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CHAPITRE II

Et elle le quitta brusquement, sans lui laisser le loisir de répondre.

M. de Villerain restait immobile^ et il eut quelque peine à revenir de sa stupéfaction. Il se sentait partagé entre deux sentiments contraires, entre Tespoir et la crainte.

L'initiative de ce rendez- vous, prise par M°** Tournays, était de mauvais augure. Il s'agissait évidemment de lui signifier le plus poliment possible un congé en bonne forme.

On avait deviné la passion secrète qu'il avait jusqu'alors si bien dissimulée, et l'on voulait y couper court.

— Mais non ! se disait-il ensuite. Ce n'est pas cela... Elle avait bien trop de bienveillance et de douceur dans la voix en me parlant! J'ai tort de me chagriner et de m'inquiéter... Et puis, ne m'at-elle pas, pour la première fois, appelé : « Julien » tout court ? Quand on veut éconduire quelqu'un, on ne s'exprime pas avec cette aimable et maternelle familiarité... Dans ce cas, on montre un visage froid et sévère... Et c'est, au contraire, d'une voix angélique et pleine d'émotion qu'elle a murmuré ces paroles, dont je suis encore tout bouleversé : « Il faut que je vous parle 1 »

Tous ses doutes se dissipèrent d'ailleurs, quand le moment arriva de se retirer. La main de la présidente pressa la sienne avec une furtive ardeur qui

ne donnait prise à aucune hésitation ; et son sourire était tout un poème !

Julien sortit radieux de l'iiôtel Tournays, et ce fut avec une fiévreuse impatience qu'il attendit l'heure de l'entrevue qui allait décider de son sort et assurer son bonheur.

Il se jeta tout habillé sur son lit ; mais ce fut en vain qu'il chercha le repos et le sommeil. Quels rêves enivrants voltigeaient dans son imagination.

— Elle m'aime ! Elle m'aime ! s'écria-t-il ; j'en suis bien sûr maintenant !... Si je lui étais indifférent, on n'aurait pas jugé nécessaire de devancer un aveu que mes lèvres n'ont pas encore osé exprimer ! . . . Imbécile que j'étais de trembler ainsi devant elle !... Vingt fois j'ai voulu parler et vingt fois ma langue se figeait dans ma bouche !... Et pourtant elle a tout deviné ; mes traits, mon silence, mon agitation ont été plus éloquents que ma voix !

Le comte et la comtesse n'avaient pu manquer de remarquer depuis quelque temps ce qui se passait dans le cœur de Julien. Ce n'est pas à vingtdeux ans que l'on sait dissimuler, que l'on peut tromper les yeux clairvoyants d'une mère.

— Eh bien ! mon fils, dit le général d'un ton goguenard pendant que leur voiture les reconduisait chez eux : et nos amours ? Cela a-t-il bien marché cette nuit?....

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