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CHAPITRE II

Quant à la comtesse, c'était une petite boulotte de quarante-huit ans, qui avait dû être assez jolie autrefois, mais d'une beauté assez vulgaire, d'une intelligence nulle, qui bavardait à tort et à travers, et n'avait jamais pu réussir à s'assimiler complètement le langage et les manières du monde où elle n'était pas née et dans lequel l'avaient jetée les circonstances !

On l'eût prise, à première vue, pour une ancienne cuisinière enrichie. C'était en réalité une ex-modiste qui, ayant été la maîtresse du comte de Villerain, alors simple capitaine, avait manœuvré assez habilement pour se faire épouser.

Elle était enceinte de cinq mois quand il était parti pour la guerre de Crimée ; ses supplications et ses larmes, ses menaces de suicide et son désespoir avaient touché M. de Villerain; il lui avait solennellement promis de donner à son retour un nom et un père à l'enfant qui allait naître. Tout le temps qu'avait duré l'expédition, il avait entretenu avec sa maîtresse une correspondance suivie. La naissance d'un garçon, d'un futur militaire, l'avait comblé de joie ; et prévoyant le cas où il serait tué, il avait toujous assuré provisoirement, par le don d'une centaine de mille francs, le sort de la mère et du petit. Avec cela, s'il lui arrivait malheur, ils auraient la certitude de ne pas mourir de faim.

Après le congrès de Paris, la signature de la paix

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et la rentrée triomphale des troupes dans Paris, le colonel Villerain, fidèle à sa parole de soldat, avait régularisé la situation et légitimé le fils de l'exmodiste^ devenue comtesse.

Ce qui chifi"onnait un peu l'heureux père, c'était que son héritier ne lui ressemblait que de bien loin. 11 fallait une extrême bonne volonté pour découvrir chez le bébé quelques traits appartenant à l'officier supérieur. Mais il n'éprouvait, du reste, aucune espèce de doute sur sa paternité. Virginie — ainsi s'appelait M™^ de Villerain — méritait parfaitement son prénom, quand il l'avait connue. Il était sûr d'elle, et de son amour et de sa fidélité...

D'ailleurs, ce qui le rassurait, c'est que le petit Julien, âgé de deux ans lorsqu'il l'avait vu pour la première fois, ne ressemblait pas davantage à sa mère. Il n'avait d'elle ni les yeux, ni le nez, ni le menton, ni le front.

En revanche, d'après les déclarations de celle qui allait devenir sa femme, il était le portrait vivant du père de celle-ci, mort depuis longtemps, et que le colonel n'avait jamais vu,

— Que veux-tu? mon ami, lui disait-elle, la nature a de ces bizarreries. Il arrive fréquemment que les enfants tiennent de leurs grands-parents, et non de leur père et de leur mère.

— Oui, en effet, c'est la théorie de Vatavismel répondait le soldat...

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