante chevelure blonde, la taille élancée, la gorge appétissante, et les bras faits au moule trahissaient toute autre chose que la petite pensiomiaire dont parlait toujours la maman.

Il avait bien fallu la retirer des Oiseaux ; et au moment où commence ce récit, Paule n'avait fait que depuis fort peu de temps son apparition dans les salons récemment inaugurés de l'élégant hôtel du boulevard Saint-Germain.

A coup sûr, la fille n'éclipsait pas la mère; et la fleur largement épanouie l'emportait encore sur le bouton de rose à peine entr'ouvert. Mais ce n'en était pas moins pour la splendide présidente une redoutable concurrence. Les hommages étaient par-

tagés ; ils ne se concentraient plus exclusivement sur M'^^Tournays. C'était désormais une royauté à deux têtes, au lieu de la souveraineté absolue qu'elle avait exercée jusqu'alors, et qu'elle comptait bien exercer longtemps.

Aussi n'avait-elle plus qu'une préoccupation, c'était de marier au plus tôt son héritière et de se délivrer ainsi d'un terme de comparaison gênant et désagréable. Seulement ce désir, si vif qu'il fat, était contre balancé par un souci fâcheux, par la crainte de devenir grand'mère et de passer ainsi d'emblée et prématurément à l'état de vieille femme.

Elle se reprochait presque de s'être mariée si jeune, de s'être tant hâtée, jadis, d'épouser l'odieux personnage qui était depuis vingt ans un associé beaucoup plus qu'un mari...

Ce soir-là, M""^ la présidente faisait, secondée par M"^ Paule, les honneurs de chez elle, sinon avec moins de tact et moins de charme que d'habitude, du moins avec une teinte involontaire d'inquiétude, et avec un certain trouble qu'elle ne pouvait entièrement dissimuler.

Contrairement à tous ses devoirs de maîtresse de maison et aux exigences les plus banales de la politesse, elle était distraite et rêveuse, et les sourires de commande que lui imposait son rôle avaient quelque chose de contraint et de forcé.

— Il ne vient pas ! murmurait-elle avec impa-

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