‹ L'incesteChapitre 155 sur 212 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Malgré Faccent de sincérité empreint dans ses paroles, le jeune homme hésitait encore et gardait une certaine défiance... Un geste suppliant de sa mère le décida : il se jeta au cou de son père.

— J'te crois, Jean ! dit la femme. Tu m'as rendue bien malheureuse depuis que nous sommes mariés. Mais il n'est jamais trop tard pour bien faire ! . . . Tu n'oublieras pas le serment que tu viens de faire à notre fils...

Elle était touchée à son tour de son repentir; malgré ses défauts et ses vices, malgré les mauvais traitements auxquels elle était en butte, malgré la misère à laquelle il l'avait si souvent réduite, la pauvre femme ne pouvait s'empêcher de l'aimer. Elle se fût volontiers écriée, comme Martine: « Et s'il me plait à moi d'être battue ! »

Pourquoi ne se régénérerait- il pas, comme il le lui avait promis tant de fois ? Il n'était pas si vieux en somme ! Il n'avait que quarante-quatre ans ! Il était plus faible que méchant ; l'orgueil du père d'un sergent triompherait des mauvaises habitudes du pilier de cabaret.

Après le premier moment d'épanchement, le militaire dit tout à coup d'une voix grave...

— C'est pas tout ça, père... Et puisque tu me promets de ne plus faire de chagrin à maman et à moi, tu vas nous dire...

— D'où viennent les quarante pistoles que j'ai

dans ma bourse, pas vrai ? Eh, bien ! ne vous tourmentez pas, elles sont ben à moi...

— Mais à quoi les as-tu gagnées ? reprit la femme.

— Gagnées ! gagnées ! C'est p't'être pas le vrai mot... On me les a données... J'vas vous raconter la chose.

L'explication ne pouvait être ni facile, ni complète, ni surtout bien vraisemblable. Quand il parla d'une grande dame, fort riche, à qui il avait rendu un service mystérieux, dont il ne pouvait révéler ni la nature, ni les circonstances, un sourire d'incrédulité effleura les lèvres du fils et de la mère, et leurs fronts se rembrunirent involontairement.

Tout ce récit n'était ni clair ni admissible.

— C'est une gossel balbutia la femme en hochant tristement la tête.

— C'est pas une gosse, c'est la vérité ! répondit-il avec calme. J'bois : c'est mon tort; j'mens jamais : tu l'sais ben!...

— Pourquoi ne m'as-tu pas parlé de cette grande dame ? Quel service lui as-tu rendu ?

— Ça, c'est pas mon secret : c'est le sien. J'ai promis de me taire : je m'tairai. On a une parole ou on n'en a pas !... Tu dois comprendre ça, mon gas, toi qu'es militaire ?...

Et il ajouta en se rengorgeant :

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