CHAPITRE IV
sein la trahissaient avec une suffisante éloquence. — Je m'en étais bien douté ! pensa la femme de chambre, mais je ne pensais pas qu'elle l'aimait autant que ça!... Oh! c'est une toquade sérieuse!... Pauvres amoureux, ils m'intéressent! C'est égal! ma chère maîtresse, que j'aime tant, à qui je suis si dévouée, pourrait bien être plus ouverte avec moi et moins cachotière.
La jeune camériste était une belle brune de dixsept ans à peine, grande et forte, et que l'on eût aisément supposée plus âgée que M"* Paule. Avec ses yeux noirs ombragés de longs cils, sa physionomie intelligente et douce, la régularité de ses traits, la finesse de sa bouche, la grâce de sa personne, et une distinction qui faisait presque de l'humble fille du peuple l'égale de la riche héritière, Marceline était en réalité plus séduisante et plus admirable que la fille du président.
Et ce qui lui donnait un nouveau charme, c'est qu'elle ne s'en doutait pas, c'est qu'elle était aussi simple, aussi peu coquette qu'elle était jolie. Fille d'une veuve de l'un des fermiers de M. Toumays, entrée tout enfant dans la maison, il lui semblait qu'elle était de la famille ; son dévouement était à toute épreuve, et elle se fût jetée au feu pour épargner un chagrin à M"*" Paule.
Aussi était-elle plus attristée que froissée de la réserve qu'elle gardait avec elle. Jusqu'alors, et
surtout depuis que M^'"" Tournays avait quitté les Oiseaux, elle avait été sa confidente.
C'était la première fois qu'on lui cachait quelque chose et que l'on paraissait se méfier d'elle! Sans doute M*'" Paule n'était pas obligée d'ouvrir son âme à son inférieure, de lui révéler ses sentiments les plus intimes. Mais c'était de femme à femme, de jeune fille à jeune fille, et non de maîtresse bienveillante à domestique dévouée, qu'elle se croyait en droit d'attendre un peu plus d'expansion.
Marcehne était blessée dans son affection autant que mortifiée dans son amour-propre. Son cœur se gonfla ; elle se mit à pleurer.
— Qu'as-tu donc, chère petite ? dit Paule avec inquiétude... Est-ce que toi aussi tu aurais des chagrins ?
— Moi aussi ! Ah ! mademoiselle, vous voyez bien que je ne me suis pas trompée, et que vous n'avez plus confiance en moi, que vous ne m'aimez plus ?
— Je ne te comprends pas, mon enfant. Que t'ai-je fait ? Que t'ai-je dit ?
— Rien, mademoiselle! Et c'est là justement ce qui me tourmente et ce qui cause mes angoisses!... Voyez-vous^ mademoiselle Paule, je vous connais trop et je vous aime trop pour qu'il vous soit possible de me rien cacher.
— Est-ce que j'ai quelque chose à cacher, Mar-