‹ L'incesteChapitre 134 sur 212 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Elle n'eut pas le temps d'achever. Un laquais venait d'entrer dans le salon :

— Madame, M. le vicomte de Villerain demande ki madame la présidente peut le recevoir ?

— Faites entrer ! répondit la mère de Paule en affectant un calme et une froideur qu'elle était loin d'éprouver...

— M. de Villerain ? s'écria Paule, qui eut toutes les peines du monde à ne pas se trahir... Serait-ce par hasard...

— Précisément !... Surtout je te recommande la plus extrême réserve... Tu es censée ne rien savoir... Je crains bien qu'il ne puisse te convenir...

— Il paraît pourtant bien doux, bien gentil, répliqua Paule avec un médiocre enthousiasme...

— J'ai peur qu'il ne soit pas franc, ouvert... Et puis j'ai sur lui des renseignements peu satisfaisants... On m'a dit qu'il avait une liaison... Enfin, nous verrons, nous examinerons... Jel'étudierai... Rien ne presse, n'est-ce pas ?... Je veux bien l'autoriser à venir nous voir quelquefois... Le temps est un grand maître...

Au même instant, Julien fut introduit dans le salon. M"^ Toumays ne parvenait que difficilement à dominer son émotion.

— Madame!... Mademoiselle! mumura Julien en s'inclinant profondément.

— C'est bien aimable à vous, monsieur le vicomte, d'être venu nous voir.

Toutes les couleurs de Tarc-en-ciel se succédèrent presque instantanément sur les joues de M"'^ Tournays. Son sein bondissait sous son corset,..

Elle venait d'apercevoir à la boutonnière du vicomte une fleur, une rose : celle qu'elle lui avait jetée de son balcon, la nuit précédente.

Cette simple fleur en disait à elle seule plus long que les phrases les plus éloquentes et les serments les plus chaleureux.

Entre Paule et Julien toutes les hésitations et tcus les doutes étaient désormais dissipés. Ils étaient bien sûrs de leur mutuel amour. Il 3^ avait entre eux un secret, un mystère, qu'il leur était permis de dissimuler à tous les yeux.

Devant la présidente ils avaient le droit de se regarder avec la plus entière indiff"érence, d'affecter à l'égard l'un de l'autre une froideur complète. Leurs lèvres pouvaient mentir, puisque leurs cœurs s'étaient compris !

Une fois passé le premier moment de douce surprise, Paule avait repris son sang-froid. Fort heureusement sa mère était elle-même trop troublée pour avoir remarqué son agitation. Après l'échange des politesses d'usage elle avait bien vite trouvé un prétexte pour quitter le salon. Julien, de son côté,

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