‹ L'incesteChapitre 154 sur 212 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

mère. Avant de savoir d'où provient cet argent, avant d'être sûr que tu ne Tas pas volé...

— Volé! répéta Boit-sans-soif , en regardant alternativement, d'un air hébété, sa femme et son fils... Volé?...

— Oui, volé. Car tu ne peux pas avouer d'où il vient!

— Volé ! reprit le pochard en se laissant tomber sur une chaise, tandis qu'une grosse larme coulait sur joue.

Il y eut un moment de silence ; la mère et le fils baissaient la tête avec autant de douleur que de confusion.

— Alors , reprit-il d'un ton ému, toi, femme, et toi, mon gas, vous m'prenez pour un galvaudeux?

— Que veux-tu que nous pensions en te voyant revenir avec une bourse pleine d'or ?

Le jeune homme s'avança, saisit le bras de Boitsans-soif :

— Mon père ! Si tu ne me dis pas où et comment tu as gagné cette somme, j'arrache mes galons de sergent, que j'étais si heureux de venir vous montrer, à ma mère et à toi ! Je repars ce soir même, je retourne au régiment; je les rends à mon colonel en lui disant : « Je ne mérite plus de les porter, mon colonel; mon père les a déshonorés ! >

3o8 l'inceste

— Sergent ! T'es sergent ? s'écria Boil-sans-soij avec admiration en laissant tomber ses bras.

Les reproclies et les solennelles adjurations de son fils le laissaient indifférent. Il ne songeait môme plus à se justifier des accusations portées contre lui. Que lui importait, puisqu'il allait pouvoir les détruire d'un mot ? Il ne pensait qu'au grade de son fils. La fierté paternelle l'emportait sur tout autre sentiment, sur toute autre préoccupation.

— Sergent! répéta-t-il avec une sorte d'extase... Écoute, mon gas; ça me fait tant de bien, voistu !... J'ai honte de moi, et je ne veux pas qu'un sous-officier ait à rougir de son père... Plus de soulographie ! J'sis pus jeune; mais j'me corrigerai tout de même, je l'jure! A partir d'aujourd'hui, je ne bois pus, je me pocharde pus, j'veux que la crique me croque si je bois une goutte en plus de mes quatre litres par jour!... Sergent!... Il est sergent ! . . .

Il ne se lassait pas de contempler le nouveau sous-ofiTicier :

— Comme t'es beau !... Allons ! Embrasse-moi. Aie pas peur. J'ai ni tué ni volé... J'suis p't'être un feignant, un joueur, un ivrogne... C'est pus fort que moi; mais j'sis pas un malhonnête homme... J'vas tout vous expUquer à tous les deux .. Dans mes bras d'abord !

Page 1