‹ L'incesteChapitre 151 sur 212 · LE PERE ET LE FILS · texte numérisé non relu

LE PERE ET LE FILS

Le comte, quoique peu généreux de sa nature et plus qu'économe par tempérament, ne pouvait se dispenser de faire un acte de libéralité envers le frère de lait de sa femme. Il tira, non sans quelque hésitation, de son porte-monnaie, une pièce de vingt francs que le paysan empocha comme les autres, et il donna des ordres pour qu'on le traitât convenablement.

Boit-sans-soif ne se retira pas pourtant, sans avoir murmuré de sa voix la plus humble et la plus doucereuse :

— Merci, mon général...

Et s'adressant à M™*" de Villerain :

— M'ame la comtesse voudra bien avoir la bonté de recommander au général son pauv'frère de lait, pour la petite place en question.

— Oui, oui, nous y songerons... Nous verrons... Amenez-moi votre femme...

H se courba jusqu'à terre et suivit le laquais à la

cuisine, où il lui fut possible de manger et surtout de boire à discrétion. Il eut cependant assez de prudence pour ne se point laisser aller à une ébriété complète. Pour la première fois de sa vie il eut assez d'empire sur lui-même pour rester sobre. Le désir de ne pas compromettre son projet l'emporta sur son vice habituel. Ne lui serait-il pas loisible de prendre sa revanche au dehors, chez tous les marchands de vin devant lesquels il passerait en se rendant à la gare Montparnasse ?

— J'en ai-ty de la chance!... En v'ia un quinte etquaior:(e! Ma bourgeoise dira plus que j'suis un feignant, un prop' à ren... J'allons être dans les grandeurs ! J'allons pouvoir fricoter ! . . . Mais minute 1 pas de bêtises! Boit-sans-soif !.. . Faut t'observer, mon gas, et te rend'digne de ta haute position.

^me ^Q Villerain, en saisissant la perche que lui tendait le misérable et en acceptant ce rôle de sœur de lait qu'on lui imposait, avait principalement en vue de gagner du temps. S'il revenait à la charge, elle aviserait. Peut-être ses nouvelles exigences n'étaient-elles qu'une vaine menace.

— De quelle place vous a donc parlé cet homme, chère amie ? lui demanda le général dès qu'il fût sorti...

— Oh! mon Dieu^ c'est bien simple... Vous savez que depuis longtemps je ne suis pas très contente de nos concierges ?

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