‹ L'incesteChapitre 175 sur 212 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

pensionnaire des Oiseaux; elle croyait en savoir et en avoir deviné beaucoup plus long qu'il ne lui convenait d'en dire à Paule.

Certes, elle ne supposait pas que la présidente eût des rendez-vous avec le vicomte, qu'elle fût devenue sa maîtresse, et qu'elle se fût emparée par surprise, presque par force, de M. de Villerain. Ce dont elle était sûre, c'est qu'elle l'aimait; c'est qu'au lieu de consentir à le donner à sa fille, elle entendait le garder pour elle-même.

Elle ne s'était pas privée d'espionner quelque peu sa maîtresse, comme doit le faire toute servante qui se respecte, et bien des petits détails accusateurs ne lui avaient point échappé. Aussi ne s'étonnait-elle plus des obstacles que rencontrait un mariage si bien assorti sous tous les rapports, et des hésitations du vicomte, et de l'affectation qu'il mettait à cacher sa passion secrète.

— Je ne puis pas raconter cela à M"<= Paule, se disait la fidèle soubrette ; elle ne me pardonnerait pas de dénoncer une mère à sa propre fille! Elle est si bonne, et elle aime tant madame, qu'elle renoncerait à M. Julien, quand bien même son cœur en saignerait et se briserait... Pauvres jeunes gens, je les sauverai et je les marierai malgré eux, puisqu'ils sont incapables de se marier et de se sauver eux-mêmes!...

Marceline, tout en ayant l'air de regarder dans

le lointain les monuments de Paris, et en jetant de temps à autre un coup d'œil oblique et mrtif du côté de M'""^ Tournays et du vicomte, et de surveiller les mouvements de la présidente, dit tout à coup à voix basse :

— Oui, mademoiselle, je l'ai dit et je le répète : vous n'avez qu'une ressource, car jamais — jamais, entendez-vous bien — votre mère ne consentira à votre mariage... Et tenez! Savez-vous ce que je pensais depuis notre départ de Paris, et pendant que nous étions bercés si doucement dans ce joli bateau ?...

— Et que pensais-tu ?

— Je pensais que ce serait ravissant de iuirdans cette yole.

— Petite écervelée...

— Pas si écervelée que vous croyez ! . . . Sans doute, si vous partiez par le chemin de ter, vos parents télégraphieraient de tous les côtés, mettraient peut-être à vos trousses la police et les gendarmes... Mais ils ne songeraient guère à vous poursuivre sur la Seine... Le canot nous conduirait jusqu'au Havre, et là nous embarquerions pour l'Angleterre... Je dis nous, car je ne veux pas vous quitter... J'en parlerai à M. JuUen...

— Petit démon tentateur! balbutia Paule.

Au même instant, M"''^ Tournays rappelait sa fille. On rebroussa chemin powr gagner le pavillon

Page 1