CHAPITRE V
" « Est-ce au hasard, mademoiselle, est-ce à un accident que je dois la fleur tombée, cette nuit, de votre balcon ?
« S'est-elle fortuitement, involontairement échappée de votre main ? Ou bien avez-vous reconnu, deviné celui qui ne voit plus que vous au monde, dont vous êtes devenue la seule pensée, l'unique préoccupation ? Avez-vous daigné lui envoyer un témoignage de sympathique commisération, lui jeter cette rose comme un encouragement et un espoir ?
« Si je n'écoutais que les battements désordonnés de mon cœur, que l'émotion et le bonheur dont j'ai été saisi en me précipitant sur cette rose qui avait touché votre corsage et qui portait avec elle le parfum de votre personne, c'est à cette dernière hypothèse que je m'arrêterais.
« N'aviez-vous pas lu déjà sur mon visage ce qui se passait en moi ? Ce que ma bouche n'avait pas osé vous dire, mes yeux ne vous l' avaient-ils pas assez clairement exprimé ?
« Non! Je ne suis pas victime d'une illusion. Vous savez que je vows aime, Paule ! Et vous avez été touchée de ma muette et timide adoration. Laissez-moi vous dire, du fond de l'âme : merci ! merci !
« Demain tous mes doutes seront levés. Cette fleur que, quoi qu'il arrive, je garderai toute ma vie, vous l'apercevrez à ma boutonnière ; et je
saurai bien découvrir dans vos regards si je suis le plus infortuné ou le plus heureux des hommes.
« Mais, je ne sais pourquoi, je suis dès à présent rassuré. Une voix intérieure, une voix secrète me crie que nous sommes unis à jamais par un lien mystérieux ! Quelque chose me dit que vous me rendrez amour pour amour, tendresse pour tendresse, et que bientôt je pourrai vous appeler ma femme !
(c Ces lignes parviendront-elles jusqu'à vous ? Une occasion et un moyen me seront-ils donnés de vous les remettre ? Si oui, ce sera une preuve décisive que nos cœurs se sont silencieusement entendus et compris ; et qu'en dépit de tous les obstacles, nous nous appartiendrons l'un à l'autre et que rien désormais ne pourra nous séparer.
(c Car, hélas, je ne dois pas vous le dissimuler, il y a des obstacles ; et c'est pourquoi je suis obligé de cacher à tout le monde, aux miens comme aux vôtres, la passion que vous m'avez inspirée.
« Ayez foi en moi, Paâle, comme j'ai foi en vous!
« Vous êtes, je vous le jure, mon premier comme vous serez mon dernier amour.
« Julien »
— Oh î comme c'est gentil!... Et comme on voit bien que le pauvre garçon vous adore, made-