CHAPITRE IX
en rien à leur mari et à leur père, il demanda un entretien à sa maîtresse, se présenta devant elle, contrit, repentant, les larmes aux yeux.
— Pardonnez-moi, m'ame la comtesse ! J'sis un misérable... J'ai ben du regret de tout le chagrin que je vous ai fait. J'savais pas, voyez-vous ! Tenez ! Renvoyez-moi, si vous voulez ! J*sis pas digne de vos bontés. Mais ma femme est une brave créature et mon gas un si bon garçon! Pardonnez-moi à cause d'eux. M'ame la comtesse, je m'jetterai à l'eau pour vous si vous le voulez 1
Il s'exprimait avec tant de naïveté et un tel accent de repentir que M™* de Villerain en fut touchée...
— Je suis pas ben élevé, moi, voyez-vous, m'ame la comtesse. J'ai pas reçu d'inducation... Et pis, j'ai le défaut de trop lever le coude. Mais j'sis incapable de faire ou de vouloir faire du mal à une mouche. Quant à ce qui est de la boisson, mon fils m'a corrigé... Je boirai plus ren en tout... C'est pas gênant... J'veux pas que l'sergent rougisse de son père... Ah! c'est qu'il est savant, mon Guillaume ! Y a pas d'danger qu*y fasse des fautes à'osthographe... Et si m'ame la comtesse savait comme il est fort sur le carcull.., Ben sûr, il arrivera... Et si M. le général était assez bon pour li donner un p'tit coup d'épaule, y sera bentôt souslieutenant et même capitaine... Et pis, il esc joli
garçon, c'qui ne gâte rien!... Qiiand y retrousse sa moustache, j'sis-t-y fier de lui !
— Ainsi, reprit la comtesse avec douceur, vous me promettez de ne plus me parler jamais... des choses passées ?
— De quoi ! des choses passées, m'ame la comtesse ? Connais pas! l'sais ren en tout! J'mc rappelle de ren Moi et ma femme j'sommes à
vot'service : v'ià tout...
— Et votre femme ignore absolument...
— Ah ! bon Dieu de bon Dieu ! A ne s'en doute seurement pas !
— Très bien, Jean! conduisez-vous bien : ne
buvez plus; servez-moi fidèlement, et votre
Guillaume — car il s'appelle Guillaume, m'avezvous dit ? — n'aura pas lieu de se plaindre ! S'il ne gagne pas l'épaulette, ce ne sera ni de ma faute, ni de celle du général ! . . .
Jean se confondit en remerciements, et il ne tarda pas à constater que M™® de Villerain ne lui avait pas fait de vaines promesses.
Au bout de quelques jours, et dès que le vieux soldat, sur la recommandation de sa femme, se fût assuré que le sergent avait une très belle écriture, qu'il était aussi instruit que modeste, et qu'il connaissait sur le bout du doigt l'histoire de toutes les campagnes auxquelles avait pris part le général de Villerain, il le prit pour secrétaire, le char-