‹ L'incesteChapitre 129 sur 212 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Elle eût donné tout au monde, pour que sa fille ne fût pas auprès d'elle en ce moment...

Elle commençait à soupçonner que les dômes tiques avaient pu lui apprendre la visite de M. de Villerain,.. Ces femmes de chambre sont si bavardes !

Il était plus habile de ne plus faire de mystères et de prendre les devants... Elle tâcha d'affecter un calme et une assurance qu'elle était loin d'éprouver ; elle embrassa Paule avec tendresse :

— Pardonne-moi, mon enfant, ma distraction. Tu sais combien je t'aime...

— Si je le sais ! dit Paule en la pressant dans ses bras... Aussi, je sens une peine affreuse, dès que tu es sévère envers moi. J'ai peur d'avoir, à mon insu, démérité de ton affection.

, — Non! mignonne. Tu es la meilleure des filles!...

— Et toi, la meilleure des mères !... Il faut que je t'embrasse encore.

Elles restèrent quelques instants entrelacées; puis M""^ Tournays dit tout à coup, sans paraître attacher à ses paroles la moindre importance :

— A propos ! Ne me demandais-tu pas tout à l'heure si j'avais reçu des visites hier, pendant que tu étais chez ces dames ?

— Oui, et tu as répondu que tu ne t'en souvenais pas.

— Probablement que je pensais à autre chose et que je n'avais pas entendu ta question. Oui, en effet, il est venu quelqu'un.

— Une dame, sans doute ? dit avec calme la petite dissimulée.

— Une dame... pas précisément.

— Alors c'était un monsieur, je parie ? répliquat-elle en riant. Et qui, je te prie, maman? Un jeune ou un vieux?...

— Cela vous intéresse donc bien, curieuse ?

— Moi? oh! pas du tout. Qu'est-ce que cela peut me faire ?

— Aimerais-tu mieux que ce fût un vieux?...

— Cela m'est égal, je t'assure.

Le carmin dont se couvrit subitement son visage démentait trop éloquemment ses paroles.

— Est-ce bien vrai ?

— Dame ! A moins qu'il ne vînt pour moi, je ne vois pas en quoi son âge peut me préoccuper...

Pour moi 1 Ces deux monosyllabes produisirent sur la belle présidente une impression désagréable. Elle regardait Paule, et pour la première fois elle s'apercevait que ce n'était plus une enfant. Elle la trouvait si fraîche, si belle, qu'un sentiment involontaire de jalousie se glissa dans son cœur. Elle se dit que le moment approchait où ses charmes déjà mûrs seraient complètement éclipsés, où elle ne pourrait plus l'avoir auprès d'elle dans ses pro-

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