‹ L'incesteChapitre 160 sur 212 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

— Charmant ! . . . Heu ! heu ! fit le général avec modestie... Du reste, tu vas en juger...

— Je vous écoute.

Le général chercha un moment dans sa mémoire, toussa, cracha et débita le petit morceau suivant.

— Voici le poulet que j'avais glissé un soir dans un bouquet splendide que je lui faisais porter par son habilleuse.

— Que vous aviez corrompue à prix d'or, interrompit en riant la comtesse... C'est vous du moins qui me l'avez déclaré. Quant au bouquet, vous l'aviez payé vingt-cinq francs chez M'"^ Prévost.

— N'interrompez donc pas papa, chère mère... Voyons le madrigal! J'ai hâte d'apprécier son talent poétique...

— Ecoute, reprit le général, voici ce que je lui écrivais :

Vous avez la beauté d'Apollon, dieu du jour; Vous avez le parfum d'un lis qui vient d'éclore; Vous avez le talent, la grâce, plus encore : Vous avez mon amour!...

— Mais c'est ravissant cela! s'écria Julien. Je ne vous soupçonnais pas de pareilles aptitudes poétiques... Et, bien entendu, la célèbre actrice fut captivée, lascinée, vaincue?

— Naturellement ! fit le vieux fat.

La comtesse, irritée, n'y put tenir plus longtemps... Ce langage était tellement blessant pour elle, qu'il méritait un châtiment.

Elle dit froidement à son fils :

— Tu ne demandes pas au général la réponse de l'illustre artiste... Si je ne me trompe, elle était en vers aussi?...

— Vraiment? fit le vicomte...

— Mais non ! mais non ! répliqua le comte de Villerain... Vous êtes folle, chère amie... Parlons d'autre chose ! . . .

— Je ne me tairai pas, monsieur, dit-elle avec colère. Et puisque vous donnez de mauvais conseils à mon fils, puisque vous lui cornez aux oreilles vos conquêtes de coulisses, vous ne m'empêcherez pas d'achever le compte rendu de votre aventure... Cela vous apprendra à rappeler devant moi de tels souvenirs. Voici donc ce que répondit, au sous-lieutenant de Villerain, l'objet de son adoration.

Quand on a la beauté d'Apollon, dieu du jour; Quand on a le parfum d'un lis qui vient d'éclore ; Quand on a le talent, la grâce, plus encore : Que voulez-vous qu'on fasse, hélas! de votre amour?

— C'est bien cela, n'est-ce pas ? reprit la comtesse. Vous me l'avez avoué, un jour, dans un accès

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