CHAPITRE IV
celine ? Savez- vous que vous êtes bien hardie, et que c'est un véritable interrogatoire que vous me faites subir?...
— Que madoiseile me pardonne ! Je ne voulais pas l'offenser. Mais vous aurez beau dire, mademoiselle Paulc, vous êtes très émue...
— Tu es folle ! Pourquoi serais-je émue ?
— Ne niez pas^ chère et bonne maîtresse. 11 m'a suffi tout à l'heure de prononcer un nom pour vous faire tressaillir...
Et constatant aussitôt l'effet que produisait cette simple allusion à M. de Villerain...
— Tenez ! voilà que vous tressaillez encore ! reprit-elle avec un sourire. Vous ne direz pas non, cette fois?...
Paule rougit plus fort et s'embarrassa davantage. Elle ne savait quelle contenance tenir.
— Je n'ai ni à dire : non ! ni à dire : oui ! ce me semble, mademoiselle! répliqua-t-elle d'un ton sévère. Est-ce que j'aurais, par hasard, des comptes à vous rendre ?
— Vous êtes fâchée, ma bonne, mon excellente maîtresse ? Non, vous n'avez pas de comptes à me rendre ! En revanche, moi, si pauvre fille, si humble servante que je sois — et peut-être même en raison de cette insignifiance — je pourrais, je crois, vous rendre... certains services...
Et elle ajouta avec une indifférence feinte :
— Vous ne voulez pas ? N'en parlons plus. Je n'ai qu'à me taire et à vous demander une fois de . plus pardon de mon indiscrétion ! . . . Il se fait bien tard: si mademoiselle se mettait au lit?... J'imagine que mademoiselle a besoin de repos ?
Une réaction se produisit aussitôt dans l'esprit de M^^^ Tournays. Maintenant que sa femme de chambre devenait froide et silencieuse, elle éprouvait le besoin de la faire parler.
Son orgueil cédait devant la curiosité. Elle se jeta au cou de la jeune paysanne, l'embrassa sur les deux joues ,
— Marceline ! Tu me boudes ? dit-elle.
— Moi, mademoiselle ? Est-ce que j'ai l'habitude de bouder ?
— Tu es une excellente fille. J'ai tort, je l'avoue. . . Tu ne m'en veux plus, dis ?
— Vous en vouloir, moi ? Et pourquoi ?
— Allons! Faisons la paix !.. . Tu sais, comme autrefois, quand nous étions toutes petites^ que je t'avais maltraitée sans motif... tu sais bien que c'était toujours moi qui revenais la première, bien que je fusse l'aînée...
— Et bien que vous fussiez une belle et riche demoiselle, et moi une malheureuse orpheline... Oui, c'est vrai ! Et c'est probablement pour cela que je vous aime tant, et que ça me tracasse quand je vous vois des préoccupations et du chagrin!...