CHAPITRE III
VOUS ennuyer seule ici ? préférez vous descendre au bureau avec moi? Mais comme vous êtes blcmc !... Vous tremblez de tous vos membres !
— Ah ! cette fois, je suis bien perdue ! Et je comprends pourquoi Maurice ne revient pas!... Je vous en conjure, cachez-moi quelque part!... j'ai peur, j'ai peur !...
— Peur ? de qui ? de quoi ?
— J'ai peur de ma mère, madame ! de ma mcre, dont j'ai mérité le courroux et la haine et qui sera impitoyable ! Cachez-moi ! cachez-moi ! Dites que je ne suis plus ici, que je suis partie tout à l'heure... que vous ne savez ce que je suis devenue... Dites ce que vous voudrez.... Mais, de grâce, ne me livrez pas !...
Sans rien comprendre à cet émoi et supposant qu'il s'agissait d'une escapade de jeune fille, d'une fugue d'enfant prodigue à qui l'on serait trop heureux d'ouvrir les bras et de pardonner, la patronne de la maison ne tint aucun compte de cette prière et, quelques instants plus tard le vieillard se rendait auprès de sa petite-fille, tandis que M™* Dauviller restait en bas, comme il l'avait exigé.
Ce n'était pas sans peine que celle-ci avait consenti à le laisser monter seul et que M. Dupuys avait pu éviter une scène terrible ; ce ne fut pas sans de moindres difficultés que le grand-père parvint à
pénétrer dans la chambre de l'entresol. Huguette s'était enfermée et refusait d'ouvrir, ne se laissait toucher ni par les supplications, ni par les bonnes paroles, ni par les promesses de M. Dupuys.
— Ouvre, je t'en conjure, ma petite Huguette bien-aimée. Rassure-toi; je suis seul... Pas un reproche ne te sera adressé ! Tout sera oublié...
— Non! non! jamais, grand-père!... J'aime mieux mourir. Laissez-moi... je suis une malheureuse... Je me tue si vous insistez...
— Tu veux donc faire mourir de chagrin ton vieux grand-père qui t'aimait tant?... Huguette 1 Huguette ! aie pitié de moi.
Émue, troublée, vaincue par les sanglots étouffés du vieillard, M"^ de Tagny finit par tirer le verrou...
Ce que fut c-tte entrevue entre ce grand-père de soixante -quinze ans et l'enfant coupable qu'il adorait ; quels trésors de bonté, d'indulgence, de pardon il sut trouver dans son cœur; avec quelle tendresse il la pressait dans ses bras, on le devine. Huguette pleura d'abord avec lui, et manifesta la plus profonde douleur. Mais dès que M. Dupuys parla de la ramener à Poitiers, de lui faire épouser l'homme à qui on l'avait fiancée malgré elle, elle protesta qu'elle aimerait mieux mourir que de remettre les pieds chez sa mère...
— Je n'ai pas le droit de lui faire des reproches.