CHAPITRE IX
gea de sa correspondance et de sa comptabilité.
Le congé du jeune militaire allait être bien employé, et il s'était acquis un protecteur puissant. M. de Villerain ne pouvait plus se passer de lui.
Le vicomte ne lui témoigna pas moins de bienveillance et d'estime. Il l'autorisa même, au cas où il aurait du goût pour le canotage, à se servir d'une yole qu'il avait achetée l'année précédente, et qui était en garage à l'île de la Grande -Jatte. Il va sans dire que Guillaume accepta avec autant d'enthousiasme que de reconnaissance. La passion du canotage, que Julien avait eue jusqu'alors, venait de faire place à des passions plus vives et moins anodines. Depuis qu'il aimait Paule et qu'il était aimé de M™*^ Tournays, il n'avait plus ni le temps ni le loisir de songer à son embarcation; il négligeait sa yole, et ce fut avec plaisir qu'il la confia au fils du concierge.
Mais un jour qu'en causant avec les dames Tournays il eut l'occasion de leur parler de son bateau, la présidente, qui était capricieuse et fantasque, se mit en tête de faire une partie de canot. Le vicomte dut à toute force céder à sa fantaisie. Il fut convenu que Ton descendrait la Seine jusqu'à Saint- Germain, et que l'on dînerait au pavillon Henri IV.
Paule, qui devait être de l'expédition, se faisait une fête de cette promenade nautique. Elle était toute joyeuse de passer une demi-journée auprès
de Julien. Peut-être se présenterait-il une circonstance qui la laisserait seule quelques instants avec son bien-aimé 1
^me Tournays, qui, de son côté, projetait de s'isoler un peu avec son amant, décida qu'on emmènerait la femme de chambre de sa fille.
Prévoyant le cas où la violence du vent l'obligerait à carguer les voiles et où il serait nécessaire de faire marcher l'yole à l'aviron, Julien jugea utile de s'assurer le concours du sergent. Si habile canotier qu'il fût lui-même, il craignait que ses préoccupations amoureuses ne le troublassent. La navigation de la Seine est parfois dangereuse. Il ne voulait pas risquer de compromettre la vie de M"^ Tournays.
^me ^Q Villerain se félicitait de cette partie de plaisir, qui allait, pour un jour au moins, arracher son fils à sa liaison illégitime, le rapprocher pendant plusieurs heures deM"^ Paule, rompre la glace, peut-être, entre ces deux jeunes gens. Qui sait si Julien ne se déciderait pas enfin à se déclarer, et si cette excursion ne serait pas la préface d'un mariage qu'elle avait un si vif désir de voir se conclure ?
Au jour fixé, le vicomte vint chercher la présidente et sa fille, que leur calèche transporta à l'île de la Grande-Jatte, où l'embarcation était amarrée. Le jeune militaire était déjà à son poste...
Le temps était splendide. Il y avait juste assez