‹ L'incesteChapitre 132 sur 212 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

rompit la charmante enfant, en frappant ses deux mains Tune contre Tautre...

— Laisse-moi donc achever... Sinon te demander officiellement en mariage, disais-je, du moins...

— Du moins pressentir tes sentiments et les miens, n'est-ce pas ?

— Tu me coupes toujours la parole!... Tu oubUes, petite, que l'opinion et la volonté de M. le président comptent bien aussi pour quelque chose en pareille matière ?. . .

— La volonté de papa ?. . . Oh ! tu sais bien que papa fera tout ce que je voudrai...

— Mademoiselle!... Tout ce que vous voudrez ! . . . Que signifie ?. . .

— A la condition que tu le veuilles aussi, petite mère !... Cela va de soi. En pourrait-il être autrement? Puis-je avoir d'autres désirs que les tiens, d'autres volontés que les tiennes ?...

— A la bonne heure!... Je suis la seule maîtresse ici, en définitive.

Bien que M"^ Tournays, sortie dn couvent depuis quelques mois à peine, n'eût jamais passé à la maison paternelle, depuis son enfance, que les deux mois de vacances, elle n'avait pu se faire illusion sur l'abîme d'indifi'érence, de froideur glaciale qui existait entre ses parents, en dépit des efforts tentés pour dissimuler quelque peu en sa présence ce divorce virtuel.

La veille, en voyant le procureur général, chez qui, comme je l'ai dit, elle avait passé la journée, embrasser sa femme à l'occasion de sa tête, ce petit détail de famille l'avait à la tois étonnée et attristée :

— Hélas ! s'était-elle dit, les larmes aux yeux : j'ai vingt ans, et depuis que je me connais, je n'ai jamais vu mon père embrasser une seule fois ma mère ! . . . Pourquoi cela ?

Si elle aimait également l'un et l'autre, le président était pourtant l'objet de ses préférences; il l'avait toujours plus gâtée que M*'"'' Tournays. Et pourtant il était bien sec, bien dur pour tout le monde. Sa fille seule avait conquis sur lui quelque empire et elle se flattait de le mener par le bout du nez.

Le président de chambre à la cour d'appel de Paris n'aimait et n'avait jamais aimé ici-bas qu'une seule personne : sa Paule. Car on ne pouvait donner le nom d'amour au sentiment que lui inspiraient les maîtresses dont il payait si chèrement les faveurs vénales, avec un argent qui appartenait à sa femme.

— Avec tout cela, reprit M""^ Tournays, tu ne m'as toujours pas demandé le nom de...

— Le nom du prétendant à ma main ? interrompit sans s'émouvoir la petite hypocrite... Tiens! je n'y avais pas pensé! Et puis cela m'est

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