‹ L'incesteChapitre 139 sur 212 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

jliésitais encore à le croire ; tout à l'heure quand nous nous sommes trouvés en présence, je me sentais déjà rassuré. Maintenant, j'ai une certitude! Elle m'aime ! elle m'aime !

Paule et sa mère restèrent quelques instants silencieuses. Ni l'une ni l'autre n'osait engager la conversation; la première ne se décidait pas plus à questionner que la seconde à faire connaître spontanément à sa fille les détails d'une entrevue où elle était si directement intéressée.

Elles tenaient toutes les deux à jouer serré et à ne pas se découvrir et se livrer.

— Eh bien, ma chère enfant, dit tout à coup la présidente, tu ne me demandes même pas ce que m'a dit le vicomte et ce que je lui ai répondu ?...Car enfin, c'est de toi qu'il s'agissait. Tu n'es vraiment pas curieuse ! Est-ce que cela ne t'intéresse pas ?

— Oh 1 si peu!... si peu, chère mère !... C'est égal, voyons! causons-en si tu le veux bien...

— Alors, tu ne tiens pas beaucoup à devenir vicomtesse de Villerain...

— Je te ferai observer que je n'ai rien dit de pareil...

— Est-ce qu'il te plairait?...

— Je ne sais pas, moi ! ... Je ne le connais guère. . . Il n'est pas mal, en somme.

— Mais enfin, il t'est complètement indifiérent?

— Il en sera comme il te plaira, maman. Je n'ai pas tant de hâte de me marier. . . Mais si tu lui accordais ma main, je le prendrais aussi bien qu'un autre. Il est donc bien amoureux de moi, ce vicomte, puisqu'il vient deux jours de suite?...

— Très amoureux, je ne pense pas. J'imagine que ce sont ses parents qui lui ont mis cette idée en tête, dans Fespoir de briser, d'après ce que je suppose, une liaison qui leur déplaît. Aussi lui ai-je répondu d'une manière assez évasive. Je lui ai dit que tu étais bien jeune encore, et qu'il était relativement plus jeune que toi... H n'a que vingt- deux ans. Bref, je ne l'ai ni encouragé ni découragé... Nous verrons plus tard... quand nous aurons pu mieux le connaître et l'apprécier...

Paule avait été mordue au cœur en entendant parler d'une maîtresse. La jalousie la dévorait. Elle n'admettait pas de partage. Ce n'était pas un mariage de raison et de convenance qu'elle voulait faire. Elle n'écoutait pas sans défiance les paroles de sa mère. A coup sûr, Julien n'aimait qu'elle, et d'un amour exclusif. On le calomniait peut-être au profit d'un autre qu'on voulait lui imposer pour mari...

— Tu as bien fait, chère mère, reprit-elle en comprimant les palpitations de son sein... je ne suis pas pressée...

]^me Tournays l'embrassa avec une satisfaction visible. Elle voulait bien que sa fille lui servît de

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