CHAPITRE VII
le trajet du boulevard Malesherbes à la gare Montparnasse, à cinq ou six stations devant les comptoirs en zinc. Il prit le train, et trois heures plus tard, il arrivait, en titubant un peu , et d'un air triomphant, dans sa maisonnette.
A coup sûr, sa ménagère ne pouvait manquer d'être surprise qu'il conservât un peu déraison, et qu'il ne revînt point ivre-mort, selon son habitude.
— Femme, réjouis-toi, dit-il d'une voix moins rauque et moins enrouée qu'on ne devait s'y attendre... M.... pour l'huissier... J'y foutrai son dû... et il restera encore de quoi boulotter après... D'ailleurs...
— Malheureux ! s'écria la paysanne, en le voyant faire sonner sa bourse de cuir... D'où viens-tu? Où as-tu pris encore cet or ? Quel mauvais coup as-tu fait?... Veux-tu donc passer en cour d'assises, et nous déshonorer ?
— Que que tu dis-là? répondit-il en haussantes épaules... Tu sais ben quej'sisun honnête homme, incapable de fauter. Soiffeur, mais honnête, entends-tu ?
— Et ces pièces d'or, bandit, où les as-tu prises?... Et tu crois que je consentirai à payer l'huissier avec ça ? Non, j'aime mieux voir vendre mes pauvres meubles et mes pauvres nippes... Je préfère mourir de faim que de manger de ce pain-là.
3o6 l'inceste
Et elle se mit à sanglotter...
— N'fais donc pas la bête! Qiiand j'te dis que j*ai ren en tout à me reprocher... CVargent, j'I'ai gagné; il est ben à moi! J'te le jure sur la vie d'mon gas... Me crois-tu à c't'heure ?
— Gagné ? Gagné ? Et où ? et comment ?
— Comment?... Ah! ça, minute, ça ne te regarde pas !
— Ça me regarde, moi! s'écria tout à coup d'une voix mâle et forte un troisième personnage, que l'ivrogne n'avait pas aperçu en entrant, et qui se leva tout à coup de la chaise de paille grossière sur laquelle il était assis daus un coin du foyer...
— Mon gas ! Toi ici !.. . balbutia Boit-sahs-soif qui.se trouva aussitôt dégrisé par la stupéfaction... Ah ! on ne vient pas comme ça en congé sans prévenir son monde. . . Ça me fait un effet ! . . . J' ai pus la force de me tenir debout...
— Parce que t'es saoul, hélas! dit la femme.
— Non, j'sis pas saoul... j'I'étais peut-être... j'ie sis pus... Mon gas !... Eh ben! on n'embrasse pas papa?...
Il s'avançait vers lui, en lui tendant les bras... Le jeune soldat recula de trois pas...
— Mon père, dit-il d'un accent grave et sévère... Je ue t'embrasserai pas avant de savoir...
— Avant de savoir si tu en es digue ! ajouta la