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CHAPITRE XI

Le séjour de la famille à la maison de campagne de la vallée de Chcvreuse lui promettait, en revanche, de bien douces compensations. Les occasions de se trouver seul avec Paule, qui jusqu'alors ne s'étaient offertes que par hasard et pour quelques courtes minutes, allaient se multiplier. La vie des champs est bien autrement favorable aux amoureux que la vie parisienne.

Ce n'est plus seulement une poignée d^ mains furtive que l'on peut échanger dans un bal, un baiser clandestin que Ton a la chance de cueillir en tournant au piano les pages d'un morceau de musique, tandis qu'une mère confiante s'éloigne quelques instants.

En villégiature, on est plus libre, plus dégagé de l'étiquette ; il s'établit entre les hôtes d'un château une familiarité plus grande. L'atmosphère semble imprégnée de senteurs amoureuses ; le gazouillement des oiseaux se becquetant avec ardeur sur toutes les branches d'arbre, le bourdonnement des insectes voltigeant de fleur en fleur; les audacieuses coquetteries des papillons, la brise du soir, le bruissement des feuilles caressées doucement par le vent : est-ce que tout cela, et jusqu'aux tendresses indécentes des hôtes emplumés de la basse-cour, est-ce que tout cela n'invite pas à la volupté ?

Comment la jeune fille la plus pudique ne devien-

drait-elle pas rêveuse, ne sentirait-elle pas une rougeur étrange monter à ses joues, son sein se gonfler, son sang courir plus vif et plus chaud dans ses veines, rien qu'en assistant à ce spectacle de la nature en rut ? Est-ce qu'elle ne se voit pas envahie par un trouble involontaire, par d'inexplicables langueurs ?

M™^ Tournays avait bien compté, elle aussi, sur l'influence toute-puissante du milieu ambiant pour dissiper les froideurs singulières qu'elle reprochait depuis quelque temps à son amant. Mais Julien, dès le jour où il avait accepté l'hospitalité dans sa propriété de Chevreuse, avait, avec intention, exagéré les scrupules dont il s'était fait contre elle une arme défensive. Il était devenu d'une chasteté et d'une réserve à dépasser le biblique Joseph luimême.

Il fut convenu seulement que de temps en temps ils trouveraient l'un et l'autre un prétexte pour aller séparément à Paris et se rencontrer dans l'appartement de garçon de la rue de Verneuil.

Il y avait déjà huit ou dix jours que le vicomte s'était rendu à l'invitation de la présidente et que le fils de son concierge était venu chercher à la campagne l'achèvement de sa guérison, quand survint un événement qui allait précipiter les choses et amener une brusque solution.

Habituée à se lever fort tard à Paris, M™^ Tour-

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