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CHAPITRE IX

Elle eût voulu s'égarer dans les allées les plus ombreuses et les plus solitaires du parc, loin de tous les regards indiscrets. Il lui en coûtait d'être obligée de se contraindre, de s'observer. Ah! qu'elle aurait eu de joie à pouvoir se jeter à son cou, le dévorer de baisers...

— C'est avec toi seul, mon chéri, qu'il me serait doux d'être ici!... Quelle idée d'avoir projeté cette promenade devant ma fille!... C'est furtivement que nous aurions dû fuir dans ta yole... Nous n'en serions pas réduits à arpenter sottement cette terrasse insipide, comme de vulgaires provinciaux... Nous nous enfoncerions dans la forêt, nous chercherions les fourrés les plus sombres ; nous nous étendrions sur l'herbe; je te presserais dans mes bras ; je te répéterais cent fois, mille fois, que je t'aime, mon Julien adoré!... Nous tomberions dans ces inexprimables extases où il me semble que mon âme va s'envoler dans un soupir, dans un transport, dans un baiser !

— Oui ! oui! je le voudrais comme toi! balbutiait-il machinalement.

Il ne l'entendait même pas; toute sa pensée se concentrait sur Paule, qu'il apercevait à une trentaine de pas devant eux !

— Nous reviendrons, n'est-ce pas ? Et sans être gênés, cette fois, par la présence de cette enfant et d'une domestique...

— Dès que tu voudras, répondit -il avec résignation et d'un air distrait.

— Comme tu dis cela froidement ! . . .

— Parlez donc plus bas! Je crains toujours que votre fille ne nous entende...

Il était au supplice; les tendresses exagérées de cette femme mûre l'exaspéraient.

— Ah ! se disait-il, ce n'est pas de sa bouche que je voudrais entendre ces paroles d'amour! C'est avec Paule que j'espère bien revenir; c'est avec elle que j'irai errer dans la forêt; c'est le bras de cet ange qui s'appuiera sur mon bras, sa main qui pressera ma main ! . . .

Plus favorisée que M. de Villerain, Paule pouvait du moins s'entretenir avec confiance de celui qu'elle aimait, former des rêves d'avenir.

Marceline n'avait pas renoncé à la solution qu'elle lui avait indiquée comme la seule possible, et insistait pour couper court aux difficultés de la situation par des moyens décisifs. M^^^ Tournays se défendait sans conviction. Elle n'aurait pas eu vingt ans si elle n'avait été un peu romanesque. Or, il n'y a pas de roman complet sans un enlèvement.

Mais ce n'était pas le côté aventureux qui séduisait la soubrette ; elle obéissait au sentiment bien arrêté d'une nécessité pratique. Avec son esprit avisé, la fille du peuple y voyait plus clair que l'ex-

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