CHAPITRE IX
mon Julien ? Où mon sein bat contre ton sein, mon cœur contre ton cœur ! Où ma bouche cherche ta bouche?... Vous!.., Est-ce que je t'appelle vous, moi?... Tu vois bien que tu ne m'aimes plus, que tu ne m'as jamais aimée?...
— Je ^'affirme, je te jure... — Allons, es-tu contente ?. . . — Comment ne comprends-iu pas que j'ai toujours peur de me trahir devant le monde ? Songes donc ! Si, par inadvertance et par la force de l'habitude prise dans l'intimité, nous allions nous tutoyer devant... ta fille, devant Paule ?...
Si Huguette avait été plus clairvoyante, elle eût constaté chez son amant un frisson involontaire ; elle eût remarqué que ses joues se coloraient. La seule pensée que le secret de cette odieuse liaison pouvait être d'un instant à l'autre découvert par l'adorable enfant qu'il aimait, lui causait une véritable épouvante...
— Tu as raison... Mais, en ce qui me concerne, du moins, tes craintes sont imaginaires. C'est justement parce que, devant les tiers et surtout devant ma fille, je suis maîtresse de moi, que je sais me contraindre , dissimuler , aftecter l'indifférence , presque l'antipathie, c'est justement pour cela que j'éprouve le besoin de prendre ma revanche quand nous sommes bien seuls, de m' abandonner à l'explosion de ma tendresse, de me livrer sans réserve à tes embrassements!... Q.u'avons-nous à redouter
ici? Ne suis-je pas chez toi, dans ton propre lit? Est-ce que ta poitrine ne palpite pas contre la mienne ?. . . Qui donc et quoi donc pourrait troubler nos transports, nos baisers, s'interposer entre tes lèvres et celles de ton Huguette ?
— Oui ! oui ! C'est vrai ! balbutiait-il, subissant malgré lui la diabolique influence de cette ardente femme.
— Qui pourrait nous empêcher, dans les heures trop courtes et trop rares que je puis passer auprès de toi, d'oublier l'univers entier?... Quand je me sens près de mon cher petit JuUen... tiens!... comme cela... je ne veux plus me souvenir que j'ai une famille, que j'ai une fille, que j'ai une réputation à sauvegarder. . . Il me prend des envies féroces de jeter tout cela par dessus les moulins, d'afficher hautement mon amour, de le crier sur les toits et à tous les échos, de dire effrontément à tout le monde : « Eh bien, oui, je l'aime!... Oui, Julien est mon amant. . . j'en suis fière. . . Et je donnerais dix ans de ma vie, et je sacrifierais tous les miens pour une minute passée dans ses bras, pour une caresse de mon bien-aimé ! . . . »
— Huguette ! Huguette ! murmurait-il avec effroi...
— Oh ! comme tu ne réponds guère à mes baisers! Tu ne sens donc pas que c'est du feu, que c'est une lave qui coule dans mes veines ?... Tu ne