‹ L'incesteChapitre 109 sur 212 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

— De Vàta quoi, mon ami ?

— Oh ! que t'importe ? C'est un terme scientifique... Tu ne me comprendrais pas, ma chère...

— C'est-à-dire que je suis une ignorante et une imbécile, n'est-ce pas ? Tu te moques toujours de mon manque d'éducation ! Ce n'est pourtant pas de ma faute...

— Mais non, mais non, mignonne ! Tu as des susceptibiUtés ridicules. Qu'est-ce que cela te fait, puisque je ne t'en aime pas moins, puisque je vais t'épouser et que tu vas devenir comtesse ?...

— Et mon Julien vicomte, n'est-il pas vrai ? Un gros baiser avait clos le débat, et quelques

semaines plus tard, malgré les observations et l'opposition de ses proches et les sarcasmes du monde, le colonel avait tenu sa promesse.

Tels étaient les trois personnages qui venaient de faire, un peu tardivement, au gré de M™*" la présidente, leur entrée dans les salons de l'hôtel Tournays.

Après les premiers compliments d'usage le vieux général n'avait pas tardé à s'asseoir à une table de jeu, tandis que la comtesse donnait libre carrière à sa langue, un peu intempérante, et que le jeune vicomte se mettait en devoir de réparer le temps perdu en ne manquant ni un quadrille ni un valse.

Julien avait déjà dansé ou valsé deux fois avec

la maîtresse de la maison, sans avoir trouvé ou sans avoir osé saisir l'occasion de révéler, dans un mot, le fond de son âme.

Et cependant, il était facile à la belle présidente de s'apercevoir que sa pensée planait au-dessus des vulgaires sauteries auxquelles son âge et les convenances l'obligeaient. Elle lisait dans son cœur; elle devinait ses sentiments secrets... Il était en proie à des préoccupations tout à fait étrangères à la mazurka ou à la schottish qu'il était en train d'exécuter.

Il manquait la mesure, accumulait faux pas sur faux pas... 11 était, contre son habitude, gauche, emprunté, troublé, presque triste... A quoi pensaitil donc ?

Huguette se faisait elle-même la réponse avec une joie intérieure qui la troublait à son tour. Est-ce que tout en lui ne trahissait pas l'amoureux ? Estce que sa passion trop discrète ne se Hsait pas sur son visage comme dans son attitude et dans ses maladresses ?

Vainement elle s'efforçait de vaincre sa timidité, de le provoquer, de l'exciter, de lui ouvrir les voies à un aveu, de le questionner sur son agitation, sur les causes intimes de son charmant et gracieux embarras, de lui prodiguer les agaceries, de le mettre à son aise par les avances les plus claires et les plus effrontées... Elle n'obtenait que des monosyllabes

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