CHAPITRE V
de baisers et n'essaya même pas de retenir les larmes qui la suffoquaient.
— Pourquoi pleures-tu, ma bonne mère? Quels chagrins peux-tu avoir ? N*es-tu pas la plus heureuse des femmes? Qui donc peut t'attendrir ainsi?
— Rien, rien, mignonne !...
— Si tu n'avais rien, tu ne te désolerais pas ainsi?...
— Eh bien ! oui je suis attendrie ! reprit la présidente... Je pense qu'il viendra une heure où un homme se placera entre toi et moi, où je ne serai plus ton unique affection... Tu es d'âge à te marier. Paille...
— Me marier, maman! s'écria la douce enfant avec joie... Et c'est pour cela que tu pleures ?
Et prenant son courage à deux mains et regardant sa mère dans le blanc des yeux :
— Veux-tu que je te dise ?... Cette visite mystérieuse dont tu évitais de me parler, je parie que...
— Je paries quoi, petite sotte ?...
Paule hésita une minute, puis continua :
— Est-ce que quelqu'un... serait venu, hier, te demander ma main ?
— Me demander ta main ? répéta M"* de Tournays en frissonnant.
L'idée que Julien eût pu venir la veille dans une semblable intention la bouleversait.
Cependant sa fille lui tendait, à son insu et sans
le vouloir, une perche qu'elle saisit avec empressement.
Que Paule sût ou ignorât la visite de M. de Villerain, cela importait peu au fond. Mais elle lui avait fait promettre de revenir ce jour même et il fallait bien colorer d'un prétexte une pareille assiduité qui n'eût pas manqué de faire jaser les domestiques.
— Eh bien, maman, tu ne me réponds pas? reprit la jeune fille d'un ton calme et en l'embrassant de nouveau. Serait-il venu quelqu'un me demander en mariage ? Voyons ! Dis-le moi.
— Est-tu donc si pressée de me quitter ? Cette pensée de mariage te préoccupe donc bien ?
— Je ne dis pas cela. C'est une pure affaire de curiosité, une simple supposition... D'abord, c'est toi la première qui as amené la conversation sur ce sujet... Je t'assure que je n'y songeais même pas.
Elle mentait, certes ! Mais en somme, le mensonge était des plus excusables.
— Tn as raison ! C'est vrai! répondit la présidente, qui se sentit un peu rassurée par l'apparente sincérité de la jeune fille.
Après une minute d'hésitation, elle ajouta :
— Je vais être franche avec toi, Paule. Oui, en eflet, on est venu, sinon te demander officiellement en mariage, du moins...
— Oh! je vois bien que j'ai deviné juste, inter-