CHAPITRE XI
son directeur de conscience, qui lui accordait sans difficulté l'absolution. Toute chaude, toute moite, toute frémissante encore des baisers de son amant, elle passait sans transition de l'alcôve adultère au guichet indulgent du confessionnal.
Aussi rentrait-elle calme, rassérénée à l'hôtel du boulevard Saint-Germain, et pouvait-elle regarder sans honte son mari, recevoir sans remords les embrassements de sa fille. Ne rapportait-elle pas son absolution dans sa poche ?
Si, par hasard et par impossible, elle était frappée d'une mort subite, elle avait la certitude absolue, sinon d'entrer d'emblée par la porte cochère du paradis, du moins de ne faire antichambre que temporairement dans le purgatoire...
M. de Villerain, qui, lui, n'était pas superstitieux et se souciait médiocrement de l'enfer, avait fait écho d'abord aux lamentations et aux inquiétudes religieuses de sa maîtresse, dans l'espoir de l'amener à briser une chaîne infâme qui lui pesait tant. Il avait même simulé une épouvante qu'il ne ressentait pas, invoqué les scrupules mystiques du croyant. Mais ses efforts s'étaient brisés contre les convoitises sensuelles d'Hui]:uette.
— Renoncer à toi! s'écriait-elle en frémissant... Ne plus t'étreindre avec ardeur contre ma poitrine haletante ! Ne plus coller mes lèvres à tes lèvres ! Ne plus presser ton sein contre mon sein ! Oh l non.
jamais ! . . . Plutôt la mort ! Plutôt la damnation éternelle!...
Et elle ajoutait en se jetant à son cou :
— Mais non ! Ne t'ai- je pas dit que notre amour peut se concilier avec notre salut?... Dieu est bon et miséricordieux. Ce n'est pas notre faute s'il nous a mis au cœur la passion qui nous dévore l'un et Tautre... Il sera indulgent pour nous au jugement dernier... Son divin fils n'a-t-il pas dit d'une criminelle comme moi : « Jl lui sera beaucoup pardonné parce qu'elle a beaucoup aimé ?... » Je t'aime tant, vois-tu, mon Julien, que le Seigneur ne pourra s'empêcher de me pardonner aussi... Jamais il n'aurait le courage de me damner!... Moi, te quitter? Te voir dans les bras d'une autre femme?... C'est impossible ! c'est impossible !.. . Je crois que j'aimerais mieux brûler dans l'enfer, pourvu que je puisse éteindre librement en ce monde le feu dont je me sens consumée !...
Avec de telles dispositions d'esprit, il eût été imprudent au vicomte de révéler à M™^ Tournays son secret attachement pour Paule.Il n'avait d'autre ressource que de continuer à dissimuler et à feindre.
Il joua à son tour la comédie des remords pour se donner un prétexte de rendre le plus rares possible ses entretiens criminels avec la présidente, et pour rendre de moins en moins lourd le cahier des charges de l'odieuse liaison qui lui était imposée.